14 mai 2020 - 09h:50 • 7210 vues

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La plupart des marins du Vendée Globe n’ont pas navigué depuis des mois. Tous sont impatients de retrouver le goût du sel et de la compétition. La Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne qui partira le 4 juillet prochain leur en donnera l’occasion. Les réactions  (enthousiastes)  de Nicolas Troussel, Sébastien Simon, Damien Seguin, Armel Tripon, Benjamin Dutreux et Isabelle Joschke.

Organisée par la Classe IMOCA, soutenue par son partenaire principal, le département de la Vendée, et par la ville des Sables d’Olonne, la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne a été pensée autour d’un parcours de 3600 milles, sous forme de grand triangle en Atlantique nord. Dix à douze jours de mer en solitaire, sur un itinéraire totalement inédit entre les côtes françaises – départ et arrivée aux Sables d’Olonne –, l’ouest de l’Islande et le nord des Açores.

Une organisation adaptée aux contraintes sanitaires

Pour exister, la course devra s’adapter aux mesures sanitaires en vigueur. Il n’y aura donc pas de village de départ, ni d’accueil de public aux Sables d’Olonne. Les marins sont invités à se rendre directement sur la ligne de départ depuis leur port d’attache, sans passer par les pontons. Le dispositif d’arrivée pourrait être plus souple si la situation l’autorise. Mais pour l’heure, le principe de précaution impose un scénario strict et une organisation centrée sur le sportif, la sécurité et une communication 100% digitale qui permettra de faire vivre les péripéties de la course, jour après jour, grâce aux images et aux messages envoyés par les navigateurs.

Direction le Grand Nord !

Jacques Caraës, le Directeur de Course du Vendée Globe officiera également aux manettes de la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne, en compagnie d’Hubert Lemonnier : « Ce sera la seule course sportive et technique en solitaire que les skippers pourront disputer avant le départ du tour du monde le 8 novembre et, pour cela, il était très important qu’elle ait lieu. Sportivement, les marins ont besoin de naviguer en configuration solitaire. Techniquement, ils doivent valider les modifications effectuées cet hiver en chantier. Enfin, elle donnera à 11 skippers* la possibilité de se qualifier pour le Vendée Globe.» Le parcours, très original, pourra être exécuté dans un sens ou dans l’autre, selon la météo prévue avant le départ.

65 degrés nord, aux abords du cercle polaire, c’est vers cette latitude, bien plus nord que le cap Horn n’est sud, que le tracé emmènera la flotte. « C’est un programme ambitieux que nous souhaitions sélectif, poursuit Jacques Caraës. Sur ce grand triangle de 3600 milles (l’équivalent d’une transat), l’idée est d’aller chercher des systèmes météo actifs dans le nord de l’Atlantique et de faire naviguer les bateaux à différentes allures et dans différentes conditions. Avec la présence de glaces dans l’ouest de l’Islande, nous aurons le même genre de contraintes que dans le Grand Sud : il faudra mettre en place une zone d’exclusion pour éviter les bancs de banquise dérivants. »

Une répétition générale plébiscitée par les coureurs

La volonté de la Classe IMOCA et des organisateurs du Vendée Globe était en effet de confronter la flotte à des conditions et des situations variées pour la roder au mieux, avant le périple cet hiver autour de la planète.

Les marins en mal de navigation et de confrontation accueillent ce nouvel opus avec enthousiasme. 

Isabelle Joschke (MACSF) : « Cette course me stimule à fond ! Il va falloir s’y préparer : nous allons dans le froid, dans des coins un peu hostiles. Même si le temps devrait être à peu près clément, ce n’est pas rien d’aller naviguer entre l’Islande et le Groenland. C’est très amusant de se dire qu’on va grimper tout au nord alors que, en fin d’année, ce sera le grand sud qui nous attendra. On aura fait le tour de la planète ! Côté compétition, je suis impatiente d’aller me confronter aux autres en mode course avec les foils, qui imposent une tout autre façon de naviguer. Je vais aussi en profiter pour valider différents points, comme la vie à bord, les manœuvres, les limites basses et hautes du bateau. Et s’il me reste des milles à compiler pour ma qualification au Vendée Globe, je mets surtout l’accent sur mon besoin de m’entraîner ».

Damien Seguin (Groupe Apicil) : «  C’est super d’avoir cette course en ligne de mire ! On avait du mal à imaginer partir sur le Vendée Globe, alors que la dernière compétition en solo, c’était la Bermudes 1000 Race il y a un an. Le parcours est vachement sympa, ça donne envie d’y aller. Nous avons déjà travaillé un peu le sujet avec Christian Dumard (conseiller météo) qui connaît bien le coin, là-haut. On n’a pas l’habitude de fréquenter ces endroits avec nos bateaux… Sur cette course, il y a énormément d‘objectifs pour moi : faire des milles avec le bateau, tester les changements réalisés en chantier cet hiver et naviguer tout simplement. Je suis qualifié, j’ai beaucoup navigué ces trois dernières années et je n’ai pas à prendre plus de risque que ça… Pour moi, c’est la course idéale. Et une répétition générale indispensable pour nous, pour la classe et pour l’organisation du Vendée Globe. »

© Eloi Stichelbaut / polaRYSE / CORUM L’EpargneNicolas Troussel, skipper de Corum l’Epargne, dont le bateau, dernier-né de la flotte IMOCA, a été mis à l’eau le 5 mai : « En termes de qualification, je ne suis pas obligé de participer à la course. Si ça part bien début juillet, nous verrons où en est notre préparation. Nous avons d’abord besoin de naviguer sur le bateau et de tout tester avant de nous engager sur une course. C’est très positif d’avoir cette opportunité, mais notre objectif est d’abord d’être prêts le 8 novembre. Si ça nous met dans le rouge sur le programme, on ne la fera pas… »

Benjamin Dutreux (Water Family – Oceania Hôtels) : “ La course va nous permettre d’aller loin, là où il fait froid ! J’ai fait ma première transat en double lors de la Transat Jacques Vabre, et en solo en retour. J’y ai découvert l’équateur, je vais maintenant aborder quelque chose qui ressemble un peu aux mers du Sud. Je serais allé naviguer là-bas de toute façon, et c’est encore mieux si cela se fait dans le cadre d’une course. C’est intéressant de découvrir encore le bateau tout en se confrontant aux autres. Je suis qualifié, je ne cours pas après les milles et je vais me faire plaisir : ça va faire beaucoup de bien d’aller prendre l’air ! »

Sébastien Simon (Arkea-Paprec) : « Il faut qu’on éprouve les bateaux avant de partir autour du monde et il faut passer le plus de temps possible en mer. Cette course ne remplace pas deux transatlantiques en solitaire, mais cela permet de s’adapter dans un contexte où nous n’avons pas eu le choix. »

Armel Tripon (L’Occitane en Provence)  : « L’objectif est de revenir sur l’eau le plus vite possible pour se préparer pour le départ de la Vendée-Arctique-Les Sables d’Olonne. Ce sera pour moi l’occasion de découvrir le bateau en solitaire. Nous avons pour l’heure fait une douzaine de navigations, souvent en faux solo dans les manœuvres, mais il va falloir renouer avec les repères et le rythme. L’Occitane en Provence aura été équipée de son second foil, elle ne fera plus de ronds dans l’eau (il rit). Je vais attaquer la course avec différents objectifs : faire naître la cohabitation entre le skipper et le bateau, engranger de l’expérience, faire progresser ma compréhension du bateau sur un parcours sympa. Aller aussi nord, dans des coins que personne ne connaît, ça ouvre le jeu, ça met du piment ! »

*  7 skippers doivent effectuer un parcours en solitaire de 2000 milles, validé par la direction de course. 4 doivent disputer une grande course en solitaire équivalente à une transat.