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Schuss !

Sailing aerial images of the IMOCA boat Newrest - Matmut, skipper Fabrice Amedeo (FRA), during training for the Vendee Globe 2016, off Belle Ile in South Brittany, on October 12, 2016 - Photo Jean-Marie Liot / DPPI / Vend

Ça s’affole sur les compteurs ! 23 nœuds de moyenne ces dernières heures pour le leader Alex Thomson (Hugo Boss) qui navigue depuis vendredi soir en avant d’un front froid venu de la baie de Rio de Janeiro et qui « accuse » déjà 525 milles/24h au dernier pointage ! Un front qui est associé à une dépression en cours de creusement puisqu’elle va passer en deux jours de 1 001 hPa à 971 hPa avec une vitesse de déplacement vers l’Est-Sud Est de 25-30 nœuds. Un glissement vers les Cinquantièmes Hurlants qui s’avère donc extrêmement favorable aux leaders qui peuvent eux aussi progresser à plus de vingt nœuds ! Ils vont donc pouvoir rester sur la bordure méridionale de cette perturbation pendant trois jours… Pour se faire ensuite pousser par une deuxième dépression sortant de l’Argentine ce week-end et prenant le relais le long du 45°S.

L’effet coup de pied

Le flux de secteur Nord va ainsi continuer à souffler au large de l’île de Tristan da Cunha, montant à 25-30 nœuds voire plus sous les grains : c’est cette nouvelle dépression qui va propulser les leaders jusqu’à la longitude du cap des Aiguilles, véritable porte d’entrée dans l’océan Indien. Ce flux portant soutenu voire musclé devrait leur permettre de passer sous une cellule de hautes pressions avec peu de vent, qui s’installe en milieu de semaine sous la corne africaine. L’anticyclone de Sainte-Hélène est en effet très volatile ces prochains jours avec la formation d’un deuxième centre au large du cap Frio quand le premier se dégonfle en glissant vers l’Est en début de semaine.

C’est ce « lifting » général de l’Atlantique Sud qui va radicalement séparer le groupe de tête de ses poursuivants directs et mettre ceux-ci en ballottage défavorable face au peloton qui risque fort de combler une bonne partie de son retard sur ce deuxième groupe. Normalement, seuls les « sept mercenaires » de tête vont bénéficier de ce coup de pied aux fesses avec toujours un petit bonus aux premiers : Alex Thomson devrait encore augmenter son avance sur ses deux dauphins Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) à 130 milles et Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) à 148 milles. Grâce à sa position sous le vent et plus Sud, le Britannique profite d’un vent plus régulier et plus intense, car quelques nœuds de brise en plus se traduisent tout de suite par quelques dixièmes de nœuds de vitesse en sus…

Et il faut bien constater que le différentiel est lié à ce décalage de placement puisqu’en 24h, Armel Le Cléac’h a perdu 20 milles sur le leader tout comme Sébastien Josse et Morgan Lagravière (Safran) quand Jérémie Beyou a concédé 70 milles en une journée ! Le skipper de Maître CoQ est d’ailleurs en situation limite pour rester accroché à ce TGV Atlantique et il va compter au minimum deux nœuds de vitesse en moins ces deux prochains jours. Et la différence entre « foilers » et « dérives classiques » est claire : Vincent Riou (PRB) et Paul Meilhat (SMA) ont beau être au maximum du potentiel de leur monocoque IMOCA, ils ne peuvent suivre le même tempo que les nouveaux prototypes à foils. Avec 60 à 80 milles quotidiens en moins pendant trois jours, l’addition s’annonce salée au passage de Tristan da Cunha !

Rassemblement méridional

Au sein du peloton, le passage du Pot au noir qui s’est avéré fastidieux et long, a certes coupé les ponts avec la tête de course mais il a aussi permis un regroupement puisqu’au franchissement de l’équateur, ils sont six avec moins de neuf heures d’écart à être passés de l’autre côté de la ligne de démarcation des hémisphères. Avec cinq heures de retard sur Bertrand de Broc (MACSF) qui fait route vers l’archipel de Fernando de Noronha pour effectuer un check-up de ses appendices (arrivée vers 10h00 heure française), Arnaud Boissières (La Mie Câline) mène le train avec deux heures d’avance sur le néo-Zélandais Conrad Colman (Foresight Natural Energy). Puis suivent Stéphane Le Diraison (Compagnie du Lit-Boulogne Billancourt), Fabrice Amedeo, le Japonais Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh) et le Hongrois Nándor Fa (Spirit of Hungary). Cela annonce une belle empoignade car il y a jusqu’à 60 milles d’écart latéral et le skipper de Newrest-Matmut est en position favorable au vent pour déborder par le large trois de ses concurrents d’ici la fin du week-end…

Ne reste plus dans le Pot au Noir que l’Irlandais Enda O’Coineen (Kilcullen Voyager-Team Ireland) qui devrait s’en extraire dans la journée et Sébastien Destremau (TechnoFirst-faceOcean) avec une position très à l’Est (22°W) qui pourrait laisser entendre que la voie « intérieure », le long des côtes africaines, est encore d’actualité pour le solitaire. Il est malheureusement encore piégé par d’importantes masses nuageuses qui vont rendre sa progression vers le Sud très laborieuse et par à-coups. Quant à l’Espagnol Didac Costa (One Planet-One Ocean), il aborde ce samedi l’archipel du Cap-Vert par l’Ouest avec un vent de Sud-Est modéré qui préjuge mal de l’avenir à court terme : son Pot au Noir pourrait être le pire de toute la flotte…

Dans la zone intermédiaire

Et si le peloton n’a pas trop de questions à se poser ce week-end avec des alizés de Sud-Est tournant progressivement à l’Est d’une quinzaine de nœuds, il n’en est pas de même pour le « club des cinq » qui pique plein Sud au large des côtes brésiliennes. C’est ce groupe qui va être le plus pénalisé par ce chambardement radical de la configuration météorologique dans l’Atlantique Sud ! Emmené par Yann Éliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), le « clan des Brésiliens » progresse encore entre 16 et 19 nœuds de la latitude de Recife (Kito de Pavant-Bastide Otio), à celle de Salvador de Bahia (Jean Le Cam-Finistère Mer Vent, Jean-Pierre Dick-StMichel-Virbac, Thomas Ruyant-Le Souffle du Nord pour le projet Imagine) et à celle de Vitória (Yann Éliès).
En effet, derrière la dépression qui emmène les leaders, un marécage se dessine au large de la latitude de Rio de Janeiro : il y aurait même des vents contraires de secteur Sud dès ce soir dans l’Est du Brésil, du cap Frio jusqu’aux abords de la Baie de Tous-les-Saints ! Ces quatre solitaires doivent donc forcer le cap pour s’écarter le plus possible afin de rester dans un faible flux de secteur Nord d’une douzaine de nœuds dimanche… Et si le triple vainqueur de La Solitaire du Figaro a une toute petite chance de rester sur cette « queue » de front en se recentrant vers l’Est, les dégâts collatéraux de ce changement météo risquent d’être catastrophiques pour les autres skippers : dès dimanche midi, une bulle anticyclonique se forme dans la baie de Rio de Janeiro en se décalant vers le Nord-Est, pile sur la route… Or cette barrière de vents mous et instables est partie pour durer toute la semaine. Aïe !

Passages à l’équateur :

1-Alex Thomson : 9j 07h 02’

2-Armel Le Cléac’h : 9j 09h 56’ à 2h 54’ du leader

3-Vincent Riou : 9j 10h 24’ à 3h 22’

4-Sébastien Josse : 9j 12h 01’ à 4h 59’

5-Paul Meilhat : 9j 12h 49’ à 5h 47’

6-Jérémie Beyou : 9j 16h 49’ à 9h 47’

7-Morgan Lagravière : 9j 17h 30’ à 10h 28’

8-Yann Éliès : 10h 01h 17’ à 18h 15’

9-Jean Le Cam : 10h 10h 17’ à 1j 03h 15’

10-Thomas Ruyant : 10j 16h 15’ à 1j 09h 13’

11-Jean-Pierre Dick : 10j 16h 51’ à 1j 09h 49’

12-Kito de Pavant : 11j 03h 59’ à 1j 20h 57’

13-Louis Burton : 11j 18h 39’ à 2j 11h 37’

14-Bertrand de Broc : 11j 20h 01’ à 2j 12h 59’

15-Arnaud Boissières : 12j 01h 36’ à 2j 18h 34’

16-Conrad Colman : 12j 03h 36’ à 2j 20h 34’

17-Stéphane Le Diraison : 12j 04h 07’ à 2j 21h 05’

18-Fabrice Amedeo : 12j 04h 40’ à 2j 21h 38’

19-Kojiro Shiraishi : 12j 10h 12’ à 3j 03h 10’

20-Nándor Fa : 12j 10h 25’ à 3j 03h 23’

 

Dominic Bourgeois

 

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