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Michel Desjoyeaux au four, un peu moins au moulin

Michel Desjoyeaux, Mer Agitée et SMA
© OLIVIER BLANCHET / DPPI / Vendée Globe

Partant du principe qu’un marin n’est pas bien souvent à la même place, il ne faut pas s’étonner de voir Michel Desjoyeaux un jour à Port-La-Forêt, le lendemain à Paris, et quelques heures plus tard à bord de son Z 2015, le catamaran qu’il a façonné à sa manière afin d’accueillir invités, partenaires et sponsors sur le départ des courses, et naviguant autant au vent qu’au moteur. « Cela m’éclate de continuer à développer mon catamaran. On était sur le départ de la Transat AG2R La Mondiale, on sera sur le Tour de France à la Voile, on accompagne des projets. Je crois que mes invités aiment bien que je leur raconte ce qu’il se passe dans une course. Il semblerait que je connaisse deux-trois choses ».

SMA bon pour le service       

Son agenda annonce aussi et surtout de longues heures dans les bureaux et chantiers, la structure de course qu’il a développée en 1999 avec Régine Bornens et qui, aujourd’hui, est une des références de la course au large. Equiper, optimiser ou réparer les plus beaux monocoques de course de la planète, c’est un gros job. Ces dernières semaines, Michel et Mer Agitée ont pris soin de SMA et de La Mie Câline – Artipôle.     


Pour SMA, il a fallu faire la révision des 10 000 milles après la deuxième place de Paul Meilhat et Gwénolé Gahinet sur la Transat Jacques-Vabre, et envisager deux-trois choses, mais… « Comme il était question que le bateau courre l’hiver prochain la Barcelona World Race, on avait commencé à étudier quelques petits dossiers, et puis la course a été annulée ». Le bateau, qui aurait dû alors changer de couleurs et de sponsors, pourra bien attendre un peu sa nouvelle livrée, une fois le Rhum avalé. SMA a repris l’entraînement en prévision de la Route du Rhum, avec l’étiquette exclusive « bateau sans foil qui peut gagner ». Ce sera, pour Paul Meilhat, la dernière occasion de signer un grand coup avec ce bateau, son partenaire ayant choisi de s’arrêter à la fin de la transat, tout en l’accompagnant avec ardeur dans sa recherche d’un nouveau sponsor. « Paul mérite un bateau neuf. »

 

La Mie Câline baptisée

La Mie Câline – Artipôle, c’est l’ancien Ecover de Mike Golding, qui porte d’autant mieux le poids de trois campagnes Vendée Globe qu’il a été, durant l’hiver, allégé de 500 kilos et doté de foils. Michel Desjoyeaux précise : « C’est Mer Agitée qui avait racheté le bateau après son démâtage (le 1er janvier 2017 au large de la Nouvelle-Zélande pendant le Vendée Globe, ndlr). Nous l’avons rapporté en France sur le même cargo que SMA. Depuis, on l’a un peu modifié ».

Comprenez là qu’un pool d’intelligences s’est mis en commun pour repenser un peu tout. Sont intervenus le bureau d’études Gurit, qui avait calculé le bateau à sa naissance et Mer Forte, le bureau d’études de Michel, pour permettre à Mer Agitée d’apporter à l’Imoca les modifications les plus précises et les plus efficaces. Le chantier a procédé à la modification du gréement et la mise en place d’un mât aile à outriggers, à l’intégration de foils à la place des dérives, au remplacement du système de direction par des safrans relevables et interchangeables, et un travail global sur la structure, afin qu’elle soit capable de digérer les efforts générés par les foils. Arnaud Boissières, son skipper, a ensuite changé les ballasts et réinstallé l’électronique, l’électricité, l’hydraulique et l’accastillage, avec son équipe sablaise. La Mie Câline Artipôle a été baptisé samedi 21 avril sur le ponton Vendée Globe, aux Sables d’Olonne, par sa marraine Tessa Worley et son parrain vendéen Thomas Voeckler.          

Mer Agitée, Mer Forte, plateformes complémentaires      

Il y aurait donc, dans l’atelier de Port-la-Forêt, un peu de place pour un nouveau projet ? « On aurait pu croire que l'attrait des foils allait générer un afflux de nouveaux bateaux, d’autant que la génération des Imoca créés en 2000 commence à être touchée par la limite d’âge. Mais il faut croire que la folie de l’édition 2008, qui avait engendré 18 bateaux neufs, est derrière nous. Les chantiers sont bien occupés, c’est déjà une bonne nouvelle ».     

La Galaxie Michel Desjoyeaux, c’est aussi un bureau d’études, Mer Forte, où les méninges se creusent assez fort pour faire avancer la technologie nautique. « Nous sommes en train de dessiner des bateaux pour le lac Léman (où sont nés de multiples concepts révolutionnaires, ndlr), on regarde avec beaucoup d’attention ce qu’il se passe actuellement sur la Coupe de l’America ». Entendons par là que Mer Forte positionne ses compétences, affûte ses crayons et a sans doute déjà mis quelques avant-projets au chaud...

Eh dis, Michel…         


… Est-ce que tu navigues encore ? « Ouh la, depuis que l’avant est devenu rond, je ne sais plus dans quel sens ça marche, un bateau ». Du Mich’Desj’ dans le texte. « Je continue à avoir envie de faire du bateau, oui, mais ce n’est pas la priorité. Je suis venu à la compétition par la mécanique, je reviens à mes premières amours sans que ça me coûte, puisque j’ai toujours joué sur les deux tableaux. Je ne me sens pas l’énergie de repartir courir un troisième Vendée Globe, et je ne suis pas sûr que j’y prendrais tant de plaisir. Je préfère accompagner des jeunes dans cette épopée plutôt qu’y retourner ». Et une petite solitaire du Figaro, sur un nouveau bateau, le Figaro Bénéteau 3, qui est équipé de foils, peut-être ? « Ah ça, oui, ça fait partie des choses où il y a moyen de jouer. L’an prochain, toute la classe Figaro va découvrir ce nouveau bateau. Et, dans ce contexte, il n’est pas impossible que l’expérience soit un sacré atout dans la course aux belles places… »

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