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2008, la « Remontada » de Michel Desjoyeaux

Michel Desjoyeaux au cap Horn

Ils ne sont pas nombreux ceux qui sont encore prêts à miser une pièce sur la victoire de Michel Desjoyeaux, ce 10 novembre 2008, quand il repart des Sables d’Olonne après une escale technique express, suite à une fuite de ballast qui a entraîné une inondation de la cale moteur. Pendant que Marc Guillemot double le cap Finisterre en tête de course, le skipper de Foncia doit faire face à des vents de sud-ouest qui vont encore retarder sa traversée du golfe de Gascogne. Pendant que ses concurrents glissent vers les alizés, il voit la distance qui le sépare du bloc de tête s’accroitre inexorablement jusqu’à atteindre 670 milles le 15 novembre, soit plus de deux jours de mer. Philosophe, le marin confie : « C’est comme si j’étais la voiture de police à la poursuite des voleurs. J’ai un avantage, c’est que je sais à quel carrefour ils sont. L’inconvénient, c’est qu’avec les clients qui sont devant, je doute qu’ils se laissent rattraper facilement… » A défaut de pouvoir jouer les premiers rôles, le professeur Desjoyeaux laisse percer un certain sens de l’humour pour le plus grand bonheur du public qui suit la course.

Pot -au-Noir express

Le passage du Pot-au-Noir se déroule dans des conditions optimales ce qui permet au skipper de Foncia de revenir à un peu plus de 300 milles des leaders, soit le même écart qu’au départ des Sables d’Olonne. Mais surtout, la descente de l’Atlantique va lui ouvrir de nouvelles perspectives. En choisissant une route très à l’ouest, il continue de grignoter son retard et le 3 décembre, il entre de nouveau dans le top 10 ce qui réveille l’âme du compétiteur. Pour continuer sa remontée, Michel Desjoyeaux dispose de plusieurs atouts : un bateau qu’il connaît parfaitement, des choix de voiles parfaitement adaptées aux mers du Sud, notamment une trinquette qui fera merveille dans le vent fort, mais surtout un énorme travail en amont sur ses pilotes automatiques qui vont lui permettre de tenir des moyennes inhabituelles aux concurrents du Vendée Globe.

Sans états d’âme

Les planètes semblent s’aligner pour le vainqueur du Vendée Globe 2000-2001. Outre les vitesses infernales qu’il continue d’afficher, quelques-uns de ses principaux concurrents sont contraints de jeter l’éponge en tête de flotte. Tour à tour, Loïck Peyron, Jean-Pierre Dick puis Mike Golding abandonnent. Le démâtage du Britannique propulse Desjoyeaux en tête de flotte le 16 décembre. Le nouveau patron va assumer son rôle sans états d’âme. Ce faisant, il provoque parfois l’agacement de ses adversaires. Quand il s’étonne de la facilité avec laquelle il dépose ses concurrents, les soupçonnant d’être en rythme de croisière plutôt qu’en course, il sait qu’il appuie où ça fait mal. Mais quand on domine ainsi de la tête et des épaules, on peut se permettre quelques fantaisies.

Gestion de bon père de famille

Au cap Horn, Desjoyeaux possède près de 150 milles d’avance sur Roland Jourdain. Le leader peut alors bien confesser que la traversée des mers du Sud n’a pas toujours été un chemin pavé de roses. « Il n’y a jamais eu de répit entre deux coups de vent. Cette année, on n’a pas débandé. C’est plaisant de quitter cette oppression du vent fort permanent. » S’il n’en laisse rien paraître, le skipper de Foncia a connu son lot de galères, et notamment une marche arrière intempestive dans une manœuvre qui a failli lui coûter un de ses safrans et aurait pu provoquer son abandon. Pour l’heure, tout lui sourit : son avance sur Roland Jourdain s’accroit tandis qu’Armel Le Cléac’h, troisième, est relégué à plus de 500 milles. Roland Jourdain l’exprimera avec sa faconde habituelle : « Je ne sais pas quel trousseau de clés Mich a piqué, mais il ouvre toutes les portes météo et les referme poliment derrière lui… » Michel Desjoyeaux peut maintenant s’offrir un luxe inouï, celui de lever le pied, de gérer sa course. Mais il sera dit que rien ne pouvait arrêter la marche triomphale du leader. Le 26 janvier, Roland Jourdain heurte un cétacé. Armel Le Cléac’h devient le dauphin du « Professeur », mais il pointe à près d’une semaine. Le 1er février, le grand patron se présente sur la ligne d’arrivée et devient le premier (et le seul jusqu’ici) double vainqueur du Vendée Globe. En guise de dernière pirouette, il conclura son périple victorieux d’une sentence dont il a le secret : « Être au Panthéon ne m’intéresse pas. D’ailleurs, les légendes, c’est des gens qui ne sont plus là. Moi, je suis encore là et je ne suis pas près de prendre ma retraite… » S’il en fallait une preuve, il suffit de constater qu’en cette année 2019, celui qui est aussi triple vainqueur de la Solitaire du Figaro a décidé de repiquer au petit jeu de la monotypie sur le nouveau Figaro 3. Où il a pu retrouver d’autres « anciens » du Vendée Globe comme Armel Le Cléac’h, Alain Gautier, Loïc Peyron, Yann Eliès, Jérémie Beyou, Conrad Colman ou Thomas Ruyant. Le démon de la course...

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