Actualité

Rencontre avec Titouan Lamazou

Titouan Lamazou, winner of the 1st Vendée Globe in Les Sables d'Olonne, France, on October 28th, 2016 - Photo Olivier Blanchet / DPPI / Vendee GlobeTitouan Lamazou, 1er vainqueur de la course  sur le village du Vendée Globe aux Sables d'Olonne, le 28 Oc

Que représente le Vendée Globe pour vous ?
« Mon nom est resté associé à la course. A l’époque, on comparait les concurrents aux gladiateurs. Tout le monde se posait des questions : où vont-ils ? Vont-ils revenir ? Aujourd’hui, on ne se pose pas les mêmes questions. Mais à chaque édition, on sait qu’il a y de la casse et des abandons.  Depuis le début, il y a la même proportion de bateaux classés à la fin, c’est-à-dire, la moitié de la flotte. »

Quelle est la plus grande évolution depuis la naissance de la course ?
« Le premier Vendée Globe a été une surprise. Qu’on le fasse en 109 jours, personne ne pouvait l’imaginer. Aujourd’hui, la barre est passée en dessous des  80 jours. François Gabart l’a fait !  Pour moi, le plus marquant comme évolution, ce n’est pas tant la progression technologique, elle est logique, car les records sont faits pour être battus. L’évolution frappante, ce sont les progrès en terme de moyens de communication. Avant, on avait la BLU, et c’était facile de ne pas répondre car cela ne marchait pas toujours bien. Je suis de l’école des taiseux, cela m’arrangeait bien. Maintenant, on peut voir les skippers en direct à la TV. J’aurais du mal avec ça, mais les concurrents d’aujourd’hui sont parfaitement adaptés, c’est naturel pour eux. Je pense qu’avant, le peu de nouvelles en provenance de la mer, suscitait beaucoup d’imagination de la part des terriens. »

Que pensez-vous des foils ?
« C’est la nouveauté cette année, on va bien voir ce que ça donne. C’est le suspense de cette édition ! Eric Tabarly avait essayé d’équiper de foils un Tornado (catamaran de sport, ndlr) en 1976 et depuis, on a essayé de faire voler les bateaux. On y vient, cela ne m’étonne pas énormément, c’est spectaculaire mais logique. »

Votre regard sur le plateau de cette 8e édition du Vendée Globe ?
© Titouan Lamazou« Les quatre dernières années, j’étais au Mali, au Niger, en Mauritanie, donc éloigné du milieu maritime. Depuis 26 ans, c’est ma vie. Je ne connais pas beaucoup de skippers, sinon Kito de Pavant, et évidemment Jean Le Cam qui a navigué avec Eric Tabarly. Il m’a fait le plaisir de mettre sur son étrave le portrait de lui que j’ai dessiné. »

Le Grand Sud, vous le décriviez à l’époque comme « le pays de l’ombre », est-ce un endroit sans équivalent ?
« Il n’y avait pas de points de passage obligatoires, nous descendions très sud. Pour nous, c’était source de flippe. Mais je pense qu’à l’époque, il y avait moins d’icebergs, le réchauffement climatique fait que les glaces se détachent du continent antarctique. J’ai fait trois courses autour du monde dont le Vendée Globe, et c’était très angoissant de descendre dans l’océan Indien. Il y a eu des marins disparus. L’angoisse était latente et elle ne nous quittait que lorsque l’on doublait le cap Horn pour remonter dans l’Atlantique. J’ai beaucoup aimé le Grand Sud. Alors que Kersauson déteste l’indien, moi c’est celui que j’ai le plus apprécié, j’étais fasciné. La mer peut y être énorme, mais la lumière est limpide, c’est superbe. »

Est ce que la navigation en solitaire vous manque ?
« La solitude, je la côtoie beaucoup, je voyage à l’étranger, j’aime me retrouver seul dans les endroits où je ne parle pas la langue. Le travail artistique est un travail solitaire. Le bateau était un outil pour moi, une façon d’aller d’un point à un autre. Faire des ronds dans l’eau, ça ne m’intéresse pas. Je vais mettre en construction mon futur navire… Ce sera un bateau qui fera le tour du monde le plus lentement possible, un bateau-atelier qui passera du temps au mouillage, dans les baies. Ce sera un lieu de travail et de création. »

Snap code

Retrouvez-nous sur Snapchat
vendeeglobe2016