23 juillet 2020 - 13h:16 • 4407 vues

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Clarisse Crémer sourit, mais elle se bat. La skipper de Banque-Populaire X est bizuth, mais elle apprend très vite. Interview d’une HEC faite pour voyager.

EN BREF

Date de naissance : 30 décembre 1989
Lieu de naissance : Paris
Lieu de vie : Locmiquélic (Bretagne)

Études et parcours professionnel hors voile : « Après avoir obtenu un Bac S à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), j’ai intégré une école ‘prépa’ à Sainte-Geneviève, à Versailles. Puis j’ai poursuivi mes études à HEC avant de fonder avec mon frère la start-up Kazaden.com, qui est spécialisée dans la réservation de séjours outdoor ».

LES DEBUTS

Où, quand, dans quelles circonstances avec-vous tiré vos premiers bords ?
« C’est l’histoire des vacances de mon enfance, chez mes grands-parents, entre Toulon, Jersey et la Bretagne. On passait nos vacances dehors à jouer avec mes frères et sœurs. On était constamment recouverts de sable et de sel. J’y ai appris le grand air et l’initiation à la voile. Quand j’avais 12 ans, nous avons participé avec mes cousins aux 4 heures de Carnac à bord d’un petit catamaran. C’était dingue : j’avais l’impression d’avoir vécu le Vendée Globe. »

Comment/pourquoi est né votre désir de faire de la course au large ?
« Pour décompresser à l’issue de semaines très denses avec ma start-up, j’avais l’habitude d’aller en Bretagne le week-end retrouver Tanguy Le Turquais, mon ami, qui aime beaucoup naviguer. Après m’être installée avec lui, je l’ai suivi sur les pontons, notamment à l’arrivée de la Mini-Transat à laquelle il a participé en 2013 et 2015. Il y avait une forme d’enchantement et d’émerveillement à voir ces marins partager cette grande aventure. On sentait une connexion entre eux, un lien fort et ça m’a donné envie de le vivre de l’intérieur. »

A partir de quand et pourquoi est-ce devenu un projet de vie ?
« Je n’ai jamais eu de plan défini. À l’issue de la Mini-Transat, j’ai eu la chance d’enchaîner avec la Transat AG2R aux côtés de Tanguy (Le Turquais). Puis, j’ai participé à la Solitaire du Figaro et j’ai découvert un autre monde avec la préparation intense, la difficulté à enchaîner les entraînements pendant l’hiver sur l’eau et dans le froid. Ensuite, j’ai eu la chance d’être sollicitée par le Team Banque Populaire afin de participer au Vendée Globe. J’ai toujours apprécié l’esprit de compétition qui a nourri chez moi une envie constante de progresser et de tout donner. »

Un résultat ou l’expérience dont vous êtes la plus fière ?
« Ma participation à la Mini-Transat, en 2017, a eu valeur de révélation. Il s’agit d’un des rares souvenirs de bord où je ne pensais même pas à la ligne d’arrivée. J’étais simplement heureuse d’être en mer. J’avais arrêté de me renseigner sur les classements. Et à l’arrivée, ma surprise a été totale : j’ai découvert que j’étais sur le podium (3e et 2e de chaque étape) ! Psychologiquement, je m’étais préparée pour être dernière… Je n’en croyais pas mes yeux ! »

DU TAC AU TAC

Votre qualité principale dans la vie ? « Je suis très enthousiaste ! »
Votre principal défaut dans la vie ? « Je suis parfois un peu abrupte. Je dis ce que je pense parfois sans réfléchir et ça peut vexer les gens. »  
Si vous étiez un animal ? « Une mouette rieuse »
Si vous étiez un film ? « The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson »
Si vous étiez une musique ? « ‘Born in the USA’ de Bruce Springsteen. Je l’écoutais à la Mini-Transat : ça n’a aucun sens, mais elle me donnait envie d’être une championne ! »
Votre couleur ? « Bleu »
Votre rêve de bonheur ? « Je veux connaître le plus possible de moments de joie ! »
Votre héros dans la vie ? « Mon chien (rires) ! Non, je sèche… Joker ! »
Si vous n’étiez pas coureur au large, vous seriez ? « Paysagiste »

MON VENDEE GLOBE 2020

Vos ambitions sur le VG 2020 
© BPCE / Martin Keruzoré« Accepter le challenge de Banque Populaire, c’est parier sur ma capacité à apprendre et à rassembler toute mon énergie et toutes les compétences de l’équipe pour réussir. Je me sens capable de tout donner, d’avoir la niaque et de faire face aux difficultés pour passer trois mois en mer et franchir la ligne d’arrivée aux Sables d’Olonne. »

Votre point faible
« Comme tous les bizuths, nous avons un déficit d’expérience. On ne sait pas à quoi s’attendre, on n’est jamais allé dans les mers du sud... Par ailleurs, même si je m’améliore et que je me suis bien formée, je ne suis pas forcément la plus solide techniquement sur un bateau. »

Votre arme fatale 
« Le fait de me dire constamment la chance que j’ai d’être sur l’eau et d’être une privilégiée. »

Que serait un Vendée Globe réussi pour vous ?
« Le rêve, c’est de pouvoir le terminer, d’aller au bout de ce tour du monde et de pouvoir partager cette joie-là avec tous ceux qui ont contribué à cette belle aventure »

Qu’avez-vous envie de partager ?
« Ce qui me donne de l’énergie, c'est tous les retours des gens qui nous suivent. Ça leur permet d’ouvrir une parenthèse salée et fraîche dans leurs journées et de s’évader quelques minutes. Qu’ils puissent faire le plein d’émotions positives, au bureau, à l’hôpital ou chez eux, cela donne un sens à notre aventure. Et ça me donne envie de partager tout de façon la plus authentique possible, les bons comme les mauvais moments. »

En trois mots, le Vendée Globe pour vous, c’est ?
« Une grande aventure ! »

Trois images que vous avez du Vendée Globe :
« Les larmes d’Armel à son arrivée en 2016. Cela m’a marquée a posteriori : pour avoir appris à le connaître, je me rends compte de toutes les émotions qu’il a dû traverser avant de s’imposer ».
« Ellen MacArthur en haut de son mât. C’est une ‘guerrière’, elle a été impressionnante du début jusqu’à la fin malgré les difficultés rencontrées ».
« Il y a aussi toutes les vidéos qui illustrent des moments fun, légers. On voit le plaisir que prennent les skippers, quel que soit leur classement ».

Quel skipper vous inspire ?
« Sam Davies »

Vous ne partiriez pas autour du monde sans…
« Quelques photos de ma famille et de la bonne nourriture ! »

Actions environnementales ou scientifiques : « Même si nous n’avons pas de programme spécifique en la matière, j’essaie de faire attention au quotidien. À titre d’exemple, on a banni les bouteilles de plastique à bord. »

Les inscriptions sont ouvertes : Réservez votre place au village