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Le chapelet atlantique

Onboard image bank while training for the Vendee Globe of IMOCA Maitre COQ, skipper Jeremie Beyou (FRA), off Belle-Ile, on September 23rd, 2016 - Photo Eloi Stichelbaut / Maitre Coq / Vendee GlobeImages embarquées de Jeremie Beyou (FRA), skipper Maitre

Ils sont déjà six solitaires de l’autre côté de la ligne de démarcation des hémisphères ! Et la flotte s’égraine comme un chapelet, du large du Brésil à l’archipel canarien sur plus de 1 800 milles entre le leader Alex Thomson (Hugo Boss) et Didac Costa (One Planet-One Ocean) : le Britannique est le patenôtrier et l’Espagnol la lanterne rouge… Mais dans ce rosaire, une perle a quitté la confrérie : Tanguy de Lamotte (Initiatives-Cœur) a décidé de faire demi-tour et s’il n’a pas officiellement abandonné puisqu’il n’a pas mis pied à terre et que personne ne l’a rejoint à bord, il n’est plus réellement en course : « Je ramène mon bateau aux Sables d’Olonne, sans avoir fait le tour de l’Antarctique mais en continuant mon combat pour Mécénat Chirurgie Cardiaque. »

La tête en bas

En tête de gondole, le Gallois est incontestablement le grand gagnant de ce passage délicat qu’est le Pot au Noir : grâce à sa trajectoire très directe dans cette zone de grains et de calmes, il a réussi à ne jamais s’arrêter et à faire le break face à ses poursuivants directs. Et surtout, il a pu sortir de la Zone de Convergence Inter Tropicale (ZCIT) avec une position très à l’Est, sur le 27°W quand le duo Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) et Vincent Riou (PRB) s’en extirpait sur le 28°10’. Or ce décalage latéral d’une cinquantaine de milles est plus important que les chiffres bruts ne le laissent penser : dans ces alizés de Sud-Est d’une petite vingtaine de nœuds, la position au vent de la flotte se traduit par trois conséquences.

Le vent va progressivement tourner vers l’Est ce qui va accélérer le rythme et le Britannique sera le premier servi ; dans cette grande courbe autour des hautes pressions de l’anticyclone de Sainte-Hélène, le leader raccourcit sa route ; enfin, il s’écarte plus des côtes brésiliennes où les alizés sont perturbés par la côte avec plus de variations diurnes, plus de grains et moins de brise… Logiquement, le leader va donc augmenter encore son avantage, même si ses poursuivants tentent de réduire cet écart latéral en lofant plus. Mais Alex Thomson sait qu’il vaut mieux se recaler devant en tirant sur sa barre pour aller plus vite : avec presque deux nœuds de différentiel, le « foiler » anthracite est le plus à l’aise dans ces conditions de vent de travers et il est déjà le premier à déborder, très à l’Est, l’archipel de Fernando de Noronha au large du Brésil.

Et de fait, ceux qui ont perdu le plus dans la ZCIT sont Jérémie Beyou (Maître CoQ) handicapé par des problèmes de pilote automatique, Morgan Lagravière (Safran) qui a perdu une cinquantaine de milles dans l’opération Pot au Noir même si sa position au vent est favorable pour la suite, et Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) qui a concédé près de 150 milles en 36h… Il va falloir désormais se concentrer sur le passage au large du cap Frio (à la latitude de Rio de Janeiro) où une zone orageuse se développe en association avec une dépression.

Or cette dernière va glisser vers le cap de Bonne-Espérance dès ce soir, suivi par une deuxième perturbation samedi et les premiers qui accrocheront ce deuxième wagon, auront un boulevard pour descendre vers les Quarantièmes Rugissants… Malheureusement, derrière cette deuxième rame, une sérieuse panne est attendue dès dimanche soir avec rupture des alizés, vents contraires, calmes et grains. Une nouvelle fracture risque fort de se créer entre les dix premiers et le reste de la flotte !

Sortir du Pot

Mais pour l’instant, le peloton se débat encore dans un Pot au Noir qui, s’il n’est pas très actif, est beaucoup plus étendu que lors du passage des leaders : une onde d’Est entre la Mauritanie et le Cap-Vert rend en effet la navigation fastidieuse pour l’Espagnol Didac Costa, tout comme pour Sébastien Destremau (TechnoFirst-faceOcean) qui a choisi une route originale entre l’archipel et le continent africain, quand l’Irlandais Enda O’Coineen (Kilcullen Voyage-Team Ireland) se débat encore au large des îles de Fogo et Brava… Ce phénomène météo a brisé le régime alizéen et la route vers le Pot au Noir est pavée de vents mous et de mauvais grains.

Avec seulement une douzaine de nœuds d’Est, le gros de la flotte a du mal à dépasser les dix nœuds de moyenne et les premiers à en pâtir le plus sont Kito de Pavant (Bastide Otio), Louis Burton (Bureau Vallée), Bertrand de Broc (MACSF) et Arnaud Boissières (La Mie Câline). Ils ont encore 150 à 200 milles à parcourir pour espérer sortir du Pot, ce qui devrait leur prendre toute la journée, voir une partie de la nuit… Ce delta vis à vis des leaders ne serait pas trop conséquent si les prévisions météo ne laissaient entendre que les alizés de l’hémisphère Sud sont en train de changer de tempo ! Il pourrait y avoir ce week-end une fracture nette entre le groupe de tête et le peloton car la fissure du Pot au Noir se transforme en faille : le chapelet des petits grains est en train de se rompre à un Pater… Les humeurs de Sainte-Hélène sont impénétrables !

Passages à l’équateur :

1-Alex Thomson : 9j 07h 02’

2-Armel Le Cléac’h : 9j 09h 56’ à 2h 54’ du leader

3-Vincent Riou : 9j 10h 24’ à 3h 22’ du leader

4-Sébastien Josse : 9j 12h 01’ à 4h 59’ du leader

5-Paul Meilhat : 9j 12h 49’ à 5h 47’ du leader

6-Jérémie Beyou : 9j 16h 49’ à 9h 47’ du leader

Dominic Bourgeois

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