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La guerre des trois

Le coup de chien était programmé depuis plusieurs jours et pour le négocier, il fallait aussi prendre des mesures à la hauteur de cette tempête australe. Or chacun des trois cavaliers des mers du Sud a préservé sa monture et son intégrité à sa manière, l’un en évitant l’obstacle, l’autre en patientant avant de le sauter, le troisième en ralentissant le trot pour ne pas se faire désarçonner. Et dans ce concours de saut d’oxers, le grand vainqueur est bien Jean Le Cam qui, par sa position plus en retrait et plus Sud, a pu continuer son parcours en prenant la tangente et en réduisant la voilure sans jamais s’arrêter ni modifier son cap. Une démarche que Yann Éliès ne pouvait pas réellement adopter car c’est finalement le Briochin qui a subi les plus grandes colères célestes.

Un joker pour chaque jockey

C’est la deuxième fois depuis le départ de ce huitième Vendée Globe que des solitaires choisissent de modifier sensiblement leur trajectoire pour éviter de se faire jeter hors des arçons par les lames perfides d’une dépression. La première fois, ce fut lorsqu’une perturbation tropicale s’est immiscée sur la route du cap Leeuwin, en plein milieu de l’océan Indien… Et Yann Éliès fut le plus pénalisé en ralentissant pour laisser passer l’orage quand Paul Meilhat et Jérémie Beyou cravachaient pour échapper autant que faire se peut aux « foudres caudines » : le skipper de Maître CoQ en eut tout de même le hook arraché et la grand-voile déchirée…

Cette fois, le solitaire de Quéguiner-Leucémie Espoir était accompagné de deux autres chevaliers : Jean-Pierre Dick a ainsi effectué 800 milles dans le Nord-Est pour passer par le détroit de Bass et même entre les îles Furneaux et la Tasmanie. C’est la première fois qu’un skipper d’un tour du monde sans escale emprunte ainsi ce passage réputé pour être mal pavé et plutôt agressif, mais l’option lui a permis d’éviter le plus fort du coup de vent. Le bilan est en revanche sévère puisque le Niçois a certes réussi à maintenir son écart sur le Briochin, mais il est désormais 450 milles plus au Nord et surtout il a laissé filer sa sixième place à Jean Le Cam (Finistère Mer Vent) qui réalise le plus beau coup : près de 400 milles gagnés en 48 heures !

Certes le skipper de StMichel-Virbac bénéficiera d’un bon angle pour redescendre vers l’île Stewart, au Sud de la Nouvelle-Zélande avec une brise modérée et une mer plus maniable que ses deux compères, et on peut considérer qu’il a perdu plus de 300 milles dans la bataille… Mais le détour lui a tout de même permis d’assurer l’intégrité de sa monture et de pouvoir glisser plus sereinement ces prochaines heures vers les antipodes. Ce nouveau match à trois s’annonce palpitant ces prochains jours alors qu’ils rentrent tous ce mercredi, dans un océan Pacifique plutôt tonique… Chacun a tiré son joker et les cartes sont redistribuées !

Le clan Campbell

En fait, la particularité de cette tempête, c’est qu’elle s’est creusée au fur et à mesure qu’elle s’approchait du Pacifique : l’objet était donc de ne pas se retrouver au plus fort sous la terre Van Diemen. Car ce noyau dur gonflait ses brises jusqu’à plus de 55 nœuds ce mercredi matin en descendant vers le Sud-Est pour passer sous la Nouvelle-Zélande. Les trois solitaires qui se sont ainsi éparpillés en embouquant la mer de Tasman, laissent au duo qui les précède le soin d’aborder le phénomène avec circonspection, Paul Meilhat (SMA) et Jérémie Beyou qui ont débordé l’île Auckland ce matin (heure française), puis l’île Campbell. Depuis l’épisode indien où Maître CoQ avait perdu le contact et concédé 250 milles, le solitaire a repris son galop austral pour ne plus avoir qu’une soixantaine de milles de débours.

Pour autant, le tandem va se faire prestement pousser par cette même dépression qui tarde à se combler en descendant lentement vers la banquise : un bon coup d’accélérateur qui devrait leur permettre de combler une grande partie de leur delta sur le duo de tête. Car à l’avant de la flotte, le steeple-chase a changé de registre pour passer à une course à l’amble : la marche est encore rapide mais elle ne va que décliner au fil des heures. Après les secousses des reliefs atmosphériques, c’est une grande steppe qui se présente aux montures, un col barométrique tenace qui va même apporter son lot de vents contraires à Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) qui longe le « mur des glaces » par 52°S !

Le projecteur céleste

Certes le soleil va refaire son apparition, la pleine lune illuminer la scène, mais l’hippodrome anticyclonique ne va pas être facile à attraper ! Car au fil des heures, cette cellule de faible gradient se déplace aussi vers l’Est… Avec son décalage latéral de près de 200 milles plus au Nord, Alex Thomson (Hugo Boss) espère se faire tirer par une petite perturbation peu active mais il lui faudra passer d’un flux de Sud-Est faible à un régime de Nord peu marqué en traversant une langue de calmes.

À ce stade, il est très difficile de déterminer qui des deux leaders va réussir le premier à se raccorder à ce gros anticyclone qui s’est installé avant le cap Horn. Il y a peut-être là un tournant dans la course car le salut semble venir d’une autre petite dépression qui va naître ce week-end en bordure de ces hautes pressions. Mais dans l’ensemble, les jours à venir pour le duo de tête seront beaucoup plus paisibles que les coups de vent à répétition depuis l’Atlantique Sud ! Le chemin vers le détroit de Drake ne semble pas du tout évident à anticiper : les ordinateurs doivent chauffer pour tenter d’extirper des oracles plus précis…

Quant au peloton qui s’étale dans tout l’océan Indien, il navigue au gré des dépressions qui prennent le relais tous les deux jours : Louis Burton (Bureau Vallée) continue son cavalier seul en approche d’un cap Leeuwin qu’il devrait franchir avant la fin de la journée (heure française) quand le reste de la flotte se cale entre le 45°S et le 47°S avec plus ou moins de vent. Ce sont plutôt les derniers qui se font bien balloter avec un front musclé en marche vers les Kerguelen : c’est ce qui a incité Éric Bellion (Commeunseulhomme) et encore plus Pieter Heerema (No Way Back) à remonter jusqu’au 40°S pour le premier, jusqu’au 37°S pour le second. Encore 4 000 milles pour quitter cet Indien mal disposé…

 

Dominic Bourgeois

 

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