Un jour, un livre...

Us & coutumes à bord des long-courriers

Photo sent from the boat La Mie Caline, on January 8th, 2017 - Photo Arnaud BoissieresPhoto envoyée depuis le bateau La Mie Caline le 8 Janvier 2017 - Photo Arnaud Boissieres

« Parmi les nombreuses recettes employées par les marins pour appeler la brise en temps de calme, figure en bonne place celle qui consiste à siffler face à la direction du vent désiré, mais à siffler très doucement, très discrètement, en imitant autant que possible la douce chanson des risées dans le gréement raidi.

Le vent venu, quel qu’il fût, il fallait se garder de chercher, en continuant le sifflement magique, à le faire fraîchir ou à lui modifier son cap, car on risquait alors de le mettre en grand courroux :

Siffle gabier, siffle doucement

Pour appeler le vent,

Mais sitôt la brise venue

Gabier ne siffle plus !

Indiscutablement, il était donc dangereux de siffler à bord sauf par calme plat et, en conséquence, absolument nécessaire d’imposer silence aux ignorants ou aux imprudents jouant les rossignols quand la brise, favorable ou non, remplissait la toile.

Ce qui est amusant, c’est que les officiers qui, depuis longtemps je suppose, n’accordaient plus aucun crédit aux pratiques procurant la brise, ne manquaient pas, tout comme les hommes, d’user, machinalement sans doute, du sifflement suppliant quand le bateau était ababouiné (encalminé).

(…) Ce procédé musical a été utilisé depuis la plus haute antiquité par tous les navigateurs et pêcheurs, de la Baltique glacée au tiède Pacifique, des îles bretonnes aux archipels océaniens ou asiatiques.

D’où vient cette mystérieuse croyance ?

Les Turcs, les Chinois, les Polynésiens, prétendent que le sifflement réveille les génies assoupis et, spécialement pour les marins, ceux qui disposent des vents bienfaiteurs ou malfaisants.

Chez nous, c’est un saint jadis particulièrement vénéré des hommes de mer : « le grand saint Clément, maître des flots et des vents », qui révéla à un capitaine ponantais le merveilleux et infaillible moyen.

Cette révélation eut lieu à l’apparition des vents sur l’Océan, apparition que nous devons également à ce bon saint. »

 

Extrait par DBo. du livre de :

Armand Hayet - Us & coutumes à bord des longs courriers - Éditions Denoël

 

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