Actualité

Sam Davies : « c’est le travail qui conditionne le plaisir et la réussite »

Initiatives Coeur
© Y.Zedda

VG : Sam, les résultats de l’Armen Race et de la Bermudes 1000 Race doivent vous réconforter après la déception de la Route du Rhum 2018 ?

SD : Oui, c’est évident. En fait, le déclic est venu de la Sardinia Cup que j’ai courue en double avec Yann Eliès sur son nouveau monotype Figaro et que nous avons gagnée. C’était une manière idéale de se remettre dans le bain. Naviguer avec Yann, c’est la garantie d’une certaine forme d’excellence, c’est particulièrement stimulant. Du coup, je suis arrivé sur la Bermudes dans le même état d’esprit, même si la donne changeait légèrement. La course comptant pour accumuler des milles, il était indispensable de terminer, de ne pas casser.

VG : On navigue autrement dans ce contexte ?

SD : Forcément, on y pense en permanence. En début de course, dès que le bateau atteignait de hautes vitesses, je passais mon temps à surveiller le fond de coque (NDLR : qui s’était délaminé pendant la Route du Rhum). Et sur la fin du parcours, alors que je ne pouvais plus régler, ni ma quille ni mes foils qui étaient bloqués, je suis restée calme. Dans d’autres circonstances, j’aurais pesté, mais je savais que l’objectif premier était de finir. Deuxième ou quatrième, ça ne pesait pas grand-chose au regard de l’enjeu. Avant tout, il me fallait ces 2000 milles en vue de la sélection finale pour le Vendée Globe.

VG : Et c’était l’occasion de tester ces nouveaux foils, si différents…

SD : Je sais qu’on a ouvert une voie. On n’a pas cherché à faire différent pour le plaisir. C’est Guillaume Verdier qui a su nous convaincre que ces nouveaux profils allaient nous offrir un gain de performance. Il connaît parfaitement le bateau puisqu’il l’a dessiné, il travaille sur les foils avec les Néo-Zélandais sur la Coupe de l’America et c’est quelqu’un de très talentueux. De plus, je suis convaincue que Guillaume ne nous entraînera jamais dans une voie hasardeuse. Il existe entre notre équipe et lui une véritable relation de confiance. Ce n’est pas forcément facile d’appuyer sur le bouton vert, de se dire : on y va. Mais dans le même temps, si on peut gagner en performance, on n’a pas le droit de passer à côté.

VG : Et les premières sensations ?

SD : Je suis ravie. On sent tout le potentiel du bateau, même si on n’est pas encore au maximum de la polaire théorique de l’ordinateur. On va progresser petit à petit. C’est comme ça que j’avais fait en 2008 pour mon premier Vendée Globe et ça m’avait plutôt pas mal réussi. En 2008, avant de prendre le départ j’avais l’équivalent d’un tour du monde dans les pattes. J’espère être dans les mêmes dispositions en 2020, avoir le même niveau de certitudes.

VG : Mais entretemps, vous avez changé de statut…

SD : Oui, j’ai gagné en expérience avec la Volvo Ocean Race, mais aussi grâce à mes navigations avec Yves Le Blévec ou Thomas Coville en multicoque. C’était important de varier les supports et les expériences. En multicoque, j’ai découvert ce que c’est que de naviguer à haute vitesse, sur la Volvo j’ai beaucoup appris sur la gestion d’une course dans la durée. Forcément je suis mieux armée. Ça me permet d’affirmer mes ambitions….

VG : Ces ambitions, quelles sont-elles ?

SD : Déjà de gagner la Transat Jacques Vabre. Avec Paul Meilhat, on va tout faire pour. J’ai la chance de naviguer avec un marin particulièrement talentueux, qui possède une vraie fibre concernant la conduite d’un IMOCA. De plus, mon bateau est le sister-ship de l’ex SMA à bord duquel Paul a tout de même gagné la Route du Rhum, ce n’est pas rien.

VG : On sent une véritable osmose entre vous…© Initiatives-coeur

SD : Totalement. Paul est aussi quelqu’un qui s’investit sans compter. Dès lors, qu’il a donné son accord, il passe tout son temps disponible pour nous. Il échange en permanence avec l’équipe, participe à notre réflexion pour faire avancer le projet. Il a même souhaité pouvoir aussi s’investir dans le projet humanitaire autour d’Initiative Cœur. Paul est un homme de parole en plus d’être un excellent marin.

VG : Dernière question : les femmes devraient être en nombre au départ du Vendée Globe ?

SD : Et c’est une excellente nouvelle. D’autant que nous serons plusieurs à venir avec de véritables objectifs sportifs. On devrait être au moins six femmes au départ, ce qui est totalement inédit. En 2016, on m’avait interrogée sur le fait qu’aucune femme n’était présente au départ. Cette édition semble bien prouver que ce n’était qu’un accident. Et j’espère bien que nous allons créer des vocations auprès de nouvelles jeunes femmes, qu’elles se diront que c’est à leur portée.

Snap code

Retrouvez-nous sur Snapchat
vendeeglobe2016