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Sébastien Simon entre dans la danse !

Sébastien Simon
© Jean-Marie Liot

Dans les discrets bureaux de Paprec Group, au cœur d’un bel arrondissement parisien, la dominante du coeur est vite donnée. A l’entrée, la maquette de Paprec-Virbac, l’ancien IMOCA de Jean-Pierre Dick. Au fond du hall trône aussi la version miniature du MOD70 aux couleurs de l’entreprise. Une porte plus loin, bienvenue dans la salle "JP Dick" ! Depuis plus de quinze ans, Paprec réaffirme son attachement à la voile. Investi auprès des jeunes, le groupe fait courir également un TP52 et un J/80. Depuis mardi matin, il arme également officiellement un nouveau projet Vendée Globe, en partenariat égal avec Crédit Mutuel Arkea, parrain du Tour de Bretagne depuis 15 ans et de la Filière d’excellence de course au large Bretagne – Crédit Mutuel de Bretagne.

Le pilote sera donc Sébastien Simon qui, discrètement, a su fédérer les bonnes intentions et réunir des esprits vifs de la course au large. Sous la houlette de Vincent Riou, vainqueur du Vendée Globe 2004-2005, candidat malheureux en 2016 et promu directeur technique, le projet prévoit la construction d’un bateau neuf, le deuxième annoncé depuis que la 7e édition s’est achevée. L’architecte en sera l’Argentin Juan Kouyoumdjian, qui s’est notamment fait une superbe réputation dans la Coupe de l’America, mais qui a aussi œuvré pour la classe IMOCA. Son dernier opus était le Cheminées-Poujoulat de Bernard Stamm, construit pour le Vendée Globe 2012. Le chantier de construction sera CDK Technologies et le bureau de calculs GSea-Design. Sa préparation sportive se fera logiquement au sein du Pôle Finistère Course au large.

A 27 ans, le Sablais d’origine, Breton d’adoption, vient d’effectuer un grand pas en avant dans une carrière de marin professionnel fort prometteuse puisqu’il a terminé sur la troisième marche du Championnat de France de course au large élite l’an dernier, et quatrième de la Solitaire URGO Le Figaro. C’est donc entouré de sacrées pointures de la course au large que Sébastien Simon a révélé la structure de son projet et de ses ambitions. Qui, forcément, parlent de compétition, suggèrent la quête de la victoire et invitent à l’envie d’en savoir plus.

INTERVIEW

Sébastien Simon, quel bon en avant dans votre carrière !

© Jean-Marie Liot« Je crois que j’ai une bonne étoile au-dessus de ma tête, oui ! C’est une vraie chance que de pouvoir entrer dans la classe IMOCA avec un projet comme celui-ci, avec de vraies ambitions sportives. Il y a quelques années, je n’aurais jamais cru que cela puisse arriver ainsi. Puis il y a eu la Filière Excellence course au large Bretagne-Crédit Mutuel de Bretagne, la rencontre avec Jean-Pierre Denis, le président du Conseil d’administration de Crédit Mutuel Arkéa, puis Sébastien Petithuguenin, le directeur général adjoint de Paprec Group, passionné de voile, enfin Vincent Riou et Juan Kouyoumdjian… Je dois apprendre beaucoup de choses : je vais passer d’un bateau monotype indestructible à un IMOCA qui est une vraie machine. C’est passionnant. »

Vincent Riou a beaucoup aimé que vous veniez à sa rencontre à Port-la-Forêt et, même s’il est jeune - 46 ans -, il rêve de transmission. Qu’est-ce qui vous pousse à l’embarquer dans votre projet ?
« Je me suis toujours dit qu’un projet pareil, qui est à la fois une aventure, une histoire humaine et un projet sportif et technologique, ça serait formidable de le mener avec quelqu’un d’expérience. Je ne pouvais rêver mieux que Vincent Riou comme guide. Et je crois que l’idée lui a vite plu : il avait à peine terminé la Transat Jacques Vabre qu’il prenait l’avion pour une réunion ici… De nos premiers échanges, on a compris qu’on partage le même intérêt pour la technologie. Et, quand on a navigué sur mon Figaro lors du Tour de Bretagne, on a réalisé qu’on a le même besoin de tout maîtriser, de tout savoir. »

Vous seriez un marin un brin obsessionnel ?
« Je suis très, voire hyper rigoureux. Sur un bateau, je pose beaucoup de marques, sur les bouts, les écoutes. Je connais tous les réglages, je les ai tous testés. Je sais qu’à 17 nœuds de vent, je dois avoir telle configuration et que je dois avoir mes écoutes à tel ou tel bout de scotch. Je prends des photos tout le temps, j’ai des capteurs sur mes voiles, sur mon mât, pour avoir un retour sur les réglages. C’est très cartésien, je ne laisse pas de place au hasard. »

Cela demande un travail énorme !
« J’ai besoin de ce travail, c’est comme ça que je me rassure. J’ai besoin d’acquis, de certitudes. J’ai couru une Transat AG2R La Mondiale avec Xavier Macaire et une deuxième s’annonce avec Morgan Lagravière. Ce sont deux marins hyper sensitifs, et c’est très intéressant de se frotter à leur méthode. Mais cela m’a conforté dans l’idée que je me retrouve plus dans un univers cartésien. C’est sans doute pour cela que je m’entends bien avec Vincent Riou, aussi… »

« Avec Vincent, on a le même besoin de tout maîtriser »

Vous êtes ingénieur, comme bon nombre de marins d’aujourd’hui, dont François Gabart et Armel Le Cléac’h, les deux derniers vainqueurs du Vendée Globe. Il faut en passer par là pour devenir marin professionnel aujourd’hui ?
« C’est vrai, nous nous tournons de plus en plus souvent vers ces formations. C’est dans la logique des choses : ce sont des bateaux à forte technologie, de vraies machines. Il y a du développement, de la conception… Être ingénieur n’est pas une garantie, mais cela m’aide, je crois, dans l’organisation, la gestion de mes projets, et cela m’apporte de la méthode dans mon travail. »

Et une certaine appétence pour la technique : il paraît que vous avez stimulé Juan Kouyoumdjian dès la première réunion, avec une question inattendue !
« Oh, Juan n’a pas besoin de beaucoup pour être stimulé, vous savez ! Il est tatillon sur tout, il ne laisse aucun détail au hasard. C’est un homme hyper brillant, j’aimerais être aussi intelligent qu’il l’est ! »

Les architectes affirment qu’en général, les nouveaux bateaux du Vendée Globe sont 5% plus performants que ceux de la précédente génération. Pensez-vous que cela sera une nouvelle fois le cas ?
« Je pense que ce calcul est exact. Ça l’est d’autant plus que les prochains bateaux seront conçus pour accueillir des foils, et pas l’inverse. Un bateau classique, plus il va vite, plus il y a du vent, plus il perd de la puissance puisqu’il gîte. Il faut réduire la toile pour qu’il tienne. Avec les foils, c’est l’inverse qui se produit, puisqu’il n’y a plus ce problème de gîte et, donc, il exploite la puissance de façon plus optimisée. Construire un bateau est un projet passionnant. C’est pour cela que faire le Vendée Globe seulement pour l’aventure, ça ne m’intéresserait pas. Je n’aimerais pas me passer de ce trésor intellectuel. »

Sablais de naissance, vous devez bien avoir quelques beaux souvenirs du Vendée Globe en tête…
« Le premier départ dont je me souviens, c’est celui de 2004, mais j’ai bien dû assister aux précédents - Sébastien est né le 6 mai 1990, il était donc dans le ventre de sa maman lorsque Titouan Lamazou a remporté la première édition, ndlr. L’émotion est palpable sur les pontons, dans le chenal. C’est fou quand on est spectateur de se dire que le marin qui passe, là, sera bientôt seul sur les océans pendant des mois. Je me rappelle très bien l’arrivée du Vendée Globe 2012-2013. J’étais en école d’ingénieur, à Bordeaux, mais j’étais là car François Gabart et Armel Le Cléac’h sont arrivés un dimanche soir. François, c’était incroyable, j’étais presque touché. Mais quelques secondes après qu’il a mis le pied à terre, il n’y avait plus personne, comme si les Sables s’étaient vidés. J’avais trois heures et demie de route à faire pour rentrer à Bordeaux mais je me suis dit ‘Quand même, cela ne se fait pas de laisser Armel arriver sans personne pour l’accueillir’, alors je suis resté. Et, à peine le bateau s’annonçait, la même foule immense a repris sa place dans le chenal et sur le village. C’était fou. J’ai envie de vivre ça… »

Vous vous êtes lancé dans un défi très sportif, est-ce que l’aventure existe aussi ?
« C’est vrai que je suis très focalisé sur l’aspect compétition, mais l’esprit de l’aventure est très présent. J’espère ne pas être trop affecté par elle, le moment venu, même s’il est impossible de passer à côté. Et je passerais à côté de quelque chose, si je l’occultais. Il ne faut pas être un robot, d’autant que les gens aiment ça. C’est pour cela qu’on s’identifie aux marins, qu’on se projette dans leurs aventures. C’est comme ça que j’ai pris le virus, d’ailleurs ».
 

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