16 janvier 2020 - 17h:08 • 3695 vues

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Début janvier, Port-la-Forêt est comme endormi. La plupart des IMOCA sont bien au chaud dans les hangars où ils subissent leur lifting hivernal avant d’attaquer les deux dernières courses préparatoires au Vendée Globe. La monture de Romain Attanasio n’échappe pas à la règle pendant que son skipper tente de profiter du moment pour convaincre de nouveaux partenaires de rejoindre l’aventure.

À la Hune, le bar restaurant qui reste le point de rencontre incontournable des marins de Port Laf’ comme on dit dans le jargon, Romain Attanasio se pose entre deux rendez-vous. Le skipper finistérien continue de démarcher d’éventuels partenaires, d’initier quelques actions de relations publiques, avec en tête un seul objectif : prendre le départ du Vendée Globe 2020. Entretien.

 

Vendée Globe : Romain, comment avance votre projet ?

Romain Attanasio : le bateau est entré en chantier cette semaine. Quant à moi, je vais profiter du mois de janvier pour relancer quelques partenaires potentiels. Le budget est bouclé aux deux tiers. Un tiers est amené par Pure, mon sponsor principal, un deuxième vient de la participation du club d’entreprises que nous avons créé qui regroupe une cinquantaine de partenaires. Il nous manque le dernier tiers qui pourrait être apporté par un co-sponsor.

 

VG : De gros travaux sont prévus pour ce chantier d’hiver ?

RA : pas vraiment. L’essentiel va consister à alléger le bateau de 600 kilos. On a décidé que c’était indispensable pour espérer être à la hauteur des meilleurs IMOCA classiques, sans foils. Grosso modo, la chasse au poids va se faire au détriment des éléments de conforts. On va revenir à quelque chose d’assez spartiate.

 

VG : C’est un choix assez radical…

RA : c’est le seul qui nous permet de faire une vraie cure de jouvence à moindres frais. Et je n’oublie pas que lors de mon premier Vendée Globe, je naviguais sur Le Pingouin,  un bateau réputé pour être particulièrement inconfortable. D’une certaine manière, j’ai été à bonne école. On a fait le choix de rester dans une configuration classique, de ne pas se lancer dans l’aventure des foils. Outre le fait que c’est une option qui coûte très cher, je ne suis pas convaincu que l’ajout de ces appendices aurait amélioré significativement les performances du bateau. Une cure d’amaigrissement sera sans doute plus efficace.

 

VG : Comment aborde-t-on son deuxième Vendée Globe ?

RA : en parachutisme, on dit que c’est le deuxième saut qui fait le plus peur. On est un peu dans le même cas de figure. La deuxième fois, on ne peut pas avoir l’insouciance du bizuth. On sait à quel point, c’est dur d’aller naviguer dans ces coins-là. Pas tant physiquement que mentalement. On vit avec une épée de Damoclès sur la tête en permanence : il suffit d’une avarie, de la rencontre avec un OFNI pour que l’aventure se termine. Comme on est loin de tout, cela prend une dimension dramatique supplémentaire. Il faut comprendre que le Vendée Globe, c’est un emmerdement potentiel par jour. Quand on part pour la première fois, on ne l’a pas vécu. Là, on sait où on met les pieds. Du coup, j’ai décidé de me faire aider, de travailler avec une préparatrice mentale. A priori, ce n’était pas ma tasse de thé, mais à la réflexion, je crois que cela peut m’apporter beaucoup.

Je suis fondamentalement un solitaire dans l’âme. J’adore ça. Mais sur un Vendée Globe, entre l’éloignement, la durée et le stress de la compétition, certains moments sont plus difficiles que d’autres.

 

VG : Des objectifs sportifs pour cette deuxième participation ?

RA : Je ne me berce pas d’illusions. Avec le bateau dont je dispose (l’ex-Synerciel de Jean Le Cam devenu Newrest-Matmut en 2016), je ne peux pas espérer mieux qu’une place dans le top 10. Je me suis fixé des objectifs en termes de temps. Si je pouvais mettre 85 jours (soit trois jours de mieux que la performance de Jean Le Cam en 2012-2013), je serais content. Le classement, c’est très aléatoire : cela va dépendre de la casse au sein de la flotte. Mais mis à part le podium, ça n’a pas beaucoup de sens. Je m’entraîne beaucoup avec Damien Seguin : il sera un excellent mètre étalon durant le prochain Vendée Globe.

 

VG : Quel regard portez-vous sur la flotte en cours ?

RA : Les nouveaux foilers sont excitants. Maintenant, j’imagine mal quelle va être la vie des marins à bords. J’ai eu l’occasion d’aller naviguer sur le bateau de Sam et j’ai déjà été impressionné par la dureté des impacts. Sur les derniers-nés, on atteint des niveaux d’exigence physique qui me paraissent limites. Après, si j’avais à choisir, j’aurais plutôt tendance à me porter sur un des deux plans Verdier (APIVIA et Advens for Cybersecurity) qui me semblent plus vivables, moins extrêmes. Je suis aussi curieux de voir ce que donnera le plan Manuard d’Armel Tripon (L’Occitane en Provence).

 

VG : Dernière question : Sam Davies, votre compagne sera concurrente sur le prochain Vendée Globe. Comment la vie de famille s’organise-t-elle ?

RA : On ne va pas se mentir, c’est forcément un facteur de stress supplémentaire. Pour un marin, c’est très réconfortant de pouvoir s’appuyer sur l’autre membre du couple qui reste à terre. D’autant que notre fils est scolarisé. On est en train de réfléchir à des solutions pour que ce soit le plus fluide possible pour lui. Maintenant c’est une situation inédite. On en a pris concrètement conscience lors des vacances de Noël : le Vendée Globe, c’est quasiment demain. C’était les derniers vrais moments que l’on pouvait passer en famille, on a essayé d’en profiter sans arrière-pensées.

Avec Sam, on n’a jamais eu le besoin de beaucoup communiquer par téléphone. L’un comme l’autre, nous avons toujours eu besoin d’être dans notre course. Jusqu’ici on correspondait surtout par e-mail, c’est une habitude qu’on va garder. L’écriture oblige à prendre du recul à ne pas être dans l’émotion immédiate. Ce sera d’autant plus important que le destinataire des messages sera lui aussi en mer : inutile de rajouter de la pression à ce que l’on vit déjà.

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