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Thomas Ruyant : « ma démarche est atypique, mais elle fonctionne »

Advens for Cybersecurity - Défi Azimut
© Pierre Bouras

Advens for Cybersecurity flotte enfin. Les premiers bords ont eu lieu en rade de Lorient, quelques jours avant le Défi Azimut, mais pour Thomas Ruyant et son équipe, cette première confrontation avec le reste de la flotte IMOCA n’est qu’un rodage. Les choses sérieuses commenceront à l’occasion de la Transat Jacques Vabre, à la fin du mois d’octobre.

 

VG : C’est une démarche singulière de construire un bateau neuf, sans avoir de véritables garanties financières…

Thomas Ruyant : C’est atypique, mais on ne partait pas de rien. J’avais la confiance d’un groupe d’investisseurs qui m’avaient accompagné lors du dernier Vendée Globe et qui voulaient m’aider à rebondir après mon abandon. À partir du moment où je disposais d’une mise de fonds minimum, j’ai choisi de faire construire un bateau neuf en pariant sur l’intérêt de partenaires potentiels. Grosso modo, je peux proposer aujourd’hui un projet clés en main, sachant que je ne prends pas trop de risques : derrière le Vendée Globe, il y aura Ocean Race et la classe IMOCA va avoir besoin de bateaux performants. On avance marche après marche, mais jusqu’ici tout va bien. Je dispose d’un partenaire pour la Transat Jacques Vabre et il nous reste un an pour boucler le financement.

VG : Construire un bateau neuf, c’est une première ?

TR : Oui, jusque-là, que ce soit en Mini ou en Class40, je n’avais jamais participé à la construction du bateau sur lequel je naviguais. Là, il a fallu tout découvrir. Mais j’avais quelques atouts : j’avais déjà pris contact avec Guillaume Verdier avec qui je me sentais en confiance. Dès lors on s’est servi du travail qu’il avait entamé quand il était encore question d’un monotype 60 pieds pour l’Ocean Race. Certains outils étaient en place chez Persico. J’avais l’architecte et le chantier pour démarrer, c’était une bonne base.

VG : Comment sont les relations avec Guillaume Verdier ?

TR : Guillaume est à la fois très ouvert, très créatif, mais il a aussi ses idées. Il faut savoir être convaincant. En même temps, les plans du 60 pieds Ocean Race étaient l’aboutissement d’un an de recherches. De son point de vue, il était difficile de faire une meilleure carène. Plutôt que repartir de zéro, on s’est servi de cette base. On a modifié quelques points à la marge. En revanche, on a beaucoup travaillé sur le plan de pont et le cockpit.

VG : Justement, ce cockpit semble, à première vue, assez classique…

TR : On a essayé d’être avant tout fonctionnel avec deux axes privilégiés : pouvoir voir ce qui se passe à l’avant du bateau, donc des hublots adaptés, et limiter au maximum les frottements dans la circulation des manœuvres. Après, on n’a pas voulu pousser dans la voie qu’ont choisie Charlie Dalin et Alex Thomson avec un cockpit presque entièrement fermé. J’ai besoin de voir la mer, de sentir les éléments. C’est aussi pour ça que je navigue. Quand j‘observe ce qu’a fait Alex (Thomson), c’est vraiment beau, mais tellement extrême. Personnellement je ne pourrais pas me faire à l’idée que je vais passer mon temps à l’intérieur du bateau.

VG : Dans le même temps, les sorties de bateaux neufs révèlent des options très marquées…

TR : C’en est d’autant plus passionnant. Avec l’apparition des foils, les compteurs ont été remis à zéro. Auparavant, on avait un modèle de bateau autour duquel tout le monde tournait. Là, les architectes ont été contraints de sortir de leur zone de confort.

Reste la seule véritable inconnue : la capacité du marin à tirer le meilleur du potentiel de chaque bateau. Nos bateaux seront de moins en moins vivables. Il va falloir tester, trouver des astuces pour essayer de supporter les conditions du bord.

VG : Parlons de l’avenir immédiat : le défi Azimut et la Transat Jacques Vabre.

TR : Pour nous, c’est clairement une mise en place. L’objectif majeur reste le Vendée Globe. On ne prendra pas de risques inconsidérés à trop tirer sur le bateau. Je pars avec Antoine Koch qui a travaillé avec moi sur la construction du projet. Antoine est un excellent marin, il possède une formation d’architecte, c’est un technicien pointu. De plus, il a beaucoup pratiqué le multicoque et connaît les problématiques des navigations à haute vitesse.

Après la Jacques Vabre, je ferai une partie du convoyage retour en solitaire, au moins jusqu’au Cap-Vert. Pour être franc, j’avoue que commencer par une course en double pour prendre en main le bateau, cela permet de monter en puissance progressivement.

VG : Le fait de disposer d’un bateau neuf, c’est un gage de sérénité pour être au départ.

TR : Il suffit de se qualifier lors de la Transat Jacques Vabre, plus 2000 milles en solitaire pour avoir la garantie d’être au départ. On n’aura pas la pression de la chasse aux milles qui va affecter pas mal de concurrents et non des moindres. En même temps, toutes les épreuves qui précèdent le Vendée Globe bénéficient d’un plateau d’exception. Que la course soit victime de son succès signifie qu’on va dans la bonne direction. Tout le monde va devoir naviguer beaucoup avant le 8 novembre 2020, c’est la meilleure des garanties.

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