16 septembre 2020 - 12h:58 • 953 vues

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Il est diplômé de philo et de Sciences Po Paris, a eu une première vie de journaliste avant d’embrasser, corps et âme, une carrière de marin. Onzième en 2017, Fabrice Amedeo s’embarque avec une passion redoublée pour son deuxième tour du monde en solitaire.
 

Né le 21 février 1978 à Château-Gontier (Mayenne)
Vit à Levallois-Perret/La Trinité-sur-Mer

MON PARCOURS

Ma première vie : « J’ai une maîtrise de Philosophie et un diplôme de Sciences-Po Paris. En 2016, avant de participer à mon premier Vendée Globe, j’ai fait sur le tard un Master à HEC pour mieux comprendre et intégrer la gestion de projet, pour pouvoir m’atteler à un Vendée Globe. »

Mes premiers bords : « Mes premiers bords, je les ai faits sur le lac de Pareloup en Aveyron à l’âge de 2 ans sur une Caravelle que j’ai d’ailleurs gardée ! C’est celle de mon grand-père et je navigue toujours dessus avec mes filles. Et puis, nous avons ensuite navigué chaque été avec mes parents à bord du First 22 puis 28. Ce bateau était notre maison de vacances. On passait trois fois un mois dans l’année sur l’eau tous ensemble avec mes frères et sœurs. C’était formidable ! »

Mon désir de large : « J’aime par-dessus tout être sur l’eau, je suis un amoureux de la mer. Et puis, je suis un compétiteur. Plus jeune, je pratiquais assidument et à bon niveau le judo et l’athlétisme. Les deux ensembles, ça donne une passion pour la course au large.

La course au large comme projet de vie : « J’étais journaliste au Figaro et en 2008 j’ai pris une parenthèse de 6 mois pour participer à la Transat AG2R et à La Solitaire du Figaro. Quand je suis rentré à la rédaction, j’ai eu le déclic : je voulais écrire ma propre histoire. Je me suis mis ensuite au Class40 et puis lancé dans un projet Vendée Globe en 2015. J’ai définitivement troqué mon costard pour le ciré car c’est un métier à part entière de trouver des sponsors et naviguer en même temps. Je suis un homme heureux de ce choix ! »

Le résultat ou l’expérience dont vous êtes le plus fier ? « D’avoir terminé mon premier Vendée Globe en 2016 ! »

DU TAC AU TAC

Votre qualité principale dans la vie ?
 « La ténacité »  
Votre principal défaut ? « Je suis un solitaire, j’aime la solitude. C’est aussi un avantage sur un Vendée Globe ! »
Si vous étiez un animal ? « Un dauphin… pour pouvoir ne pas dormir la nuit. Un dauphin ne dort jamais, lorsqu’une moitié de son cerveau dort, l’autre reste éveillée. J’ai un souvenir fort de Laurent Bourgnon en 1991 qui avait évoqué cela après La Baule-Dakar. C’est ce dont il rêvait et il en avait déjà parlé à Bertrand de la Giclais, pionnier de l’étude du sommeil à l’hôtel Dieu à Paris, le tout premier à installer des électro-encéphalogrammes sur les coureurs au large. »
Si vous étiez un végétal, un film, une musique ? « Un roseau car Le Chêne et le Roseau est la fable de La Fontaine que je préfère. Un film, ce serait The Constant Gardener, adaptation de la Constance du jardinier de John Le Carré. Sublime ! Pour la musique, Guns and Roses, j’écoutais ça en boucle quand j’étais adolescent en mer… »
Votre rêve de bonheur ? « Une retraite paisible en Polynésie. J’y suis déjà allé deux fois, je m’y sens bien, il y a des endroits très authentiques. » 
Votre héros dans la vie ? « Bernard Moitessier. J’aime son message à la fin du Golden Globe en 1968 « Je continue sans escale vers les îles du Pacifique parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme ».
Un aphorisme ? « Une phrase de Mohammed Ali que j’avais inscrite en toutes lettres à l’intérieur de mon bateau en 2016 : « Impossible n’est rien qu’une excuse avancée par ceux qui trouvent plus facile de vivre dans le monde qui leur a été légué plutôt que de chercher en eux la force de le changer. Impossible n’est pas un fait, c’est une opinion. Impossible n’est pas une fatalité, c’est un défi. Impossible est provisoire. Impossible n’est rien »
Si vous n’étiez pas coureur au large, vous seriez… « Journaliste ! »

MON VENDEE GLOBE 

Vos ambitions sur le Vendée Globe 2020 : « Je veux finir ! Il faut se battre pour terminer un Vendée Globe. Ce sera d’autant plus fort sur cette édition 2020 qui est quand même très spéciale. La Covid 19 n’a pas permis de s’organiser comme on le souhaitait, je pense que ce pourrait être une édition difficile et que boucler la boucle sera une vraie performance. »

Qu’est-ce qui vous empêcherait d’atteindre votre objectif (en dehors de la casse) : « J’ai parfois tellement d’admiration pour certains marins hyper professionnels sur des bateaux ultra performants, comme Jérémie Beyou ou Charlie Dalin, que je m’interdis d’aller là où ils vont. Je m’impose un plafond de verre. J’y travaille, c’est un mécanisme intime dont il faut que je me débarrasse. »

Votre arme fatale : « Ma volonté d’y aller et d’y retourner. Mon envie d’aller sur l’eau et mon véritable bonheur d’être en mer. »

Que serait un Vendée Globe  réussi pour vous ? « Franchir la ligne d’arrivée le 28 janvier 2021, le jour des 13 ans de ma fille aînée ! »

Qu’avez-vous envie de partager ? « Mon bonheur dans les mers du sud. J’aime le Grand Sud, on laisse la compétition de côté, on est clairement sur le registre de l’aventure. Je me souviens de conditions dures, ciel gris, beaucoup de vent, énorme houle, j’ai adoré ces moments ».

En trois mots, le Vendée Globe pour vous, c’est… « Aboutissement, mers du sud, rêve ».

 En trois images le Vendée Globe c’est :
- « La première, c’est au large des Kerguelen en 2016, début décembre, il y avait 40 nœuds, de la neige et cinq albatros qui me suivaient. Je suis dans le dur. Je dé-zoome la cartographie et je me dis que je suis très loin de chez moi. C’était dingue !
- La deuxième, c’est mon arrivée au cap Horn avec 55 nœuds de vent, des collines de mer de plus 10 mètres. Sur bâbord, je voyais les montagnes de Patagonie enneigées. Magique !
- Et puis, il y aussi mon arrivée aux Sables d’Olonne, au large de Brétignolles-sur-Mer, je vire de bord et j’aperçois plein de bateaux venir à ma rencontre. Je l’avais fait ce tour du monde ! »

Quel skipper vous inspire ? « Loïck Peyron car il allie le talent du marin et du communiquant. J’aime aussi Michel Desjoyeaux qui a le talent du régatier absolu et puis Sébastien Josse pour son humilité. »

Vous ne partiriez pas autour du monde sans… « Du matériel photo et vidéo pour partager ce que je vis. Pour moi, c’est indissociable d’un Vendée Globe. »  

Actions environnementales/scientifiques sur ce Tour du Monde : « A bord de Newrest – Art & Fenêtres, j’ai des capteurs permettant de mesurer la teneur en CO2 des océans, la salinité et la température de l’eau. L’idée, c’est de mieux comprendre le réchauffement climatique. Il y a aussi à bord un module capable de mesurer la présence de microplastiques dans les mers du sud notamment. J’ai également mis en place un projet pédagogique avec l’éducation nationale sur la protection des océans. »

 

Préparez votre venue sur le village du Vendée Globe : Ouverture des inscriptions le 6 octobre