11 Août 2016 - 11h39 • 5583 vues

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Ce jeudi 11 août à Port-la-Forêt, à l’issue d’un long chantier, Jean Le Cam a remis à l’eau l’IMOCA 60’ avec lequel il fera tout pour participer une quatrième fois au Vendée Globe, la course de sa vie. C’est grâce à un formidable élan de solidarité, à une volonté sans faille et à un travail acharné que « le Roi Jean » a pu franchir ce nouveau cap important sur la route du tour du monde en solitaire. Mais à moins de trois mois du départ des Sables d’Olonne, le 6 novembre, il lui manque toujours un ou plusieurs partenaire(s)… Entretien.

 

Jean, que ressens-tu en voyant ton bateau à l’eau ?
« De la satisfaction bien sûr. Si tu n’as pas travaillé directement sur le bateau, la mise à l’eau te fait ni chaud ni froid. Mais quand tu t’es impliqué comme je l’ai fait ces derniers mois, ce n’est pas anodin. La sortie du hangar, la mise à l’eau et le mâtage sont des moments agréables. Aujourd’hui, je franchis une nouvelle étape en vue du Vendée Globe. Cette mise à l’eau est aussi un soulagement car nous avons effectué pas mal de modifications sur le bateau depuis sept mois. Après un tel chantier, il y a forcément une part d’incertitude. Tu as peur que tout ne s’assemble pas bien, que quelque chose coince, par exemple au niveau de la quille. Mais là, tout va bien ! »

© Kris AskollTu évoquais le chantier de sept mois entrepris sur ton IMOCA 60’ « Hubert ». En quoi ont consisté les travaux ?
« Lors de la dernière Barcelona World Race (le tour du monde en double, remporté avec Bernard Stamm, NDR), j’avais identifié tous les points à améliorer sur le bateau. La liste était longue et nous avons travaillé efficacement, avec le peu de moyens dont nous disposions. Nous avons coupé les dérives, changé le moteur, remplacé l’électronique et l’électricité de A à Z, expertisé le mât et la quille... Pendant la Barcelona, le rail de mât s’était arraché trois fois. Ca calme… On a donc installé un nouveau rail. Nous sommes aussi passés en hooks Karver pour toutes les voiles d’avant. Nous avons viré tout ce qui était hydraulique sur le bateau, on l’a repeint. Il a par ailleurs fallu entreprendre un gros lifting général en enlevant tous les éléments « inutiles » sur cet IMOCA qui est passé entre les mains de nombreux propriétaires depuis son lancement. On a gagné 350 kg au passage. »

« On n’était pas aux 35 heures ! »

Avais-tu une petite équipe technique pour t’aider dans ces travaux ?
« Oui, deux jeunes ont travaillé avec moi, David et Tristan. Depuis peu, Anne Liardet et Damien Guillou renforcent l’équipe. Anne s’occupe de la relation avec le Vendée Globe, des questions administratives, de la sécurité. En plus elle sait naviguer donc c’est impeccable (Anne Liardet a terminé 11e du Vendée Globe 2004-2005, NDR). Quant à Damien, il sera polyvalent comme chacun de nous dans ma petite équipe. Nous sommes tous spécialistes de tout ! »

Tu as dû avoir des journées bien remplies durant ce chantier !
« On n’était pas aux 35 heures, c’est sûr ! Depuis sept mois, je travaille sept jours sur sept. J’ai dû prendre un ou deux dimanche pour me reposer. Mais on n’a pas le choix. Si tout le monde ne s’investit pas à fond, on n’y arrive pas. Cette implication renforce le projet. OK, on n’a pas beaucoup de moyens, mais l’expérience est très riche humainement. »

Il y a effectivement une belle mobilisation autour de ton projet…
« Oui, les fonds récoltés grâce au financement participatif (140 000 euros, NDR) et au soutien de ma banque, le Crédit Agricole du Finistère, ont donné un grand bol d’air. Cela m’a permis d’investir sur le bateau et je n’en serai pas là sans ces soutiens. J’ai aussi reçu des coups de main de la part de fournisseurs et d’entreprises de toutes natures pour la peinture, les batteries, l’électricité – entre autres. Ca n’est pas simple tous les jours, mais on n'apprend pas dans la facilité. C’est vraiment un projet atypique. La coque du bateau est toute blanche, avec simplement un dessin et le slogan « Yes We Cam » à l’avant. »

« Le Vendée Globe, c’est forcément du partage »

Tu as aussi reçu le soutien du grand public, notamment via les réseaux sociaux. Cela te pousse à aller de l’avant ?
« Complètement. J'ai été porté par l'énergie du grand public et son engouement pour ce projet. Une histoire n’est belle que si elle est partagée avec les autres. Le Vendée Globe, c’est forcément du partage, une équipe, des gens qui te suivent. Sinon, tu peux rester à la maison. »

© Kris AskollMais l’argent reste le nerf de la guerre et tu recherches toujours un ou plusieurs grand(s) partenaire(s) pour pouvoir prendre le départ du Vendée Globe…
« Oui. L’élan de solidarité a permis de travailler sur le bateau et de le remettre à l’eau. Maintenant il faut acheter les nouvelles voiles, le gréement, assurer le bateau, payer l’équipe… Les gens ne s’en rendent pas forcément compte mais pour faire un Vendée Globe il y a un paquet de lignes budgétaires. Il y a eu l’Euro de football, le Tour du France cycliste et maintenant les JO. J’ose espérer que les entreprises s’occuperont ensuite du Vendée Globe ! »

Tu as pris beaucoup de risques depuis le lancement de ton projet, notamment en achetant le bateau sur tes fonds propres. Qu’est-ce qui te motive à revenir une quatrième fois sur le Vendée Globe malgré ces difficultés ?
« Le Vendée Globe, c’est de l’aventure, du partage, de la technique. C’est mon métier, c’est ma vie. »

Quel regard portes-tu sur la prochaine édition ?
« C’est le Vendée Globe des extrêmes. Il y a vraiment de tout. Certains mecs partent avec 350 000 euros, d’autres ont des teams qui alignent 9 millions d’euros sur trois ans. L’éventail budgétaire est colossal, on n’a jamais vu des écarts si importants. Je me situe au milieu, avec un projet raisonnable. »

Propos recueillis par Olivier Bourbon / M&M