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Aux Sables, et cætera!

Arnaud Boissières 2018
© Vincent Olivaud

« Je prépare mon projet comme si c’était le premier ». Et pourtant, douze années auront passé entre le premier Vendée Globe d’Arnaud Boissières et son quatrième d’affilée, ce qui constituera un record. Mais le bonhomme a muri, il s’est mâtiné de quelques certitudes dont ce plan, un peu fou, un peu toqué, exécuté par Mer Agitée, l’écurie de course au large de Port-La-Forêt fondée par Michel Desjoyeaux. « Dans un projet comme celui-là, ce qui m’excitait pardessus tout, c’est son aspect technique : prendre un bateau assez ancien (l’ancien Gamesa de Mike Golding, un plan Owen-Clarke de 2007) que nous, avons remis à neuf, ma petite équipe et Mer Agitée, de concert. »

Le nouveau bateau d’Arnaud Boissières n’a plus grand-chose à voir avec celui qui s’arrêtait sur démâtage en Nouvelle-Zélande, aux mains de l’Irlandais Enda O’Coineen. Doté de foils et allégé de quelques centaines de kilos, il a été revu de fond en comble. « Ce fut un chantier intense, éprouvant, énorme sur ce bateau », résume Arnaud Boissières qui, depuis, a enchaîné les navigations avec des partenaires, plus de 4000 milles depuis le mois de mai, avant de se présenter pour sa première confrontation au départ de la Drheam Cup, le 23 juillet. Michel Desjoyeaux, dont l’amitié s’est forgée au fil de deux décennies, est venu de lui-même sur La Mie Câline-Artipôle, et reviendra jusqu’au prochain Vendée Globe.

« Cette camaraderie me touche »

Voilà donc douze années maintenant qu’Arnaud Boissières, skipper d’Arcachon, vit aux Sables d’Olonne, douze années où il a appris à aimer les Vendéens, qui le lui rendent bien.  « L’accueil qui m’a été réservé ici est fantastique… Mon premier partenaire (Akéna Vérandas) m’a expliqué qu’il n’y avait pas de projet Vendée Globe sur place, que de m’y installer me vaudrait une notoriété locale très forte. Ils avaient raison. Les gens d’ici m’ont assuré que je serai l’Arcachonnais qui serait adopté aux Sables. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Cette camaraderie me touche énormément. »

Manu Cousin et les Sables d’Olonne, c’est une longue histoire d’amour contrarié. Depuis l’âge de 12 ans, ce Normand, qui disputera son premier Vendée Globe en 2020, est un mordu de la ville vendéenne. « Dès que j’ai pu y habiter, que ma grande fille est devenue autonome, avec ma femme, nous sommes venus ici. C’était le moment ou jamais, on en avait tellement envie… » Fini les aller-retour Normandie-Vendée tous les week-end pour retrouver leur Class40 et ce, depuis quatre ans. Manu Cousin, 51 ans, s’est définitivement installé aux Sables à l’automne 2017, sa carrière de cadre commercial chez Toyota mise entre parenthèse. « On ne lâchait rien. Et cela, Arnaud l’a vu, ça l’a conquis. »

« Rêve éveillé »

© Van Malleghem/Bermudes 1000 RacesLa rencontre avec Arnaud Boissières s’est tenue en 2014 quand il a appelé Manu Cousin pour lui proposer son Class40 en vue de la Route du Rhum. Entre les deux hommes, arpentant les mêmes pontons, le contact s’est noué sans jamais se délier.  Quand Arnaud part sur son Vendée Globe en 2016, Manu Cousin est à ses côtés ainsi que, sur son invitation, Eric Sétin du groupe éponyme, un client depuis 20 ans qui le sponsorise en Class40.

« Ce départ du Vendée Globe était réfléchi de ma part. C’est tellement quelque chose de fort, c’est quelque chose qui vous prend aux tripes avec quelque 300 000 spectateurs… », raconte-t-il. « Eric Sétin en fut touché, c’est quelqu’un de très humain. Et quelques semaines après le retour d’Arnaud, il m’a dit : « Banco ! Cela fait quatre ans que l’on te suit dans la catégorie inférieure et cela se passe bien. Alors, on continue en Imoca ! » C’est ainsi que sur la Transat Jacques Vabre 2017, Arnaud Boissières et Manu Cousin font course commune (11e) pour un heureux passage de bateaux.

« J’ai l’impression de vivre un rêve éveillé », glisse Manu Cousin dont l’éternel sourire ne saurait cacher sa grande détermination. « Mais si j’en suis là aujourd’hui, c’est grâce à énormément d’abnégation et de travail. Et le petit pouième de chance que j’ai eu, c’est d’avoir travaillé pendant plus de 20 ans ailleurs. J’ai toujours rêvé de la mer et de beaux bateaux. Les navigateurs que j’entendais à la radio ou à la télé, qui me faisaient rêver, aujourd’hui je les croise, certains sont des copains. Mais il ne faut pas croire que cela arrive en tout seul ; il faut bouger, il faut rendre possible ces rêves. »

Une grande fierté

Ces deux habitants des Sables d’Olonne se compteraient bien à plus. « Je suis persuadé que des skippers en recherche de partenaires, aux Sables, ils en trouveraient », explique le skipper de La Mie Câline-Artipôle qui n’est pas avare d’anecdotes sur des associés trouvés « alors qu’ils se baladent sur le ponton et qui laissent leur carte de visite… Non, vraiment, l’accueil autour des 60 pieds est quelque chose de grand à Port Olona, qui accueille beaucoup d’activités et de courses autour de la voile ».

Récemment, les Sables d’Olonne ont accueilli le mondial des J80 ou encore le départ de Golden Globe Race, l’ancêtre du Vendée Globe, pour ne citer que les plus récents événements. Mais le Vendée Globe reste cet événement à part, l’objectif d’une vie. « Tous les commerçants de la ville possèdent un grand autocollant offert durant la course. Cet autocollant, ils le conservent encore aujourd’hui.  Sur un Tour de France, ils ne le gardent qu’un mois après le passage de la caravane. Là, non, ils le gardent encore… », souligne encore Arnaud Boissières. « C’est une fierté pour eux d’accueillir le Vendée Globe.»

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