19 Janvier 2017 - 21h00 • 12141 vues

Partager

Article

Tous les jours, l’extrait d’un roman, d’un documentaire, d’un récit d’explorateur, d’un poème maritime, d’une observation d’un découvreur, d’un journal de bord… En liaison avec les conditions météorologiques ou en rapport avec un aperçu géographique des solitaires du Vendée Globe.

« … La tempête a béni mes éveils maritimes.

Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots

Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,

Dix nuits sans regretter l’œil niais des falots !

 

Plus douces qu’aux enfants la chair des pommes sures,

L’eau verte pénétra ma coque de sapin

Et des taches de vins bleus et des vomissures

Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

 

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème

De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,

Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême

Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

 

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires

Et rythmes lents sous les rutilements du jour,

Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,

Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

 

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes

Et les ressacs et les courants : je sais le soir,

L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,

Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

 

J’ai vu le soleil bas, tâché d’horreurs mystiques,

Illuminant de longs figements violets,

Pareils à des acteurs de drames très-antiques

Les flots roulant au loin leurs frissons de volets ! »

 

Extrait par DBo. du livre de :

Arthur Rimbaud - Poésies complètes - Éditions Le livre de poche