30 janvier 2020 - 16h:09 • 3880 vues

Partager

Article

Dans trois mois, les IMOCA aborderont la dernière ligne droite avant le Vendée Globe. Ce sera tout d’abord la Transat CIC au départ de Brest, avant la New York Vendée Sables d’Olonne au mois de juin. Deux grandes courses transatlantiques en solitaire qui permettront de valider (ou non) les chantiers de cet hiver. Il ne restera plus que l’été pour procéder aux derniers aménagements.

C’est une ambiance studieuse qui règne au sein des écuries qui préparent le Vendée Globe. Tous les bateaux sont entrés en chantier avec, à la clé, des cahiers des charges plus ou moins conséquent suivant les ambitions du team, les améliorations à apporter… et le budget à consacrer au dossier.

 

Protéger le cockpit, une nécessité

Il est bel et bien terminé le temps où le skipper pouvait s’installer à la barre de son monocoque, le nez au vent, à contempler les houles du grand Sud. Au fil des éditions, les IMOCA ont gagné en vitesse et il s’est rapidement avéré que les solitaires se devaient d’être protégés des paquets de mer. Plus le bateau va vite, plus la question devient cruciale. La logique ultime voulait donc que l’on parvienne à des cockpits totalement fermés, voie initiée pour ce Vendée Globe 2020 par Alex Thomson (Hugo Boss) et Charlie Dalin (APIVIA). Cet hiver, plusieurs équipes ont décidé de suivre ce chemin : Fabrice Amedeo (Newrest Art et Fenêtres), Louis Burton (Bureau Vallée), Jérémie Beyou (Charal) ont choisi eux aussi une protection complète du cockpit.

S’ils n’ont pas opté pour des cockpits entièrement clos, nombre de marins ont ressenti le besoin de mieux se protéger : plancher surbaissé, casquette prolongée sont quelques-unes des astuces retenues par les équipes techniques : Alan Roura (La Fabrique), Alexia Barrier (4myPlanet), Damien Seguin (Groupe Apicil) ou bien encore Thomas Ruyant (Advens for Cybersecurity), Sam Davies (Initiatives Cœur) et Yannick Bestaven (Maître CoQ) ont souhaité rechercher le meilleur compromis possible entre protection efficace du skipper et volonté de garder un contact direct avec les éléments. Pour le dernier cité, une réflexion profonde sur le jeu de voiles a bouti à une modification du bout dehors sur lequel deux voiles d'avant pourront maintenant être amurées.

 

Grands travaux

Pour certains ce chantier d’hiver est l’occasion de procéder à des modifications de fond qui vont permettre d’espérer gagner en performance de manière significative. C’est le cas de Stéphane Le Diraison (Time for Oceans) qui a décidé d’équiper son monocoque de foils, de Boris Herrmann (Malizia 2 – Yacht Club de Monaco) qui, non content de faire dessiner une nouvelle paire de foils a choisi de transformer son étrave pour se rapprocher des modèles inspirés par les scows.

Pour Sébastien Destremau (Face Ocean), la mutation est encore plus radicale, puisque le skipper varois a changé de monture. Reste pour lui à apprendre à faire corps avec sa nouvelle machine.

Certaines modifications n’apparaissent pas comme particulièrement spectaculaires, mais elles peuvent changer profondément le caractère du bateau. Romain Attanasio (Pure) a décidé de se passer de nombre d’éléments de confort pour alléger considérablement son monocoque, espérant gagner plusieurs centaines de kilos. Jérémie Beyou a engagé un programme conséquent de maitrise des énergies douces, qui pourrait de plus apporter un gain de poids en diminuant drastiquement la quantité de fuel embarqué. Maxime Sorel (V and B – Mayenne) modifie ces réservoirs de gasoil qu'il scinde en deux parties pour mieux équilibrer le bateau, tout en réfléchissant à un nouveau système de matossage plus performant.

Kevin Escoffier (PRB) travaille quant à lui sur de nouveaux foils et une modification du cockpit. Enfin Jean Le Cam (Yes We Cam) outre de nouvelles dérives peaufine de nouveaux pilotes, le nerf de la guerre dans les mers du Sud.

Enfin, Isabelle Joschke (MACSF) a profité du mois de décembre pour réparer son système de quille fortement endommagé lors de la Transat Jacques Vabre et procéder aux aménagements prévus en fonction des navigations en solitaire à venir. Pour rattraper son retard en matière de vécu sur l’eau, la navigatrice est partie en solo dès la mi-janvier pour un périple de plus de 20 jours à travers l’Atlantique en vue des deux prochaines transatlantiques à venir.

 

Aménagements cosmétiques ou stand-by

Pour d’autres, le grand chantier se fera l’été prochain après le bilan des deux courses d’avant-saison. Louis Burton (Bureau Vallée 2), Kojiro Shiraishi (DMG Mori), Erik Nigon (Vers un Monde sans SIDA), Giancarlo Pedote (Prysmian Group), Miranda Merron (Campagne de France), Benjamin Dutreux (Water Family), Manuel Cousin (Groupe Sétin), Arnaud Boissières (La Mie Câline – Artisans Artipôle) ou Clarisse Crémer (Banque Populaire X) sont dans une logique d’optimisation de l’existant : révision générale, remplacement de pièces usées, nouveau jeu de voiles, changements de vérins de pilote, etc.

D’autres sont encore dans l’expectative le plus souvent faute de pouvoir engager des frais importants. C’est le cas de Conrad Colman (Ethical Racing), Didac Costa, Ari Huusela (Ariel 2) et Pip Hare (Pip Hare Ocean Racing). Pour eux, la première bataille sera de pouvoir être sur la ligne de départ.

 

Les favoris discrets

On imagine bien que les équipes des favoris travaillent d’arrache-pied pour pouvoir gagner ces quelques dixièmes de nœuds qui feront la différence sur un Vendée Globe. Jérémie Beyou est celui qui s’est le plus exprimé. Charlie Dalin a déjà évoqué un travail sur les voiles et l’accastillage, tandis que Sébastien Simon (Arkea Paprec), adoptera une nouvelle paire de foils spécialement dessinée en fonction des contraintes du Vendée Globe. Quelques changements ergonomiques sont aussi au programme. Thomas Ruyant parle d’une nouvelle paire de foils à venir. Pour Nicolas Troussel (Corum L’Épargne) et Armel Tripon (L’Occitane en Provence)  la donne est légèrement différente puisque leurs monocoques vont tirer bientôt leurs premiers bords. Mais nul doute que toutes ces équipes ne se limiteront pas à quelques modifications… il faudra attendre de les voir sur l’eau pour en savoir plus. La stratégie du secret est aussi une arme.