29 août 2020 - 17h:40 • 1879 vues

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Il fait partie des heureuses surprises de Vendée Globe. Malgré une expérience limitée en solitaire, Kevin Escoffier s'est immédiatement adapté aux exigences de la conduite d'un IMOCA, menant régulièrement son PRB aux places d'honneur sur les courses d'avant-saison. A y regarder de plus près, l'expérience du navigateur malouin et son éclectisme constituent de solides arguments.

MON PARCOURS

Général

Date de naissance : 4 avril 1980

Lieu de naissance : Saint-Malo

Lieu de vie : Lorient

 

Etudes et parcours professionnel :

« J’ai suivi une formation d’ingénieur en mécanique des matériaux et des structures. J’ai fait 3 ans à l’EPF à Paris, 2 ans à l’École polytechnique de Montréal et 8 mois à l’Université du Maryland. Une fois de retour en France, j’ai intégré Mer Agitée, à Port-La-Forêt, afin d’y réaliser mon projet de fin d’études auprès de Michel Desjoyeaux. Là, j’ai notamment travaillé sur des Orma et j’ai eu la chance de participer à la construction de deux bateaux : le multicoque Crêpes Whaou II et l’IMOCA PRB de Vincent Riou. »

 

Débuts

Vos premiers bords : où, quand, dans quelles circonstances ?

« C’est une histoire de famille. J’ai grandi auprès d’un père (Franck-Yves Escoffier) qui faisait beaucoup de bateau. Après avoir développé son entreprise de pêche, il a participé en multicoque à des courses prestigieuses dont la Route du Rhum et la Québec-Saint-Malo. J’ai davantage de souvenirs liés à la mer plutôt qu’à la voile, notamment quand on partait en croisière avec mes parents. Se lever tôt, ressentir le froid, apprécier le temps différemment… En mer, les sensations sont toutes plus intenses, de jour comme de nuit. »

 

Comment/pourquoi est né votre désir de faire de la course au large ?

« Je n’ai jamais eu de déclic. J’ai l’impression d’avoir toujours aimé le large. Et puis, j’ai eu la chance de participer à des transats avec mon père, notamment la Québec-Saint-Malo en 2000 et en 2004. Je me rappelle d’ailleurs d’un convoyage entre Newport et Québec où j’avais pris beaucoup de plaisir. C’est indépendant des compétitions mais cela ne m’empêche pas d’aimer simplement être sur l’eau. »

 

A partir de quand et pourquoi est-ce devenu un projet de vie ?

« Ça ne s’est pas imposé brutalement. À la mise à l’eau de PRB en 2008, Banque Populaire m’a proposé de devenir responsable du bureau d’études. J’ai eu la chance de participer à plusieurs projets passionnants : on a conçu deux IMOCA, navigué sur l’ex-Groupama 3 (Banque Populaire VII) et remporté le trophée Jules-Verne en 2011. Par ailleurs, j’ai participé à deux Volvo Ocean Race (2014-2015 et 2017-2018) et à l’issue de ces expériences, j’étais tenté par une aventure en solitaire. Là, j’ai eu un déclic, en me disant que c’était le bon moment et pour ne pas regretter de ne pas l’avoir tenté. Et j’ai eu la chance d’être contacté par PRB. »

 

Un résultat ou l’expérience dont vous êtes le plus fier ?

 « Il y en a deux. Premièrement, le Jules-Verne en 2011. J’étais très fier, pas seulement pour le résultat – le record aurait aussi été battu avec quelqu’un d’autre à ma place – mais pour l’ensemble du projet réalisé, de la conception au résultat final. Et puis il y a la Volvo Ocean Race. Je garde un excellent souvenir de ma première participation (2014-2015) avec Charles Caudrelier, Pascal Bidegorry, Eric Peron, Thomas Rouxel… C’était un peu l’école française face aux Anglo-saxons ! Et cela m’a aidé à prendre davantage confiance en moi. »

 

DU TAC AU TAC

Votre qualité principale dans la vie ? « Je suis quelqu’un de très persévérant. Je ne me considère pas comme quelqu’un de talentueux mais qui travaille dur pour arriver à son but. Quand il y a un objectif, je fais tout pour l’atteindre ! »  

 

Votre principal défaut dans la vie ? « À vouloir constamment tout donner dans un projet, cela peut devenir presque obsessionnel, ce qui n’est pas facile à vivre pour mon entourage ».

 

Si vous étiez un animal ? « Un béluga… Parce que c’est beau ! (rires) »

Si vous étiez un végétal, un film, une musique, une couleur ? « Je ne me suis jamais posé ce type de questions… Joker ! (rires) »

Votre rêve de bonheur ? « Je ne suis pas sûr qu’il y ait un seul et unique bonheur. Je pense plutôt qu’il y a une multitude de petits bonheurs. Et la vie est réussie à partir du moment où on les multiplie ! » 

Votre héros dans la vie ? « Je n’ai pas un tempérament à être fan. En revanche, je peux être très impressionné par des parcours et par des personnalités qui ont émergé grâce à leur travail ou à leur talent. Récemment, j’ai lu un livre à propos d’Évariste Galois qui a révolutionné les mathématiques alors qu’il est décédé à 20 ans (1811-1832). C’est saisissant ! »

Un aphorisme ? « Ce n’est jamais assez ! »

Si vous n’étiez pas coureur au large, vous seriez… « Dans un autre milieu mais qui ressemble beaucoup au nôtre :  le sport mécanique (F1, rallye, MotoGP). Car dans ces deux domaines, on a la possibilité de penser à un modèle, de le concevoir, de l’utiliser en l’espace de quelques années. Dans l’aéronautique, il faut plus de 15 ans pour voir enfin voler l’avion sur lequel vous travaillez ! »

MON VENDEE GLOBE A MOI

Vos ambitions sur le VG 2020 :

« L’objectif premier, c’est de parvenir à finir. Ensuite, j’espère me battre pour être le premier bateau d’ancienne génération. Si j’y parviens, je serais très heureux. »

 

Points faibles (qu’est-ce qui vous empêcherait d’atteindre votre objectif, en dehors de la casse) : « Je vais devoir veiller à ne pas être trop gourmand et faire attention de ne pas être en surrégime. Je ne suis pas très tempéré mais le Vendée Globe est une course très longue, il peut y avoir beaucoup de casse. Il va falloir ménager le bateau et ne pas tenter de suivre les meilleurs à tout prix. »

 

Votre arme fatale : « Mon bateau ! Il est certes moins rapide que ceux des favoris mais il est très polyvalent, ce qui sera essentiel pour s’adapter aux variations de la météo. »

 

Que serait un VG réussi pour vous ? « Si je parviens à finir dans le Top 5, je serai comblé ! »
Qu’avez-vous envie de partager ? « J’ai envie de partager ce qu’est la vie à bord. Aujourd’hui, le grand public a accès aux sports partout, tout le temps. Sauf que ce qui fait l’essence de la course au large, c’est que ça ne s’arrête jamais. C’est ce que j’espère transmettre pendant ce tour du monde. »

 

En trois mots, le VG pour vous, c’est… Une course planétaire en solitaire !  

Trois images que vous avez du VG : « Il y a bien sûr la victoire d’Armel Le Cléac’h lors de la dernière édition. C’était très particulier, d’autant que j’avais participé à la construction du bateau et que son succès était l’aboutissement d’un beau travail d’équipe. Par ailleurs, nous avons tous en tête Raphaël Dinelli debout sur son bateau après avoir chaviré ou les problèmes de quilles de Kito de Pavant lors de la dernière édition. Bien entendu, nous pouvons tous nous retrouver dans des situations désagréables mais dans 99% des cas, ça se termine très bien. »


Quel skipper vous inspire ? « J’ai eu la chance de naviguer avec de très bons skippers : Michel Desjoyeaux, Loïck Peyron, Pascal Bidegorry, Franck Cammas, Charles Caudrelier... Ils ont tous un palmarès très étoffé et en même temps, ils ont chacun des façons de naviguer différentes. »


Vous ne partiriez pas autour du monde sans… « De bonnes réserves de nourriture ! J’aime beaucoup manger et je suis très friand des conserves de poissons (maquereau, anchois, sardine…) ! »  

 

Actions environnementales/scientifiques sur ce TDM : « Avec PRB, nous soutenons le WWF qui s’affiche d’ailleurs sur le bateau. En matière d’environnement, je pense que nous devons nous interroger sur les sports de compétition. Et si à l’avenir les critères pour qu’un projet soit gagnant reposent aussi sur son impact environnemental ? »

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