24 Octobre 2016 - 18h00 • 7738 vues

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Sapeur-pompier de métier, Didac Costa a appris à garder son calme en toute circonstance et à gérer les situations d’urgence. Des facultés précieuses pour venir à bout d’une préparation émaillée de difficultés. Rencontré sur le ponton de Port-Olona, Didac Costa affiche une certaine sérénité. Dans 13 jours, le 6 novembre, il deviendra bien le quatrième Espagnol à couper la ligne de départ aux Sables d’Olonne.

Bateau endommagé par la foudre à deux mois du départ, budget à boucler : la route qui te mène vers le Vendée Globe est semée d’embûches. Ces difficultés t’affaiblissent ou te rendent plus fort ?
« Un peu des deux. D’un côté, travailler dans un stress continu engendre de la fatigue ce qui n’est jamais bon avant de prendre le départ d’une course aussi exigeante. En même temps, le fait de surmonter tous ces obstacles génère une très forte motivation. Je sens par ailleurs un important soutien et un bel élan de solidarité autour de mon projet en Espagne. En une semaine, nous avons dépassé la moitié de la somme espéré pour notre campagne de crowdfunding (Didac a récolté 21 000 euros sur les 36 000 espérés, NDR). De nombreux particuliers ont mis la main à la poche et il y a un effet boule de neige puisque des petites entreprises se greffent au projet. Ce complément de budget nous permet de remplacer les équipements endommagés par la foudre. Il nous reste maintenant à sécuriser le coût de réception des informations météorologiques durant la course. Réunir l’intégralité de la somme du crowdfunding permettrait aussi d’envoyer des images et des vidéos et ainsi de partager mon aventure avec le public. Tout se met en place un peu dans l’urgence. Mais le principal est que le bateau soit prêt le 5 novembre au soir. »

© Sérgio Patricio - Imagen Nautico Pour ton premier Vendée Globe, tu t’élances à bord d’un bateau mythique (l’ex Kingfisher d’Ellen MacArthur) avec lequel tu as déjà bouclé la Barcelona World Race, le tour du monde en double. Est-ce le principal point fort de ton projet ?
« Probablement. Cela a donné de la crédibilité et de la fiabilité à mon projet. Je connais le bateau sur le bout des doigts et j’ai sillonné les mers du Sud à son bord. Mais je suis bien conscient qu’il y a un gouffre entre la navigation en double et en solitaire. En solo, on ne peut compter que sur soi-même et on paye très cher ses erreurs. Pour le moment, ma plus longue navigation en solitaire a été la deuxième étape de la Mini Transat en 2011 (23 jours). Et lors de ma qualification pour le Vendée Globe, j’ai passé 11 jours seul sur mon IMOCA. Tenir le rythme dans la durée sera un grand défi. Une compétition de trois mois, 24h/24 : on ne trouve ça dans aucun autre sport. »

Il y a quelques mois, tu déclarais dans nos colonnes : « quand on a navigué dans les mers du Sud, on ne pense qu’à une chose : y retourner ! » Pour quelles raisons ?
« Car on y retrouve conditions uniques. On ressent la vraie solitude, on observe des oiseaux qu’on ne voit nulle part ailleurs… C’est magique. Bateau et marin sont à la limite. Et on navigue aux allures portantes et les IMOCA sont conçus pour ça. C’est dans les mers du Sud que ces superbes machines expriment tout leur potentiel. J’ai vécu des moments très forts dans les océans Indien et Pacifique lors de la Barcelona World Race et c’est pour retrouver ces ambiances si spéciales que je participe au Vendée Globe. »

Propos recueillis par Olivier Bourbon / M&M