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Boris Herrmann : un planning idéal pour des ambitions réalistes

Boris Herrmann
© Jean-Marie Liot

A bientôt 37 ans, Boris Herrmann peut se prévaloir d’une belle expérience en course au large : un tour du monde victorieux en Class40 lors du Global Ocean, une course en double, une Barcelona World Race à bord de Neutrogena, quelques records en multicoques avec Giovanni Soldini ainsi qu’une tentative du Trophée Jules Verne avec Francis Joyon. Soutenu par le Yacht Club de Monaco, il dispose du plan VPLP Verdier Malizia (ex Edmond de Rothschild de Sébastien Josse) à bord duquel il peaufine son apprentissage. Après une méritoire cinquième place dans la dernière Route du Rhum, le bateau est en chantier à Lorient avant d’enquiller la saison complète des IMOCA Globe Series dont le point d’orgue sera la Transat Jacques Vabre aux côtés de Pierre Casiraghi, cofondateur du team Malizia. Entretien…

Boris, vous n’avez pas encore participé au Vendée Globe, mais vous avez déjà écrit votre autobiographie ?

(Rires) Ce n’est pas une autobiographie, c’est juste une sélection de dix histoires autour de mon expérience de navigateur, en Arctique comme avec Giovanni Soldini… J’adore écrire. Je suis plutôt timide et l’écriture est un mode d’expression qui me convient bien. Et cela fonctionne plutôt bien puisque l’on a déjà vendu plus de 2000 exemplaires.

Votre Route du Rhum, terminée en cinquième position, fut exemplaire. Qu’est-ce que vous retirez de cette première expérience en IMOCA en solitaire ?

J’en suis ravi car tous les objectifs que je m’étais fixés ont été atteints. Le bateau s’est révélé fiable, l’équipe était dans une bonne dynamique. On est arrivé au départ sans inquiétude, ce qui m’a permis de couper la ligne dans de parfaites conditions. J’ai eu ensuite un souci de spi de vent arrière qui m’a handicapé pour passer la première dorsale dans les petits airs. Je me suis retrouvé ainsi deux milles derrière Paul Meilhat qui était dans mon sud. Il est parti par devant et en quelques heures, il comptait 70 milles d’avance. C’est alors que j’ai décidé de partir sur une autre route plutôt que de me calquer sur la sienne. C’était un pis-aller, car Paul était sur la bonne trajectoire et naviguait vraiment bien.

Et le bateau s’est révélé fiable ?

J’ai appris beaucoup de choses. Que mon spinnaker A2 n’était pas bien coupé, que j’allais plus vite avec l’A3. Ensuite, j’ai dû résoudre beaucoup de bricoles. Ces incidents, ce sont les 2% qui font que le bateau ne navigue pas à son plein potentiel. A nous de travailler pour qu’il soit fiable à 100%. C’est un chantier passionnant et je me sens vraiment en confiance dans la perspective du prochain Vendée Globe. Je n’aurai pas le bateau le plus rapide, mais je veux qu’il soit le plus abouti.

Quel va être le chantier d’hiver ?

Le bateau est entré en chantier à Lorient. Il est dans les mains d’une équipe de quatre personnes. Stu Mac Lachlan est notre nouveau boat-captain. Il nous apporte une autre vision, une autre approche technique. Le chantier devrait durer quatre mois et demi. On fait des sondages aux ultrasons. Tout y passe de la quille aux lames de safran. On travaille aussi à modifier le centre de gravité du bateau et on essaye de jouer sur l’ergonomie générale. Nous aurons de nouveaux panneaux solaires qui devraient gagner en efficacité. On change aussi le bout dehors, pour pouvoir hisser un grand et petit gennaker en ligne comme sur le bateau d’Alex Thomson.

Vous avez aussi développé un programme pédagogique et vous travaillez en collaboration avec des spécialistes de l’environnement ?

Nous avons un laboratoire à bord qui peut mesurer différents paramètres des océans. On peut ainsi mesurer la teneur en CO2 de l’eau de mer. On a testé ces mesures l’été dernier pour appliquer notre programme Ocean Challenge Project. On a ainsi créé une fondation qui nous permet de rencontrer des jeunes et de porter la bonne parole. Nous avons ainsi une université de 1400 jeunes à Kiel qui nous suit. Le programme touche depuis l’an dernier six pays, en plus de  l’Allemagne : Monaco, la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis, l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande. C’est passionnant et cela me met en face de mes contradictions. Je vole souvent, presque chaque semaine et je sais bien que ce n’est pas un mode de vie adapté aux enjeux environnementaux. Grâce aux scientifiques, j’en apprends chaque jour sur le cycle du carbone dans les océans.

Quels sont vos objectifs pour l’année à venir ?

Actuellement, je suis quatrième au championnat IMOCA. J’attends de poursuivre dans cette voie avec de bons résultats sur la Bermudes 1000 Race au départ de Douarnenez, puis le Fastnet. C’est une bonne opportunité de marquer des points avant l’arrivée des nouveaux bateaux. Je pense toutefois que Sam Davies sera là. Elle est clairement la favorite. Ensuite Pierre Casiraghi me rejoindra pour préparer la transat Jacques Vabre, ce dont je me réjouis. La deuxième partie de l’année, nous rejoignons le centre d’entraînement du pôle Finistère de Port-la-Forêt. Ce sera l’occasion de naviguer avec les meilleurs marins, d’apprendre à leur contact.

En tant que marin allemand, même si vous parlez couramment aussi bien le français, que l’anglais ou l’espagnol, comment avez-vous été accueilli à Port-la-Forêt ?

Très bien, ce sont des gens très ouverts. Ils ont une telle confiance en eux. Il faut dire qu’ils ont remporté les cinq derniers Vendée Globe et les deux dernières Volvo Ocean Race. Après avoir établi une sélection pour constituer le groupe, la règle est que tout le monde partage. Ils partent du principe que le prochain vainqueur du Vendée Globe sera issu de leurs rangs. C’est le seul cas, dans le monde de la course au large, de travail collaboratif poussé à ce niveau. Ça m’intéressait de voir comment nous serions accueillis. En fait, on partage tout : la manière de naviguer, les inclinaisons de foils, l’usage des ballasts, les navigations comparatives. On débriefe tout en commun, c’est très ouvert.

De quoi avez-vous besoin, pour muscler votre jeu ?

Il faut que je m'améliore en stratégie météo. J’ai commencé à travailler avec Marcel Van Triest lors de la Route du Rhum et je vais continuer. C’est un honneur de pouvoir compter sur lui. Après, je le répète, ce que je veux, c’est un bateau fiable. Cette année, nous avons programmé 18 000 milles de navigation. L’an dernier, nous en avons abattu 25 000. Tout ce temps passé permet d’être plus performant avec l’équipe technique, d’entrer dans les détails, de savoir quand on peut pousser le bateau au-delà des limites qu’on s’est fixées. Je suis assez conservateur dans ma manière de naviguer. C’est bien d’apprendre à repousser ses limites.

Au fur et à mesure que l’échéance se rapproche, la pression monte-t-elle ?

J’ai le sentiment que c’est plutôt l’inverse. J’étais plus inquiet au démarrage du projet en 2017 et 2018. Le fait d’avoir pu naviguer tôt fait que je me sens prêt alors que le Vendée Globe approche. Le seul inconvénient est que ça coute de l’argent. On a démarré une campagne sur quatre ou cinq ans et nous n’avons pas le budget des nouveaux bateaux. Mais on a pu faire plein de choses en 2017 et 2018. Je me sens prêt. On pourrait prendre le départ demain.

Au final, vous risquez d’être le skipper qui aura fait le plus de milles sur son bateau avant le départ du Vendée Globe. C’était planifié ?

D’une certaine manière, oui. Louis Burton a eu son bateau en même temps que moi, mais nous avons plus navigué que lui. Avec Alex Thomson, nous sommes bien copains : on s’est amusé à calculer qu’à nous deux, nous avions navigué l’an dernier, plus que l’ensemble des marins français. On a parcouru chacun 25 000 milles, bouclé quatre Transats. En plus de la Route du Rhum, je suis parti de Monaco pour les Bermudes, avant un retour sur Hambourg et Kiel. C’est beaucoup, mais ce sont toujours des milles de plus.

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