08 Février 2017 - 15h46 • 23637 vues

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À 63 ans, Nandor Fa vient de terminer un second Vendée Globe, 24 ans après sa première participation. Le marin hongrois confie être fatigué, autant que son bateau. Cependant, il se pourrait bien que le "Spirit of Hungary" flotte encore un moment dans le monde de la course au large puisque Nandor affirme qu'il a déjà les plans d'un nouveau bateau en tête. Retour sur sa conférence de presse.

Nandor Fa, Spirit of Hungary
"Cette aventure a commencé lors d’un dîner en famille. Je leur ai dit que je voulais repartir pour 4 ans en IMOCA. Mes filles ont dit qu’elles comprenaient et qu’elles ne savaient même pas pourquoi j’avais arrêté. Ma femme m’a juste demandé un jour de réflexion et après elle était d’accord elle aussi."

Devenir une machine
"Il faut savoir se transformer en machine et arrêter de penser en humain. Autrement ce n’est pas possible de réussir cette course. C’est parfois tellement frustrant et les conditions sont tellement dures qu’on dirait que c’est sans fin. Des fois je pensais aux leaders qui faisaient des pointes à 30 nœuds. J’étais sur le même rythme mais avec un bateau plus lent."

"À certains instants, je ne savais pas si j’allais pouvoir continuer et passer les moments d’après. Mais j’avais confiance en mon bateau. Parfois j’étais vraiment frustré, je criais après Dieu « Fais ce que tu veux, mais je dois retourner auprès de ma famille! Je dois finir! ». Après je me calmais et je réussissais à me re-concentrer."  

Affronter les éléments
"Le bateau a vraiment subi les assauts des océans. Je suis ravi de voir qu’il n’y a aucun problème dessus même s’il est fatigué. Dans l’Indien j’ai tapé quelque chose avec la quille, peut être une baleine. Donc j’ai passé plus de la moitié de la course avec une quille sans protection, avec l’inox directement au contact de l’eau. J’ai perdu mon A7 dans des conditions dantesques et aussi le reacher, qui s’est fatigué. Sans ces voiles le bateau n’était plus à 100%." 

"Huit voiles ce n’est pas assez. Il faut que la classe IMOCA et les organisateurs nous permettent de prendre plus de voiles. Même le plus formidable des bateaux ne sera rien sans voile. Je n’arrive pas à comprendre comment les leaders ont pu naviguer aussi vite sans jamais avoir de problème, sans perdre de voile."

"Après le cap Horn, c’était très dur, j’étais face aux vagues, avec 60 ou 70 nœuds de vent. Le bateau tapait dans les vagues, tout aurait pu casser. Je n’étais pas certain de terminer dans ces conditions. Mais tout s’est bien passé."

"Je croisais les doigts pour que le bateau tienne. Que le mât, les voiles et les bouts tiennent. Je suis très fier du bateau. Je n’avais plus qu’à me concentrer sur ce que je devais faire et sur la tactique à adopter."

Déjà des projets en tête
"J’ai passé beaucoup de temps à imaginer un nouveau bateau, à mémoriser ce que je pouvais améliorer pour une prochaine création. J’ai un bateau complet en tête. Je suis prêt à le construire, mais pas pour moi, pour quelqu’un d’autre. J’aimerais vraiment essayer de naviguer sur une telle machine mais ce n’est plus pour moi. Mon futur est auprès de ma famille, de mon petit fils pour le voir grandir. Je ne tiens pas à être dans les registres du Vendée Globe comme le plus vieux marin de l’épreuve.  Je n’ai plus ma place dans ce circuit si professionnel."