19 Octobre 2020 - 17h44 • 3123 vues

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Depuis sa Transat Jacques Vabre 1999 avec Emma Richard en 50 pieds, la navigatrice britannique Miranda Merron a écumé les océans sur les plus grandes épreuves au large : Trophée Jules Verne, Volvo Ocean Race. Elle sait donc parfaitement dans quoi elle s’engage. Pour elle, à ce stade de sa vie, il était temps de prendre le départ du Vendée Globe.

Comment se sont passés ces derniers jours et le convoyage vers Les Sables d’Olonne, comment vous sentez-vous ?
Maintenant bien, mais nous avons eu un problème, une panne mécanique sur le moteur.  Il a failli prendre feu, ce qui est malheureux, mais comme dit Halvard (ndlr son compagnon et navigateur français Halvard Mabire), "il vaut mieux que ça arrive maintenant que pendant la course".

Vous êtes une petite équipe, avez-vous des frustrations en ce qui concerne votre projet ?
Je suppose que mon seul regret est que nous n'ayons pas eu un budget plus conséquent, pour pouvoir avoir une personne supplémentaire dans notre équipe pour nous aider depuis le début. Nous aurions aimé raccourcir légèrement le gréement. Avec le Covid, nous n'avons finalement pas eu le temps. Nous avons vraiment mis le paquet dans les voiles avec All Purpose, j'ai donc de très belles voiles. Nous avons ajouté une deuxième drisse pour pouvoir utiliser un gennaker fractionné (ndlr amuré sur le bout dehors) et une voile que j'appelle la Mule amurée à l’étrave, ce qui me permet d’avoir les deux voiles en l’air en même temps. Je pense que ce sera intéressant quand il y aura « baston » dans le Sud.

Vous avez déjà dit que vous souhaitiez vous déconnecter du monde extérieur pendant la course, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
J’ai peu d’Internet, nous n'avons pas vraiment le budget nécessaire, donc je ne pourrai pas surveiller la flotte autour de moi. C'est une chose. Quelqu'un m'enverra les positions et les nouvelles par e-mail. C'était comme ça sur la Vendée-Arctique- Les Sables d’Olonne et je ne peux pas me plaindre. C'est assez agréable d’imaginer trois mois de déconnexion, sans gmail, sans nouvelles du COVID. Halvard et moi utiliserons WhatsApp quand nous en aurons besoin, et nous avons convenu que ce ne serait pas seulement pour se dire ce qui ne fonctionne pas, mais aussi pour se dire "tout est ok". J'aime l'idée d’une vie qui se limite à un bateau, la mer, le ciel.

Comment, en général, gérez-vous les crises qui se produisent à bord ?
Je crois qu’en général, je suis assez stable émotionnellement. Cela vient avec l'âge ! Et comme on ne peut pas faire grand-chose, on ne peut pas appeler un taxi … On peut  rapidement avoir des hauts et des bas sur la course, mais moi, je suis plutôt sable.

Comment votre projet est-il reçu, vous avez beaucoup de retombées médiatiques, des gens qui vous suivent ?
Oui, nous avons eu pas mal de médias, ESPN aux États-Unis, quelques-uns au Royaume-Uni. En Normandie aussi, on a des médias et de nombreuses écoles ont souhaité suivre le projet. Nous avons beaucoup de soutien de la part des gens et c'est frustrant de ne pas avoir le temps de leur répondre et de les remercier. Notre partenaire Campagne de France a été formidable, ils nous soutiennent depuis 2011. Alors je suis très heureuse d'être ici, de leur permettre de disputer un Vendée Globe. Évidemment je veux le faire pour moi, mais aussi pour les remercier pour toutes ces années.  

Vous êtes « bizuth » sur le Vendée Globe mais vous avez l'expérience du Sud. Comment appréhende-t-on cela ?
J'ai été dans le sud lors du Jules Verne et sur la Volvo. D’après ce que je connais de là-bas, ce n'est pas un endroit fait pour l'humanité ! Le Vendée Globe n'est pas une course en baie de Quiberon ! C'est un engagement majeur d’aller dans le Grand Sud. Je pense que les gens oublient cela.

Appréciez-vous les moments difficiles à bord ?
Comme le dit mon amie Sam Davies, "si tu n'as pas pris une bonne claque sur l’eau, tu ne mérites pas ta bière à la fin de la course". Mais je n'aime pas me mettre dans des situations dangereuses. Le danger c’est toujours la mer, pas le vent. Je peux compter sur les doigts de ma main le nombre de fois où j’ai navigué sur une mer vraiment effrayante. Les questions sont toujours de savoir combien de temps ça va durer, si vous devez y aller ou si vous devez en sortir. La véritable clé est de ne pas se faire surprendre.

Qu’en est-il de votre préparation, en dehors de la navigation pure sur le bateau ?
J'espère en avoir fait suffisamment. J’aurais vraiment aimé avoir le temps de faire du fitness, de prendre le temps de parler aux médias, de mieux étudier la météo pendant que quelqu’un s’occupe du bateau. La réalité, c’est qu’Halvard et moi sommes les seules personnes à temps plein sur le projet, nous devons donc être sur tous les fronts. Mais bon, avec le confinement, j'aurai du temps la dernière semaine avant le départ. Je n'ai pas fait de cours de météo pour le Vendée Globe, par exemple. Comme je n'ai pas été dans le Sud depuis longtemps, j'ai demandé à Adrienne Cahalan de m'aider et elle l'a fait, c’est l’esprit de solidarité féminine de Royal SunAlliance (ndlr elles ont disputé ensemble, en 1998, le Trophée Jules Verne à bord d’un équipage exclusivement féminin) !

 

 

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