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Ultimes instants en solitaire pour Alan Roura

Photo sent from the boat La Fabrique, on February 16th, 2017 - Photo Alan RouraPhoto envoyée depuis le bateau La Fabrique le 16 Février 2017 - Photo Alan Roura

Message de bord d'Alan Roura, La Fabrique

Une arrivée « lacustre » !  Le vent n'est décidément pas avec moi depuis le départ de ce tour du monde, une bataille, jour et nuit, depuis plus de 100 jours maintenant. Ce Golfe de Gascogne en mode grand calme est la fin la pus dure que l'on aurait pu imaginer, mais c'est sûrement qu'elle était prévue comme ça pour moi et mon petit bateau. Une part de bonne étoile pour cette dernière ligne droite de 130 milles, qui me fera arriver de bon matin pour le café !

Cette mer lisse, ce ciel bleu, les seules vagues sont celles du bateau qui glisse sur la surface de la flotte. Un grand moment, même si il est dur pour les nerfs. J'attends de voir se dessiner à l'horizon cette terre tant attendue, mais qui signifie aussi la fin de ce merveilleux tour du monde et de ce Vendée Globe 2016/17.

Une 12ème place ? Qui aurait pu imaginer ça ? Je revois ce départ, la sortie du chenal habillé en Corto Maltese, pour, quelques minutes plus tard, me retrouver sur la ligne de la plus incroyable des aventures qu'un homme peut vivre dans sa vie. Aucune idée de ce qui m'attendait réellement, une idée oui, mais tant qu'on ne l’a pas vécu on ne peut pas savoir…

Les premiers jours n'ont pas été simples, tu as l'image de tes proches qui s'éloigne à l'horizon et l'incertitude de savoir si tu les retrouveras un jour. Même si cette peur est bien là, je crois que ma plus grande peur a été de ne pas réussir à finir cette course. Décevoir mes proches, ceux qui ont cru en moi, en mon projet, même s’il était des plus osés. Monter ça en moins d'un an, avec une « épave », une bande de potes payés au plat de pâtes le soir et un toit pour dormir. Mais la confiance était la clef de ce projet. Un budget pas bouclé une semaine avant le départ ? Partir avec des soucis non résolus ? Pas grave. Je crois que d'avoir réussi à être là où nous étions, au port des Sables, après une telle bataille, rien ne pouvait me (et nous) arrêter !

S'aligner à la plus dure des courses au monde, avec les plus grands marins solitaires était déjà un honneur. Mais prendre le départ c'est une chose, finir en est une autre. Alors le couteau entre les dents, moi et mon compagnon, on ne partait pas pour finir derniers. Mais quand tu pars avec une Renault 4L faire le Paris-Dakar, il ne faut pas t'attendre à jouer avec les plus grands. Mais ma 4L à moi, elle en a déjà vu des océans, et c'est avec la confiance que j'ai retrouvé en moi et celle que je n'ai jamais perdu en mon bateau, que je suis aujourd’hui l'homme le plus heureux du monde.

12ème ? C’est drôle, car au fond j'ai vraiment trouvé un coureur en moi. Je suis plus que fier de cette place et je pense qu'avec un bateau de 17 ans, on ne pourra pas faire beaucoup mieux. Premier des anciennes générations, ça semble bête mais pour moi c'est une grande victoire. Naviguer avec Éric, Cali, Fabrice et Rich, a aussi été un grand honneur. Je pense que notre groupe a bien fait vivre ce Vendée Globe, à ne jamais vraiment savoir ce qu'il allait se passer ! Je n'ai absolument aucun regret sur ma course, j'ai couru comme j'ai toujours navigué, sans vouloir changer ma manière de faire, car ce n'était ni le moment ni la course pour tenter d'être un autre marin.

Passer la ligne, ou du moins en être aussi proche, je crois que je ne réalise pas encore ce qu'il se passe… Que demain je serai à terre, à regarder La Fabrique dans le port à me dire : « On l'a fait mon pote ! On l’a fait !!!! » 

J'ai rêvé toute ma vie de ce moment-là, de faire péter les fumigènes à l'étrave dans le chenal, après avoir bouclé ce tour. J'en ai bavé c'est sûr, autant moralement que physiquement, mais à côté du bonheur que cette course m'a donné, ce n'est rien. Le Vendée Globe, l'Everest des mers, ça reste du vent (quand il y en a) et de l'eau. Alors je vais essayer de revenir pour 2020, jouer avec un bateau plus puissant cette fois !

Ce message sera le dernier venant du bord… J’avoue ne pas trouver les mots aujourd'hui, je suis très loin perché dans les nuages, à essayer de comprendre ce qu'il m'arrive. Mais comme dans les rêves, on n’a pas envie de se réveiller, alors je vais attendre la ligne demain matin pour réaliser que ce rêve était bien réel.

Annonce : Jeune Suisse recherche bateau de génération 2007/2008 ou plus récent et budget, pour revenir botter les fesses de Cali et Fabrice !

À demain…

Alan

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