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Foils : les premières impressions de Beyou

Titre non renseigné
© Bruno Bouvry/Maitre CoQ

Jérémie, Maître Coq a été remis à l’eau et est équipé de ses foils depuis la mi-avril. Avez-vous beaucoup navigué depuis ?
"Ah oui, on navigue tous les jours ! On commence un peu à voir comment ça fonctionne et pour l’instant il n’y a pas de problème. »

Ton premier ressenti, tes premières constatations ?
« Pour le moment tout se passe bien dans le sens où nous n’avons constaté aucun souci : nous n’avons pas de problématique de structure ni d'accastillage, pas de problèmes avec la montée et la descente et des foils et tout ce qui va autour. C’est ce que nous avons testé pour le moment et de ce côté-là tout va très bien, les premières sensations sont vraiment bonnes. On y est allé tout doucement pour l’instant, sans trop solliciter le bateau. Mais ça va changer. Puisque les premiers constats sont bons, maintenant nous allons commencer à tirer sur le bateau, à « mettre le pied dedans » comme on dit. Pour l’instant nous avons juste cherché les bons calages des foils et constaté que tout fonctionne. »

Ce calage justement mérite explication. De quoi s’agit-il au juste ?
« La jauge IMOCA ne nous autorise qu’un seul réglage modifiable en course et nous avons tous logiquement choisi le même, à savoir la montée et la descente du foil. Mais © Bruno Bouvry/Maitre CoQpour schématiser on peut aussi jouer – au port, avant la course – sur des réglages du shaft (la partie longue du foil qui sort et rentre dans le bateau, ndr) et du tip (l’extrémité « montante » de l’appendice qui, elle, reste toujours à l’extérieur et transmet la force de portance au bateau). Nous sommes donc sur ces calages qui permettent en outre de régler l’incidence du foil. Il faut y aller pas à pas, cela nécessitant une entrée et sortie au port à chaque fois qu’on modifie ces réglages qui jouent entre autres sur l’incidence de l’appendice. Et ils sont importants puisqu’on ne peut les changer qu’avant le départ, pas en mer.»

« On commence juste à tirer sur le bateau»

En terme de performance pure, qu’as tu constaté sur ces premiers jours d’essais de Maître Coq version foiler ?
« Les sensations sont très bonnes ! Nous avons des foils qui fonctionnent vraiment bien. Nous n’avons pas constaté de problème de décrochage et les premiers chiffres tombés sur les compteurs sont vraiment bons.. »

C’est-à-dire ? Peut-on donner un chiffre ?
« Pour l’instant nous y allons vraiment en douceur donc c’est à prendre avec des pincettes, mais nous sommes déjà entre 104% et 106% de la polaire (la prédiction de vitesse selon l’angle et la force du vent ndr) du bateau de l’an dernier. C’est déjà une excellente nouvelle de constater que nous allons plus vite avec ces appendices que sans ! Maintenant, on en attend encore plus évidemment et on commence à entrer dans le vif du sujet. Pour le moment, à la fois dans la sensation à bord et dans les chiffres, tout correspond exactement à ce à quoi nous nous attendions… donc je suis satisfait ! »

Quel est ton programme dans les semaines à venir ?
« Nous allons solliciter le bateau et enregistrer de nouvelles données, notamment pendant le convoyage vers New York (ndlr : ils sont partis le 3 mai). Et puis ce sera le départ de la Transat New York-Vendée. (1)»

Justement, cette Transat New York-Vendée sera une confrontation très intéressante à six mois du Vendée Globe entre les bateaux à dérive droite et les foilers…
« Oui. Pour l’instant PRB et SMA, deux bateaux à dérives droites, restent les IMOCA de référence parce qu’ils ont encore le meilleur compromis entre performance et © Bruno Bouvry/Maitre CoQfiabilité. Les foilers sont au niveau et même au-dessus en vitesse pure, mais pas encore en fiabilité. J’ai lu quelque part une phrase de Sébastien Josse qui disait que si un foiler gagnait soit la Transat Anglaise soit la New York Vendée, alors la messe serait dite pour le Vendée Globe. C’est peut-être un peu radical dit comme ça, mais il n’est pas loin d’avoir raison : s’il n’y a pas photo en terme de performance et que les foilers parviennent à aller vite tout en finissant une grande course sans casse, ce sera un très bon indicateur. D’autant qu’après il restera quatre mois pour encore optimiser la navigation avec foils avant le départ du Vendée Globe. »

Une version 2 des foils est elle envisageable sur Maître Coq ?
« Tout est envisageable et en théorie nous aurions le temps si cela s’avérait nécessaire. Mais si nous le faisions je pense que ce serait uniquement dans le sens de davantage de fiabilité, pas forcément pour accroitre encore la performance. Pour l’instant nous avons été raisonnables, nous n’avons pas mis des foils très grands, monstrueux, qui poussent très fort. Car il faut bien comprendre qu’il y a des compromis à trouver : ça ne sert à rien de développer une portance de dingue si tu casses tout autour ou si tu ne peux pas l’utiliser ! Il y a déjà deux foils qui ont cassé sur les autres bateaux et savoir jusqu’où on peut aller est une question complexe. Il faut trouver la bonne limite, le bon dosage. Toujours dans cette recherche du meilleur compromis entre la performance et la fiabilité, qui est la clé essentielle.»

Une dernière question sur le budget. Autour de 500 000 euros pour la transformation de Maître Coq en foiler ?
« C’est toi qui le dit mais tu n’es pas loin de la vérité. Les foils en eux-mêmes coûtent 120 000 euros mais toutes les études, le chantier et la transformation autour alourdissent considérablement la note. C’est en effet plus du double que le coût de 200 000 euros qui était évoqué au moment où nous devions décider de les autoriser ou pas. Et je rappelle que j’étais contre, entre autres pour cette raison budgétaire… »

BM / Mer et Media

© Bruno Bouvry/Maitre CoQ(1)  Depuis l’Atlantique, le 6 mai Jérémie Beyou a envoyé un mail révélateur du travail sur Maître Coq pendant ce convoyage vers New York. Le voici : «  Je regarde notre bateau tout de carbone, truffé de capteurs, d'électronique, 5 ordinateurs et un Ipad à bord, monitoring des efforts en temps réels, une centrale inertielle d'avion de combat, le temps qu'il va faire s'affiche sur l'écran. Les satellites nous transmettent notre position, nos fichiers de vent et nous permettent de téléphoner ou d'aller sur le web, jusqu'à surveiller nos mails de boulot. Même nos fringues atteignent un degré de technicité et de confort étonnant. Quand j'ai commencé, il y a 20 ans on nous disait de se méfier du GPS, que ça pouvait tomber en panne, alors on apprenait à naviguer sans. Je ne suis pas sûr que l'on apprenne ça encore aujourd’hui. Et les foils sont en train de nous faire changer de monde aussi. Les portes sont grandes ouvertes pour les défricheurs; à nous d'en profiter ! »

 

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