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Sur la route

La Fabrique, skipper Alan Roura (SUI) Aerial illustration of start of the Vendee Globe, in Les Sables d'Olonne, France, on November 6th, 2016 - Photo Vincent Curutchet / DPPI / Vendée GlobeLa Fabrique, skipper Alan Roura (SUI) Vue aérienne du départ du

Deux plus un : telle est la situation au large de l’Afrique du Sud puisque Alex Thomson (Hugo Boss) a perdu du terrain toute la nuit sur Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) alors qu’il maintenu l’écart face à Sébastien Josse (Edmond de Rothschild). La faute à un col barométrique à l’arrière de la dépression brésilienne qui a poussé le groupe durant quatre jours. Le premier a dû lofer pour s’écarter du « mur des glaces » positionné sur le 43°S à la longitude du cap des Aiguilles quand le second a empanné pour s’en rapprocher et se replacer sous le vent du leader.

Une trajectoire optimale

Mais ce qui marque surtout cette première phase du Vendée Globe, c’est la trajectoire quasiment parfaite du Gallois, malgré un petit décalage après le cap Finistère vite effacé des tablettes, avec un passage au cœur de l’archipel du Cap-Vert, une traversée du Pot au Noir sur le 27°W, une parabole très pure de l’équateur au cap de Bonne-Espérance. Résultat, Alex Thomson a atteint ce premier cap distant « orthodromiquement » (distance la plus courte) de 6 980 milles en moins de dix-huit jours, alors que le Britannique a parcouru sur l’eau 7 678 milles.

Un delta de seulement 698 milles qui permet aussi de comprendre que le gain de plus de cinq jours à l’entrée de l’océan Indien est certes lié aux performances du foiler anthracite, mais aussi à des conditions météorologiques très favorables en évitant les manœuvres (pas de virement de bord et quatre empannages) en dix-huit jours de mer. Bien sûr il a fallu au Britannique (comme aux autres solitaires) modifier le plan de voilure régulièrement et adapter la route à l’état de la mer, mais ce déficit de manœuvres est aussi un point positif pour limiter la fatigue physique. Ce qui n’a pas été le cas pour bien d’autres skippers…

Retour par l’arrière

Ce vendredi, le trio de tête va en sus pouvoir se « reposer » ou à tout le moins, libérer un peu de stress avec des conditions météorologiques plus tranquilles : une quinzaine de nœuds de secteur Ouest sur une mer certes encore un peu agitée, mais tout de même plus maniable à plus de 350 milles de l’Afrique du Sud et du redoutable courant chaud des Aiguilles qui descend du Mozambique et se confronte au courant froid venu de l’Atlantique. Sur un océan qui se lisse, le trio de tête va devoir naviguer dans une zone de vents variables pendant plus de 24h avant que la dépression argentine ne vienne relancer les machines vers les Kerguelen.

Car c’est bien par l’Ouest que la solution arrive : déjà la troïka surfe bon train en avant d’un front froid quand Yann Éliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) patiente dans un flux de Nord-Ouest encore très modéré (12-15 nœuds) et que Jérémie Beyou (Maître CoQ) et Paul Meilhat (SMA) pataugent dans un flux instable et faible qui imposera des manœuvres jusqu’au coucher du soleil où la perturbation va leur apporter un régime de Nord plus établi. C’est donc le groupe central qui anime le plan d’eau ce vendredi puisque Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac), Jean Le Cam (Finistère Mer Vent) et Thomas Ruyant (Le Souffle du Nord pour le projet Imagine) déboulent en avant de la dépression argentine avec 25-30 nœuds de Nord-Ouest.

Mais comme leurs prédécesseurs, il ne faut pas qu’ils se fassent rattraper par le front car alors, c’est une belle molle suivie d’un flux d’Ouest qui les attend… C’est déjà le cas pour Kito de Pavant (Bastide Otio) qui continue sa descente vers les Quarantièmes Rugissants, mais avec un vent d’Ouest vingt nœuds qui va progressivement basculer au Sud-Ouest en forcissant. Ces quatre solitaires puis le trio des chasseurs, puis le triumvirat de tête a la chance de constater que cette perturbation qui circule jusqu’au 40°S est suivie par une autre et une troisième dans la foulée qui ont l’intention de traverser non seulement l’Atlantique Sud mais aussi tout l’Indien ! Un superbe lift vers les Kerguelen et le cap Leeuwin…

Coincer la bulle

En revanche, si ce n’est pas la Berezina, cela a des allures de Trafalgar… Le peloton toujours emmené par Louis Burton (Bureau Vallée) suivi comme son ombre par Stéphane Le Diraison (Compagnie du Lit-Boulogne Billancourt), le Japonais Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh) et Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) a certes touché un léger flux de Nord-Ouest d’une douzaine de nœuds, mais ce n’est qu’éphémère ! La dépression argentine leur passe devant l’étrave et c’est un nouvel anticyclone qui pointe ses calmes pour le début de la semaine…

Après le tropique du Capricorne, le vent va brutalement passer au secteur Sud (voire au Sud-Est ce qui impliquerait un louvoyage laborieux et fatiguant) et la bulle anticyclonique venue de Rio de Janeiro devrait s’étendre sur tout l’Atlantique Sud comme un énorme haricot qu’il faudra alors traverser jusqu’à atteindre le 35°S ! Certains solitaires ne vont pas s’en défaire pendant de longues heures et non seulement les écarts avec le groupe de tête vont devenir abyssaux, mais en sus le peloton va exploser en plusieurs grappes. N’est-ce pas l’opportunité pour le Suisse Alan Roura (La Fabrique) de contourner cette zone à risques par l’Ouest, même si la descente vers le cap Frio s’annonce très poussive ? Car la solution viendra une nouvelle fois de l’Ouest avec une dépression brésilienne dès lundi soir pour prendre la suite. D’ailleurs les prévisions à long terme laisse entendre que Atlantique Sud et Indien austral vont être sérieusement mouvementés toute la semaine prochaine…

Passage à la longitude du cap de Bonne-Espérance

1-Alex Thomson : 17j 22h 58’

2-Armel le Cléac’h : 18j 03h 30’ à 04h 32’ du leader

3-Sébastien Josse : 18j 12h 42’ à 13h 44’ du leader

 

Dominic Bourgeois

 

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