Un jour, un livre...

Le dernier mousse

Photo sent from the boat Great American IV, on December  31st, 2016 - Photo Rich WilsonPhoto envoyée depuis le bateau Great American IV le 31 Decembre 2016 - Photo Rich WilsonSunrise

« Sur le pont régnait la pluie, le vent et la mer. Les postes les plus dangereux étaient occupés par des matelots chevronnés, les mousses avaient les moins exposés. Certains, sur ordre, s’étaient attachés au mât ou en quelque endroit du poste dont ils avaient la responsabilité.

Les bordées étaient longues et fatigantes. Le bateau filait rapidement, donnant de la gîte à tribord quand il était orienté vers l’est, et à bâbord quand il était vers l’ouest. Les hommes de quart se protégeaient tant bien que mal des lames qui balayaient le pont.

Le tempête ne donnait pas de signes d’accalmie : au contraire, elle grossissait. Le commandant Calderón, debout sur la passerelle, hurlait ses ordres dans un porte-voix. Avec son ciré dégoulinant de pluie, on aurait dit un gros phoque luisant.

(…) La corvette gémissait, ses flancs craquaient, pressés par des forces énormes qui voulaient la faire éclater comme un œuf.

La peur se lisait sur les bouches entrouvertes des mousses à chaque coup de mer qui martelait la coque du navire.

L’assaut venait de tous côtés, même du pont d’où on entendait les vagues frapper les mâts et les roufs. Certains mousses apeurés tremblaient à chaque formidable soubresaut et ne savaient plus s’ils étaient sur l’eau ou sous l’eau.

(…) Soudain l’entrepont s’éleva à un point jamais atteint, puis redescendit vertigineusement et un choc sourd, effroyable, ébranla le navire. Puis il remonta et resta un instant immobilisé, oscillant, palpitant de toute sa membrure, comme au bord d’un abîme.

(…) Le navire montait à l’assaut de véritables montagnes d’eau. Le Pacifique Sud traversait une de ses nuits de furie, que seuls de grands marins peuvent affronter.

Les petites vagues étaient rapidement franchies sans grande difficulté, mais quand arrivaient les trois grandes lames, l’allure diminuait, le navire présentait le travers à mi-flanc et le dernier rouleau explosait sur le pont qui était balayé d’eau de la proue à la poupe. C’était le moment le plus dangereux, les mousses se cramponnaient au sol pour ne pas être emportés par les paquets de mer. »

 

Extrait par DBo. du livre de :

Francisco Coloane - Le dernier mousse - Éditions Phébus

 

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