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Départ de feu pour Conrad Colman !

Depart Feu à bord du bateau de Conrad Colman
© Conrad Colman (DR)

L'incident est derrière lui et le skipper de Foresight Natural Energy a heureusement repris sa route, mais ce qu'il a subi hier fait froid dans le dos. Car c'est bien un début d’incendie que Conrad a dû gérer dans l'urgence ! Dans un message cette nuit, il est revenu avec plus de précisions sur cet incident qui aurait pu s’avérer dramatique. Conrad Colman n'a donc pas « seulement » subi une sortie de route consécutive à un court-circuit ayant entraîné le décrochage de son pilote, hier dimanche. L'avarie était d'abord un départ d'incendie comme le montre la photo qu'il nous a fait parvenir (ci-dessus). Voici ce que raconte Conrad : "C'est dingue comme les choses peuvent très rapidement devenir hors de contrôle. Je voyais Arnaud (Boissières) sur l'horizon et j'étais heureux d'empanner loin de lui dans 30 noeuds de vent. Je suis rentré dans le bateau et là, à l’intérieur j’ai senti comme une odeur de plastique. Je pensais à un problème avec les batteries. J’ai donc regardé tout le système électrique et j’ai réalisé des tests sur mon ordi, mais rien à signaler. Peut-être que mon imagination me jouait un tour ?"

Une fumée noire et des flammes !

Conrad n'a pas rêvé. Il poursuit son récit :  : "Je suis sorti prendre un ris, mais en entrant de nouveau à l’intérieur du bateau j’ai vu une épaisse fumée noire et des flammes qui sortaient de derrière la table à cartes !" Un vrai cauchemar du marin et un gros coup de stress, 500 milles dans le Sud-Ouest du cap de Bonne Espérance… où on ne fait pas le 18. Il y a bien un pompier de métier dans la flotte du Vendée Globe, le Catalan Didac Costa, mais il est loin et n'aurait de toutes façons rien pu faire pour aider. Conrad a réussi à maîtriser seul ce début d'incendie, au prix de quelques brûlures et d’une belle présence d'esprit. Le skipper Néo-Zélandais raconte comment il a réagi : "J’ai pris la couverture anti-feu pour étouffer les flammes en ne prêtant pas attention aux chocs électriques et aux brûlures que je subissais, car je tenais désespérément à sauver mon bateau. Les flammes éteintes, j’ai entendu un bip du pilote automatique. Et là, mon monde s’est retourné..."

"Le bateau voulait chavirer"

« Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille » disait un ancien Chef de l’Etat Français. Les gens de mer connaissent parfaitement ce principe du petit pépin qui ne demande qu’à se transformer en désastre si on ne le jugule pas rapidement. Conrad confirme : "Les câbles brûlés à côté du régulateur avaient court-circuité le pilote automatique et le bateau est parti à l’abattée pendant que moi, à l’intérieur, j'avais les mains pleines de plastique fondu. Les ballasts et la quille basculante font que ces bateaux sont instables quand les choses se passent mal, car tout le poids se trouve du même côté et après cet empannage brutal, le bateau voulait chavirer ! En sortant, j’ai vu que le bateau gitait à 80 degrés, la tête du mât était à seulement deux mètres de l’eau. Je me suis mis sur le côté du cockpit pour enrouler le gennaker et essayer de m’occuper de la GV et des étais".

"J'avais peur de démâter"

Conrad parvient à rétablir l'assiette du bateau, mais il n'est pas encore au bout de ses peines : "Le bateau à l’endroit, j’avais encore des soucis à me faire. © Stéphanie Gaspari - Groupe BelLe vent forcissait. Le gennaker était mal enroulé et risquait de se déchirer. Je n’avais pas d’instrument ni de pilote automatique. J’ai dû affaler le gennaker afin de sécuriser le bateau, avant même de penser à réparer le système électronique. Malheureusement, parce que la voile était mal enroulée et que le vent se renforçait, elle commençait a s’agiter dans tous les sens au point que j’avais peur que cela provoque un démâtage. J’ai passé du temps à l’enrouler de nouveau pendant que je progressais au portant, la barre entre mes genoux afin d’essayer de contrôler les winches. J’ai finalement réussi à rouler la voile et donc à l’empêcher de passer à l’eau. Avec la voile affalée, il m'a fallu deux heures de travail dans des rafales de 40 noeuds de vent pour arranger tout ça."

De l'eau partout à l'intérieur

En mer, les dégâts collatéraux d'une telle avarie ne sont jamais neutres. Conrad a déjà conscience d’être passé tout près de la catastrophe et de l'abandon, mais il n'en a pas encore fini. "Une fois le bateau sécurisé, je suis descendu à l’intérieur et j’ai découvert qu'il y avait de l’eau partout. Le bateau avait passé tellement de temps couché sur la mer que des centaines de litres d’eau sont entrées par le puits de dérive. Mes sacs de nourriture et de vêtements étaient au mieux très humides et au pire en train de flotter." Pour finir heureusement, après de longues heures de bataille Conrad a obtenu la récompense de tous ces efforts qu’il faut imaginer, seul dans la tempête : "j'ai enlevé les cendres provoquées par le départ d’incendie (la photo qu’il a envoyée montre cette zone une fois nettoyée), j’ai pu rebrancher mes câbles et remettre le pilote automatique en marche. Les petites diodes clignotaient de nouveau, ce qui m’a rendu très heureux, car sinon j’aurais été obligé de rester à la barre pour rallier Le Cap et abandonner la course." On préfère largement la version Happy End.

Bruno Ménard / M&M

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