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Retour de Rhum

Guadeloupe, Pointe-A Pitre, ville d'arrivée de la Route Du Rhum Destination Guadeloupe 2018. Victoire en classe IMOCA de Paul Meilhat sur le monocoque IMOCA SMA
© Yvan Zedda

Avec vingt concurrents alignés à Saint Malo  – dont 10 bateaux à foil – la classe IMOCA n’avait jamais été aussi bien représentée au départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. Ils seront quinze à l’arrivée après une traversée mouvementée et parfois laborieuse pour certains. Et quelles arrivées ! Celle du vainqueur par exemple qui n’était pas, finalement, le premier à franchir la ligne…

© Alexis CourcouxPour quelques minutes de sommeil en plus

En course au large, l’histoire n’est jamais écrite d’avance. Elle peut même basculer dramatiquement sur la fin, comme sous la plume d’un écrivain de roman policier s’amusant à surprendre le lecteur à la dernière page…
Alex Thomson méritait de gagner. Paul Meilhat n’a jamais démérité non plus, puisqu’il était en mesure de saisir l’occasion au vol. L’expression « au vol » est d’ailleurs totalement inappropriée concernant SMA : c’est un bateau archimédien qui s’impose dans cette 11e édition. Un épilogue qu’aucune Madame Irma n‘aurait osé prédire. Et pourtant…
Quelques minutes de sommeil en trop dans la nuit du 16 novembre, conséquence d’un épuisement certain conjugué à une panne de réveil ; un bateau noir qui s’échoue au pied d’une falaise au nord de Grande Terre ; un moteur démarré pour se sortir de cette mauvaise passe… voilà sur quoi s’est décidé le verdict de cette Route du Rhum.

 

© Alexis CourcouxJusqu’à cette nuit fatale, Alex Thomson avait réalisé une course parfaite. Faisant fi des discours anxiogènes sur la rudesse des conditions météo annoncées les premiers jours, le skipper anglais, fidèle à son côté franc-tireur, est le seul à s’aventurer à l’ouest, sur la route la plus directe mais aussi la plus exposée aux éléments. Dès le premier soir, il prend la tête. Pour ne rien gâcher, Hugo Boss s’avère extrêmement véloce, parfois deux nœuds plus rapide que ses congénères dans sa descente vers les alizés. Si bien qu’au moment où le bateau s’abime dans les cailloux de la Guadeloupe, il a 230 milles d’avance sur SMA !

Alex franchit le premier la ligne d’arrivée au terme de 11 jours et 23 heures de mer, après avoir navigué à 16,4 nœuds de moyenne ! Mais sa pénalité de 24 heures pour la mise en route de son moteur le destitue au profit de Paul Meilhat, sacré pour la première fois de sa carrière sur une grande épreuve en solitaire à bord d’un 60 pieds … à dérives droites.

Pendant douze jours, et jusqu’aux derniers milles autour de la Guadeloupe, Paul, qui occupe la deuxième place depuis le 10 novembre, s’est arraché pour contenir les assauts de Vincent Riou puis de Yann Eliès, armés de bateaux plus rapides que le sien. Sa performance est un signe de consistance dans tous les paramètres du jeu : sa qualité du compétiteur, sa capacité à se dépasser, sa connaissance du bateau et la fiabilité de ce dernier.

© Yvan ZeddaRhum Cocard

Deux ans avant le Vendée Globe, la Route du Rhum est toujours un excellent (crash) test. Un indicateur du niveau de préparation des concurrents, mais aussi de la robustesse des bateaux. La dureté des conditions météo sur cette 11e édition - le passage de deux dépressions pour les IMOCA qui navigueront plusieurs jours au près dans une mer forte -, a chargé le bilan technique pour de nombreux monocoques.
Mais celui des abandons est loin d’être dramatique. Sur les 20 partants, cinq ont dû renoncer, soit 25 % de la flotte, en dessous des statistiques moyennes : Louis Burton à cause d’un puits de foil endommagé ; Isabelle Joschke sur démâtage ; Sam Davies pour des problèmes de délaminage de coque ; Yannick Bestaven pour des soucis d’hydraulique et enfin Jérémie Beyou à bord du très attendu Charal, premier foiler de nouvelle génération, d’abord victime de sa barre puis de ses systèmes d’énergie.
A cela, il faut ajouter les cinq arrêts au stand. Cousin, Barrier, Attanasio, Amedeo et Beyou s’abriteront en Bretagne et au Portugal mais tous repartiront, certains après 6 à 7 jours d’escale ! D’où des écarts impressionnants à l’arrivée. Alexia Barrier qui ferme la marche en 15e position, arrive 14 jours et 14 heures derrière le vainqueur !

© Alexis CourcouxQualifs en poche

Il y avait un enjeu supplémentaire à celui du simple résultat à Pointe-à-Pitre : se qualifier pour le prochain Vendée Globe *. Notamment pour les nouveaux venus de la classe IMOCA. C’était le cas de Boris Herrmann, Damien Seguin, Erik Nigon, Ari Huusela, Manu Cousin et Alexia Barrier qui ont tous terminé leur course.
Certains l’ont même accomplie avec panache, à l’image de Boris Herrmann qui réalise une très belle transat. Le skipper allemand de Malizia 2-Yacht Club de Monaco termine 5e. Même constat pour le double champion paralympique Damien Seguin qui a su mener Apicil, un plan Finot de 2008, à la 6e place !
Parmi les anciens, on note la jolie prestation d’Alan Roura qui a élevé son niveau de jeu grâce à son bateau nouvellement équipé de foils et qui a offert un final à suspense autour de la Guadeloupe en compagnie de Stéphane Le Diraison.

Job list pour l’hiver

Ce test grandeur nature, qui aura duré entre 12 et 27 jours selon les cas, est une expérience précieuse pour chacun des 20 marins qui auront de quoi alimenter leur job list de l’hiver. Au delà de la recherche de performance –  Jérémie Beyou multiplie déjà les sorties au large de la Bretagne ! -, la question de la fiabilisation des bateaux est cruciale. Car avant de rêver palmarès, il faut déjà finir les courses. Il y aura du boulot dans les hangars début 2019 avant la reprise de la saison au printemps.

© Alexis CourcouxLe classement de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe 2018

1 - SMA, Paul MEILHAT arrivé le 17/11/2018 à 01h 23mn 18s.
Temps de course : 12j 11h 23mn 18 sec, vitesse moyenne sur l’ortho : 11,83 nœuds.
2 - UCAR - SAINT MICHEL, Yann ELIES arrivé le 17/11/2018 à 03h 38mn 30s.
Temps de course : 12j 13h 38mn 30sec, vitesse moyenne sur l’ortho : 11,74 nœuds.
3 - HUGO BOSS, Alex THOMSON arrivé le 16/11/2018 à 13h 10mn 58sec.
Temps de course (+ pénalité 24 heures) : 12j 23h 10mn 58 sec, vitesse moyenne sur l’ortho : 12,33 nœuds. Vitesse réelle sur le parcours : 16,41 noeuds
4 - PRB, Vincent RIOU
5 - MALIZIA 2 - YACHT CLUB DE MONACO, Boris HERRMANN
6 - GROUPE APICIL, Damien SEGUIN
7 - LA FABRIQUE, Alan ROURA
8 - TIME FOR OCEAN, Stéphane LE DIRAISON
9 - LA MIE CALINE - ARTIPOLE, Arnaud BOISSIERES
10 - VERS UN MONDE SANS SIDA, Erik NIGON
11 -  ARIEL 2, Ari HUUSELA
12 - NEWREST - ART ET FENETRES, Fabrice AMEDEO
13 - PURE - FAMILLE MARY, Romain ATTANASIO
14 - GROUPE SETIN, Manuel COUSIN
15 - 4MYPLANET, Alexia BARRIER

Abandons :
MAITRE COQ, Yannick BESTAVEN
BUREAU VALLEE 2, Louis BURTON
CHARAL, Jérémie BEYOU
MONIN, Isabelle JOSCHKE
INITIATIVES CŒUR, Samantha DAVIES

 *Autres qualifiés de la Route du Rhum
Les coureurs n’ayant pas terminé le précédent Vendée Globe devaient eux aussi accomplir une transat en solitaire à partir de cette année : Vincent Riou, Paul Meilhat et Stéphane Le Diraison y sont parvenus.
Les circumnavigateurs Yann Eliès, Alan Roura, Arnaud Boissières, Fabrice Amedeo et Romain Attanasio devaient de leur côté qualifier leur nouveau bateau à foil. C’est chose faite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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