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Que sont-ils devenus ? Yves Parlier, innover toujours

Yves Parlier
© DR

« Je suis toujours navigateur, je le ressens comme ça, naviguer est une passion. » Le ton est donné. Chaque chose est remise à sa place, sans animosité, sans fioritures. A 58 ans, Yves Parlier vit non loin d’Arcachon, non loin de l’océan Atlantique, fidèle à ce lieu qui l’a façonné, a construit le gamin qu’il était. Le natif de Versailles, qui passait ses mois de juillet dans les Landes de Gascogne, ne compte pas son temps. Lever à 4 heures du matin, coucher à 22 heures, et le week-end, « je travaille normalement », annonce cet ingénieur en matériau composite, tel un moine ascétique.

Yves Parlier, c’est un palmarès exceptionnel.  Mini-Transat, Solitaire du Figaro, Transat Anglaise… en quelques années avant de se lancer sur son premier Vendée Globe en 1992, il a tout gagné ou presque. Plus que de simples lignes sur un palmarès, c’est l’ingéniosité de l’éternel chercheur qui reste. Il a associé ses études avec le mât en fibre de carbone dont il équipa un voilier dès 1985. Dans le milieu des années 90, il embarqua sur un 60 pieds où «il y avait zéro énergie fossile et où on utilisait du diester », associant son partenaire, la région Aquitaine, à des innovations qui ont marqué le monde de la voile. Son IMOCA d’alors, le bien nommé Aquitaine Innovations, fut aussi le premier à s’être doté d’un gréement thonier avec des outriggers à la place des traditionnelles barres de flèche.

La finalité de la compétition

« Je m’étais posé pas mal de questions durant mes Vendée Globe où l’on a une vision globale de ce que l’on fait. Et ce qui m’a toujours intéressé, c’est l’innovation, travailler sur les bateaux », souligne-t-il aujourd’hui avant de poursuivre : « La compétition me captivait : c’était un aboutissement, une aventure certes, mais il s’agissait de voir le comportement de ce que l’on avait conçu en amont. La finalité de la compétition était une motivation énorme sans laquelle mon métier n’aurait pas eu d’autres moyens de progresser autant. »

L’homme aux trois Vendée Globe n’en a jamais gagné aucun, mais celui que ses adversaires ont surnommé « L’Extraterrestre » - pour la pertinence de ses options météo – en est ressorti grandi. En 1998, Yves Parlier commence à quitter ce milieu après un accident de parapente qui lui a laissé des séquelles au niveau de la cheville droite. « Je n’avais plus la même agilité sur le pont ». Mais sur un bateau qu’il connait parfaitement, il s’engage néanmoins sur son dernier tour du monde, en 2000-2001, où il finit de marquer les esprits.

Dans les 50es Rugissants, son mât-aile s’écroule sur le pont. L’ingénieur décide de réparer seul son gréement, et mouille au large de Stewart Island, une île au sud de la Nouvelle-Zélande. Douze jours plus tard, quand il parvient à reconstruire un mât à l'aide d'un four improvisé et à retailler ses voiles, il repart. La nourriture venant à manquer, les algues ont constitué son menu principal durant les derniers jours du Vendée Globe qu’il boucle à une anecdotique 13eplace. Mais Yves Parlier l’a fait.

L’histoire des Damien

« Ce qui a été une grande force », explique-t-il aujourd’hui, « c’est le déclic qu’a représenté la lecture de mon premier livre, en trois tomes : l’histoire des Damien. Je m’en souviens très bien, j’avais 12 ans, j’étais dyslexique. Par la suite, je me suis enfilé toute la collection Mer de la bibliothèque d’Orsay, que j’ai donc rêvée avant de la pratiquer. A travers les bouquins, j’ai fait quinze ou vingt fois le tour du monde ! »

La mémoire d’Yves Parlier est une source à laquelle il revient sans cesse. « J’ai commencé à lire les livres techniques, à me passionner pour la cartographie, la météo, l’astronomie, toutes les sciences que doivent maîtriser les marins. Et quand je suis en mer, je revis ce que j’ai rêvé de vivre durant mon adolescence. Et ça, c’est une grande, grande force. Je ne peux pas avoir de coup de mou, car, dans les bouquins, j’endossais le rôle du marin qui ne craquait jamais ; je rêvais de souffrir dans les tempêtes, dans le froid, et j’ai lu tous les bouquins des naufragés. C’était une passion dévorante. »

« J’y étais, j’y croyais »

Et quand on en revient au Vendée Globe 2000-2001, à ces images d’un Robinson Crusoé sur son île quasi-déserte,  il sait l’importance qu’elles ont eue pour la postérité, mais lui, le temps passant, sait d’où elles viennent. « Oh, on commence à petite échelle ! Il y a eu des événements médiatisés c’est vrai, mais j’ai toujours été comme cela : je renflouais des épaves sur la plage, j’ai navigué sur des bateaux qui coulaient… J’avais fabriqué mon kayak au lac des Ulis, que je traînais derrière mon vélo mais, pour moi, j’étais déjà sur mon tour du monde… J’y étais, j’y croyais, même si cela peut paraître ridicule maintenant. »

Depuis 2007, sa société Beyond the Sea l’accapare. « Quand je me projetais futur marin, je m’infligeais des épreuves. Je devais être capable d’être stoïque vis-à-vis des événements », glisse-t-il dans un sourire énigmatique. Lui patient ? Non, mais « le chef d’entreprise » a appris à se contrôler et sait donner des priorités à la multitude de réflexions requises entre l’hydraplaneur, ambition d’une vie qu’il a ressortie l’été dernier après douze ans de sommeil, et son projet collaboratif : faire d’un cerf-volant, issu de la technologie du kitesurf, un moyen de tracter un navire de plaisance, de pêche voire des paquebots.

Un domaine qui le passionne depuis toujours - « Dès mon premier tour du monde à la voile en 1992, j’avais un kite de sécurité à bord » - et sur lequel il travaille assidûment depuis qu’il a fini son dernier Vendée Globe, en 2001. « Il ne faut pas croire, je sors aussi quelques fois des choses bien acquises ! », s’amuse-t-il. Comme la course au large, son défi d’entrepreneur marie ces vocations qui, parfois, requièrent de la justesse.  « On apprend de ses erreurs. En période de surmenage, ça passe… ou ça ne passe pas. Mais je suis gonflé à bloc ! Il faut que je me donne à fond. Et ça, je le veux bien ! »

 

Yves Parlier en quelques dates

1985. 1erde la Mini-Transat

1991. 1erde la Solitaire du Figaro (champion de France de course au large en solitaire)

1992. 1erde la Transat Anglaise

1992-1993. 4edu Vendée Globe

1993. 1erde la Route du Café

1994. 1erde la Route du Rhum

1996-1997. Abandon sur le Vendée Globe 

1997. 1erdu Fastnet

1erde la Transat Jacques-Vabre avec Eric Tabarly

1998. 1erde la Route de l’Or en équipage (New York – San Francisco)

1999. 4ede la Transat Jacques-Vabre avec Ellen MacArthur

1erde la course de l’Europe en équipage

2000-2001. 13edu Vendée Globe en 126 jours 23 heures 36 minutes après avoir réparé seul son gréement (démâtage).

2001. Navigateur sur l’Hydroptère d’Alain Thébault

Navigation sur multicoques 

2003. Course en équipage avec Lalou Roucayrol 

Conception et construction de l’Hydraplaneur Médiatis-Région Aquitaine

2004. 11eTransat Québec-Saint-Malo sur multicoque, course en équipage

2006. Record de distance parcourue en 24 heures en monocoque en solitaire : 586,00 milles soit 24,41 nœuds (sur Médiatis-Région Aquitaine)

Record de distance parcourue en 24 heures en équipage: 597,81 milles soit 24,91 nœuds (sur Médiatis-Région Aquitaine)

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