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Jean Le Cam (FRA), skipper Finistere Mer Vent, training solo off Belle-Ile on his way to Les Sables d'Olonne for the Vendee Globe, on october  6, 2016 - Photo Jean-Marie Liot / DPPI / Vendee GlobeImages aériennes de Jean Le Cam (FRA), skipper Finistere

Dans ce grand brassage atlantique qui a provoqué moult craquellements le long de cette chenille processionnaire en route vers le cap de Bonne-Espérance, les bouleversements hiérarchiques sont légion ! Sur le front africain, la phalange leader a explosé lorsque le flux de secteur Nord-Nord Ouest 25-30 nœuds a rattrapé l’arrière-garde qui s’est vue dispersée par un maigre zéphyr brésilien, imposant plusieurs manœuvres en particulier pour Jérémie Beyou (Maître CoQ) et Paul Meilhat (SMA) : ils ont enchaîné les empannages pour tenter de sortir du marais qui les sépare d’un deuxième front. Malheureusement, cette nouvelle perturbation argentine est partie pour glisser sous le 50°S et il leur faudra attendre une troisième dépression venue d’Amérique du Sud pour repartir vraiment à l’assaut du cap de Bonne-Espérance vendredi…

Un rempart de glaces

Et maintenant que la longitude du cap des Aiguilles, véritable entrée dans l’océan Indien, n’est plus qu’à 500 milles de l’étrave d’Alex Thomson (Hugo Boss), force est de constater que le phalanstère n’est plus qu’une succession de bâtiments qui s’égrainent entre l’équateur (Didac Costa : One Planet-One Ocean devrait passer dans l’hémisphère Sud la nuit prochaine) et les Quarantièmes, mais ces derniers ne vont plus rugir longtemps… Brise un jour, pétole à venir ! Et cette fois, ce sont les premiers qui vont franchement ralentir : le front qui les a propulsé à vitesse grand « V » depuis trois jours, est en cours de délitement et va laisser place dès jeudi soir à un faible flux d’Ouest, toujours avec un peu plus de pression sur le 42°S.

Or c’est justement vers quoi se dirige le Britannique quand Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) et Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) sont cent milles plus au Nord avec un vent qui les oblige à piquer plein Est… Le décalage latéral devrait donc augmenter au bénéfice du premier qui pourra longer de près le « mur des glaces » autour du 42°30S : plus de vent et meilleur cap vont donc engendrer un nouveau débours entre le « proconsul gallois » et ses frères d’armes « francs ».

Et la troïka suivante risque fort de sillonner le terrain à la recherche d’une tranchée ventée qui pourrait finalement profiter le plus à Jérémie Beyou, décidé à piquer plein Sud vers un deuxième front éphémère… Le « centurion » solitaire Yann Éliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) va quant à lui pouvoir continuer sa route dans ce premier front en cours de dégénérescence, mais sa vitesse devrait progressivement chuter au fur et à mesure que ces masses nuageuses vont se dissoudre dans l’anticyclone de Sainte-Hélène… Revenir sur l’aile gauche de ses anciens collègues de La Solitaire du Figaro est envisageable, mais de là à les déborder, il y a un fossé, une douve remplie de vents erratiques et d’empannages obligatoires !

Patience et longueur de temps…

À plus de 1 600 milles en arrière, un autre trio sent déjà les effluves d’une brise d’Ouest sur le dos d’une perturbation brésilienne : Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), Jean Le Cam (Finistère Mer Vent) et Thomas Ruyant (Le Souffle du Nord pour le projet Imagine) sont enfin passés de l’autre côté d’une cellule anticyclonique, elle aussi en cours d’évaporation. Mais soyons clair : la nuit prochaine va être très délicate pour rester dans une mince bande d’air tournant au Nord-Ouest entre hautes pressions, front et dépression.

La situation de Kito de Pavant est encore plus acrobatique : le skipper de Bastide Otio était scotché depuis quasiment deux jours dans une bulle sans vent et maintenant, il lui faut absolument sortir de cette zone tropicale pour descendre jusqu’au 25°S avant la nuit prochaine afin d’accrocher la troisième dépression qui déboule de Buenos-Aires !

… Font plus que force ni que rage

D’ailleurs le peloton est aussi dans la panade : ils sont neuf solitaires dans un rayon d’un peu plus de cent milles avec Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) en tête de gondole et l’Américain Rich Wilson (Great America IV) qui ferme la marche de la cohorte un peu plus au Nord. Leur situation n’est pas des plus simples car s’ils touchent parfois des bouffées d’alizés asthmatiques de secteur Nord-Est, ils ne font que longer une dorsale qui devrait mettre près d’une journée à se résorber ! Et à suivre, ce ne sont que des vents très modérés qui longent l’anticyclone de Sainte-Hélène : la dépression argentine a une trajectoire à venir malheureusement bien plus au Sud…

N’est-ce pas la raison du cap de Pieter Heerema (No Way Back) qui ne concède qu’une centaine de milles à Arnaud Boissières (La Mie Câline) ? Le Hollandais suit les traces de Kito de Pavant en plongeant encore plein Sud : il espère arriver à temps au large du cap Frio pour monter en croupe de la dépression argentine prévue pour jeudi soir… Enfin après avoir chargé le logiciel qui lui faisait défaut pour communiquer, le Suisse Alan Roura (La Fabrique) a pu reprendre le fil de la course en se dégageant des côtes brésiliennes. Il a désormais l’Irlandais Enda O’Coineen (Kilcullen Voyager-Team Ireland) dans son rétroviseur.

Quant à Sébastien Destremau (TechnoFirst-faceOcean), les alizés d’Est de l’anticyclone de Sainte-Hélène le propulsent gentiment vers le Sud, mais le skipper ne doit pas traîner en route car l’Atlantique Sud est en plein chambardement. La dépression argentine qui va effleurer ce week-end l’Afrique du Sud redistribue les cartes de pression au large du Brésil : une nouvelle bulle est agrippée à l’arrière de la perturbation. Et il n’y a pas d’atouts à mettre sur la table : il faudra contourner les hautes pressions par l’Ouest et Didac Costa devra probablement en faire de même…

Dominic Bourgeois

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