Chronique médicale

Mon huitième Vendée Globe

SAILING - VENDEE GLOBE CHALLENGE 1989-1990 - PHOTO : JACQUES VAPILLON / DPPI ECUREUIL D'AQUITAINE / SKIPPER : TITOUAN LAMAZOU (FRA) / WINNER

Car depuis le premier départ en 1989, on s’interroge toujours sur cet immense défi solitaire. Il suffit de voir la foule qui se presse sur les pontons pour se rendre compte de l’admiration que suscitent ces héros des temps modernes. Tout a commencé il y a 27 ans. J’étais là, à côté de ces 13 marins qui allaient découvrir l’inconnu. L’inconnu du Grand Sud avec son ciel gris, ses vagues abruptes et ses icebergs tapis dans l’ombre des brumes glaciales.  La recherche de la performance était encore secondaire, l’essentiel était d’en revenir. Dès cette première édition le chenal des Sables s’envoûte de l’émotion d’un au-revoir anxieux. Ce jour-là souffle un violent vent d’Est. Le froid est intense, mais la chaleur des applaudissements des milliers de personnes en rangs serrés sur les quais irradie jusque dans les cockpits. Cette chaleur du public, ils la retrouveront tous à leur retour, mais ils ne le savent pas encore. Je suis en mer avec eux, sur un bateau spectateur. Je pense à la pharmacie que j’ai déposée à bord de chaque voilier. Les produits sont rangés dans une valise un peu trop lourde, mais ils l’acceptent, se disant inconsciemment qu’ils ne l’ouvriront jamais. Elle fera juste un bon contrepoids. Par superstition ou par défi, ils ne veulent pas penser à l’accident ou à la maladie. Et puis, il y a suffisamment de motifs d’angoisse dans cette confrontation avec la mer pour ne pas rajouter. De mon côté, je ne pense qu’à ça. Naviguant depuis toujours, je sais qu’en mer tout est possible. Les Vendée Globe suivants m’en donneront la preuve. A moi de prévoir au mieux en sachant qu’ils sont seuls. Personne pour les aider, à eux de tout assumer. Je sais aussi combien les liaisons radio sont aléatoires. Le téléphone satellite n’existe pas encore. Pas d’email évidemment. Des délais parfois très longs dans les échanges avec l’appréhension de mal comprendre ou de mal évaluer la réalité du problème. J’assume. Les skippers me font confiance, mais je n’ai pas le droit de les décevoir.
Cette charge, cette responsabilité que je me suis imposée, je l’ai fait spontanément. Quand Philippe Jeantot a organisé cette course, je suis venu le voir aux Sables pour lui proposer mes services.  Il m’a prévenu « un médecin sur la course ? OK mais attention, je n’ai pas de budget pour ça, à toi de te débrouiller ! ». Alors, j’ai démarché les laboratoires pharmaceutiques pour obtenir des échantillons de médicaments gratuits, c’était possible à l’époque. C’est ainsi que j’ai constitué les 13 pharmacies embarquées. Quant à ma disponibilité 24/24 pendant près de 4 mois, je l’ai offerte aux skippers, une manière d’être avec eux tout en restant à terre. Mais je n’avais pas évalué la tension de l’attente des appels ni les sueurs froides face à des situations pour lesquelles il fallait trouver des solutions immédiates, simples et efficaces. On ne le savait pas encore mais ce premier « Vendée Globe Challenge » comme on disait alors, allait ouvrir de nouveaux horizons dans la compréhension de la physiologie de l’extrême, que ce soit dans la gestion du sommeil, la nutrition, la préparation physique et mentale, la téléconsultation ou les soins médicaux à distance. Sans en avoir réellement conscience, ces marins allaient nous apporter, course après course des enseignements qui nous concernent tous, dans le quotidien de notre vie à terre. Tout au long de ces 3 mois nous allons avoir tout le temps d’en reparler. Aujourd’hui, à quelques jours de ce huitième départ, grâce aux formations obligatoires, ils sont mieux armés pour gérer un problème de santé. Leur suivi médical a également beaucoup évolué, avec des bilans de santé périodiques. On sait désormais qu’ils partent en pleine forme. En cas de problème, les liaisons satellites avec images et vidéos sont d’une aide incomparable. Reste le stress de cette veille qui va durer plus de 3 mois. Même après 7 Vendée Globe, cette tension est toujours là. Mais elle est nécessaire pour rester en vigilance avec une mission incontournable : les aider à aller jusqu’au bout de leur aventure.

Dr Jean-Yves CHAUVE

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