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Quand la compétition bascule en aventure

Arrivée de Conrad Colman en 16eme position du Vendée Globe
© Paul Bessereau/M&M

 

Le four de Parlier

Le 16 mars 2001, les quais des Sables d’Olonne sont noirs de monde pour accueillir un des concurrents du Vendée Globe. Pourtant Michel Desjoyeaux, le vainqueur de cette édition, est arrivé depuis longtemps, plus d’un mois auparavant. C’est que le solitaire qui se présente sur la ligne d’arrivée boucle un périple peu banal. Yves Parlier était en effet à la lutte pour la victoire dans l’océan Indien quand son Aquitaine Innovations a démâté. Le navigateur arcachonnais décide alors de rallier l’île Stewart, dans le sud de la Nouvelle Zélande pour partir à l’assaut d’un projet insensé : trouver un mouillage abrité, reconstruire un mât et reprendre la course sans assistance extérieure. La réparation va durer deux semaines : deux semaines, durant lesquelles le navigateur bricole un four pour pouvoir reconstruire un moignon de mât carbone, imagine une chèvre pour mâter son nouvel espar avant de reprendre la mer. Mais les vivres se sont raréfiés. Pour tenir jusqu’à l’arrivée, le solitaire va devoir vivre des produits de sa pêche, cuisiner des algues… Amaigri, mais heureux, Yves Parlier sera finalement classé treizième du Vendée Globe. Mais il aura gagné dans l’affaire une notoriété quasiment égale à celle du vainqueur.

 

Démâtages

Poupon de l’équateur à la Vendée

Si l’aventure de Parlier demeure exceptionnelle, il n’est pas le seul à avoir décidé, contre vents et marées, de se battre contre l’adversité et de franchir la ligne d’arrivée. Déjà en 1992, Philippe Poupon, alors qu’il est en passe de finir juste derrière Alain Gautier, démâte alors qu’il vient de franchir l’équateur sur la route du retour. Contraint de terminer sous gréement de fortune, il voit la deuxième place lui échapper au profit de l’inoxydable Jean-Luc Van Den Heede. Mais il monte toutefois sur le podium.

D’autres n’auront pas cette chance : en 2000, Catherine Chabaud s’apprête à boucler son deuxième Vendée Globe quand elle démâte au large du Portugal. La navigatrice essaye alors de construire un gréement de fortune quand son équipe technique la joint par téléphone : « Catherine, ce sont dix jours de vents dans le nez qui t’attendent, c’est peine perdue… » Déçue, elle décidera donc de faire route sur le Portugal signifiant par là-même sa mise hors course.

Colman tenace contre les vents

Il faudra attendre le Vendée Globe 2016 pour voir Conrad Colman relever de nouveau le défi. Alors qu’il est en train de batailler pour finir dans le top 10, le navigateur néo-zélandais démâte au large de Porto. Mais renoncer si près du but n’est pas vraiment dans sa nature. Il décide de confectionner un gréement de fortune avec sa bôme, un morceau de grand-voile et son tourmentin. Malgré des vents pas vraiment favorables, il réussit à franchir la ligne d’arrivée 14 jours après son démâtage. L’accueil incroyablement chaleureux du public dans le chenal des Sables d’Olonne sera sa récompense.

 

Sans quille, ça navigue

Mike Golding, premier de cordée

Trois navigateurs ont réussi ce petit exploit de rallier les Sables d’Olonne malgré la perte de leur quille. Premier d’entre eux, le Britannique Mike Golding s’apprête, en 2005, à franchir la ligne d’arrivée en troisième position derrière Vincent Riou et Jean le Cam. Il n’est plus qu’à quelques heures de l’arrivée, quand il sent que son bateau a un comportement bizarre. Son monocoque vient de perdre brusquement sa quille. Immédiatement Mike Golding affale ses voiles, emplit tous ses ballasts à fond et constatant que le bateau jouit d’un relative stabilité, décide de rallier les Sables d’Olonne sous voilure réduite. Il finit par couper la ligne d’arrivée 24 heures après Jean Le Cam, en pleine nuit, dans une relative indifférence : personne n’imaginait qu’il puisse arriver si vite, compte tenu de son avarie.

La science du multicoque de Guillemot

L’expérience de Mike Golding donnera forcément quelques idées à d’autres. En 2009, c’est Marc Guillemot qui, alors qu’il bataille pour le podium, finit par perdre sa quille qui menaçait depuis plusieurs jours. Mais, le navigateur trinitain est encore à plus de neuf cents milles de l’arrivée. Qu’importe ! Il sait que son monocoque ballasté peut encore continuer de naviguer. Pour rallier l’arrivée, Marc Guillemot s’appuiera sur son expérience de la navigation en multicoque où le risque de chavirage est toujours présent. Quand il dort, il enroule l’écoute de grand-voile autour de son poignet pour être capable de larguer celle-ci dès que le monocoque prend de la gîte. Au final, Marc Guillemot passe la ligne en quatrième position, mais se retrouve sur le podium après avoir bénéficié d’une bonification pour le temps passé aux côtés de Yann Eliès après que celui-ci se fut gravement blessé dans l’océan Indien.

Dick, record battu

Dernier en date à avoir pu rallier l’arrivée sans sa quille, Jean-Pierre Dick, lors du Vendée Globe 2012-2013. Alors qu’il a dépassé les îles du Cap-Vert, il est lui aussi victime de la perte de son appendice. Problème : il lui reste 2750 milles à parcourir jusqu’à l’arrivée. Il franchira l’obstacle en deux temps : contraint de s’arrêter en mouillage forain dans un port du nord de l’Espagne pour laisser passer le mauvais temps qui sévit sur le golfe de Gascogne, Jean-Pierre Dick restera plus de quatre jours coincé à bord, à pouvoir observer les pêcheurs sur le quai à manger des tapas et boire des bières quand il est lui-même condamné aux derniers lyophilisés du bord. Un dernier supplice avant la délivrance, le passage de la bouée de Nouch Sud et la remontée du chenal des Sables d’Olonne.

 

 

 

 

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