26 Octobre 2016 - 15h36 • 17101 vues

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Depuis la création du Vendée Globe en 1989, cinq marins nord-américains se sont déjà élancés des Sables d’Olonne, trois venus des Etats-Unis (Mike Plant, Bruce Schwab, Rich Wilson) et deux du Canada (Gerry Roufs, Derek Hatfield). Certains ont été les acteurs de grands drames du Vendée Globe, d’autres ont écrit de belles histoires et fait vivre au public des moments de joie. Pour cette huitième édition, les Etats-Unis seront représentés par le biais de Rich Wilson mais aussi de Conrad Colman qui dispose de la double nationalité (USA/Nouvelle-Zélande).

Les Sables d'Olonne, le 26 novembre 1989. Treize skippers, treize pionniers prennent le départ du premier Vendée Globe, le tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Parmi les inscrits, un concurrent originaire des Etats-Unis, Mike Plant, qui s’engage à bord du 60 pieds Duracell. En 1986-1987, pour sa première grande course en solo, il avait remporté le BOC Challenge, le tour du monde avec escales, dans la classe II avec un 50 pieds. L'issue est moins favorable lors du Vendée Globe puisque Mike Plant termine hors course pour avoir reçu assistance à l’île Campbell (Nouvelle-Zélande). Alors qu’il est arrêté dans une baie, son ancre chasse. Son monocoque risquant de s’échouer sur la côte, il est aidé par une équipe de scientifiques. Le règlement du Vendée Globe est implacable, toute aide extérieure est interdite. Mike Plant est donc éliminé d’office.

Les disparitions de Mike Plant et Gerry Roufs, deux grands drames du Vendée Globe

En 1991, Mike Plant termine quatrième du BOC Challenge, à bord du monocoque avec lequel il a pris part au premier Vendée Globe. Puis il construit un nouveau 60 pieds, Coyote, pour participer à l’édition 1992-1993 de l'Everest des mers. Le 16 octobre 1992, il quitte New York, cap sur les Sables d’Olonne pour prendre le départ de la course. Onze jours plus tard, il déclenche sa balise de détresse. Les recherches entreprises se révéleront malheureusement infructueuses. Funeste hasard : la coque de son Coyote, retourné et sans personne à son bord, est repérée au nord des Açores le jour du départ du deuxième Vendée Globe, le 29 novembre...

Lors du Vendée Globe 1996-1997, le Québécois Gerry Roufs représente l’Amérique du Nord. Vainqueur de la Transat anglaise 1996, il prend le départ avec de légitimes ambitions. Dans les mers du Sud, les concurrents de cette troisième édition souffrent dans des vents déchaînés et une mer démontée. Raphaël Dinelli, Thierry Dubois et l'Anglais Tony Bullimore se retournent mais sont heureusement secourus. Mais à Paris, le PC Course constate que Gerry Roufs ne répond plus, alors qu’il était en deuxième position. Dans sa dernière vacation radio, il avait déclaré : « Les vagues ne sont plus des vagues, elles sont hautes comme les Alpes. » D’importants moyens de recherche sont mis en place autour de la dernière position connue de Gerry Roufs. Des cargos sont déroutés ainsi que quatre de ses concurrents qui quadrillent la zone. Mais la forte tempête complique les recherches qui doivent être interrompues. L’épave du bateau de Gerry Roufs ne sera retrouvée au large des côtes chiliennes que six mois plus tard. Vainqueur de cette très difficile édition, Christophe Auguin prononcera ces mots forts : « La grande aventure du Vendée Globe ne peut risquer la vie de ses acteurs pour devenir l’une des plus belles vitrines des valeurs sportives. » Son souhait sera exaucé. Depuis la disparition de Gerry Roufs, aucun marin n’a perdu la vie dans le Vendée Globe.

Bruce Schwab, premier Américain à terminer le Vendée Globe

Il faut patienter jusqu’en 2004 pour revoir un participant venu d’Amérique du Nord, le Californien Bruce Schwab. En 2001, il avait terminé 5e d’Around Alone, le tour du monde en solitaire avec escales. Ce personnage attachant s’engage à bord d’un bateau étonnant qu’il a conçu avec les moyens du bord. Il débarque aux Sables d’Olonne sans complexes mais émerveillé de côtoyer les meilleurs marins français et anglo-saxons engagés dans cette édition 2004-2005. Il termine 9e après 109 jours de mer et devient ainsi le premier Américain à inscrire son nom au palmarès des « finishers » du Vendée Globe, tout étonné de recevoir un accueil à la hauteur de sa performance dans le port des Sables d’Olonne. Ce guitariste émérite mouche les sceptiques et espère que son exploit donnera des idées à ses compatriotes.  « Il faut être un peu fou pour réaliser ce que nous faisons en solitaire autour du monde », déclare-t-il. « Mais je suis toujours étonné d’être encore le seul Américain naviguant sur un bateau américain à participer au circuit international des 60 pieds. Je veux croire que cela va changer très bientôt. »

2008-2009 : un record de participations avec Rich Wilson et Derek Hatfield

Pour la première fois, deux concurrents venus d’Amérique du Nord participent au Vendée Globe lors de l’édition 2008-2009. L’Américain Rich Wilson est le doyen de l’épreuve à 58 ans. Double diplômé à Harvard et de sciences interdisciplinaires au prestigieux MIT à Boston, Rich Wilson a le sens du partage et de l’aventure. Il se sert de la voile comme support éducatif dès 1990 pour tenter de battre le record entre San Francisco et Boston. Ses divers défis sont suivis par des centaines de milliers d’enfants aux Etats-Unis. L’aventure utilisée comme programme scolaire : le concept a fait ses preuves et est donc utilisé pour son plus grand challenge, le Vendée Globe. Sur un vieux monocoque de dix ans d’âge, il surmonte les coups de vent et les nombreuses avaries. Il rallie les Sables d’Olonne à la 9e place après 121 jours de mer, avec la satisfaction d’avoir vécu et partagé le Vendée Globe avec le plus grand nombre.

© Jean-Marie Liot / DPPIIssue différente pour Derek Hatfield, le deuxième Canadien à prendre le départ du Vendée Globe, douze ans après Gerry Roufs. Dès le lendemain du départ, il doit rebrousser chemin pour réparer son éolienne ainsi que son rail de mât en partie arraché. Derek Hatfield repart des Sables cinq jours après tout le monde mais poursuit sa route jusque dans les mers du Sud. Pris dans une violente tempête, il chavire au Sud de l’Australie et casse deux barres de flèche. Son voilier se redresse mais le gréement est trop endommagé pour poursuivre la course. Derek Hatfield rejoint Hobart (Tasmanie) sous voilure réduite et abandonne. Il ne deviendra donc pas le premier Canadien à boucler le Vendée Globe. Derek Hatfield est malheureusement décédé l’été dernier.

Rich Wilson, ambassadeur d’hier et de demain

Quid de la prochaine édition du Vendée Globe ? On verra un marin disposant de la double nationalité américaine et néo-zélandaise. Il s’agit de Conrad Colman, qui prendra le départ de son premier Vendée Globe, lui qui a déjà bouclé deux tours du monde en double (la Global Ocean Race en Class40 et la Barcelona World Race en IMOCA).
Le 6 novembre prochain, un autre marin américain s’élancera des Sables, un certain Rich Wilson. Comme en 2008-2009, il sera le doyen de l’épreuve et s’engagera à bord d’un bateau âgé de près de dix ans : Great American IV, un plan Owen Clarke de 2006. Cette monture a largement le potentiel pour lui permettre d’améliorer son temps établi en 2009. Au-delà de la performance sportive, Rich Wilson portera un vaste programme pédagogique auprès des jeunes, aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde. Comme Bruce Schwab en son temps, Rich Wilson espère également que sa participation permettra de développer la renommée du Vendée Globe aux Etats-Unis. Avec pour effet de booster la participation américaine lors des prochaines éditions, pour continuer à écrire une histoire déjà pleine de rebondissements.

Les participations nord-américaines en chiffres
- 5 marins ont pris le départ : Mike Plant (Etats-Unis), Gerry Roufs (Canada), Bruce Schwab (Etats-Unis), Rich Wilson (Etats-Unis) et Derek Hatfield (Canada)
- 2 disparitions : Mike Plant (en 1992, lors du convoyage entre New York et Les Sables d’Olonne) et Gerry Roufs (en 1997)
- 2 ont terminé la course : Bruce Schwab (9e en 2004-2005) et Rich Wilson (9e en 2008-2009)
- 1 a terminé hors course : Mike Plant (en 1989-1990)
- 1 abandon : Derek Hatfield (en 2008-2009)
- Meilleur temps : Bruce Schwab en 109 jours, 19 heures et 59 minutes (en 2004-2005)

Olivier Bourbon / M&M