25 Octobre 2020 - 18h08 • 2954 vues

Partager

Article

Dans le cockpit de son bateau où il nous reçoit, le skipper italien s’agite comme une pile électrique. Avec une énergie communicative, dans un français imagé et à grands renforts de gestes, il répond à nos questions tous azimuts…

Tu es suspendu au téléphone, tu as l’air de courir un peu partout, mais tu gardes le sourire…
Oui, derniers jours de préparation pour Prysmian Group ! Je suis un peu comme un poulpe, j’ai les mains partout ! Et évidemment il faut garder la bonne humeur. Il y a beaucoup de choses à faire, mais c’est moi qui ai choisi d’être là. Je savais que ce ne serait pas simple parce qu’on est une petite équipe. Parfois, il y a un peu d’improvisation ! Il y a des petites choses qui ne vont pas comme on veut, alors il faut improviser, être flexible et faire preuve d’élasticité ! Je commence à faire mon métier de marin à terre comme ça je garde un peu d’entrainement et le jour du départ, ce sera bien !

Comment t’es-tu préparé à ce challenge qu’est ton premier Vendée Globe ?
Un peu comme pour toutes les autres courses. J’ai cherché à connaître le bateau le mieux possible : naviguer et faire des débriefings constructifs, avoir des vitesses intéressantes par rapport au potentiel du bateau. Après j’ai essayé de me former au mieux au parcours du point de vue météo. J’ai aussi prêté beaucoup d’attention à l’aspect nourriture et aux vêtements. Ce sont aussi des choses importantes. Pour le reste, je me laisse surprendre ! Je suis conscient que l’on va naviguer dans des endroits difficiles, je sais que ce n’est pas de la rigolade le Grand Sud. J’en suis conscient depuis des années. Je vais affronter cela en bon marin, je pense qu’une fois que l’on y est, on commence à sentir les choses, la densité de l’air, les phénomènes météo et en fonction de tout ça, normalement les décisions se prennent toutes seules. Chacun de nous navigue un peu à sa façon. On sait très bien qu’il y a des moments où l’on peut accélérer « mettre le pied sur le champignon » comme on dit en France ! Et il y a des moments où il faut plutôt lever le pied parce que l’on commence à stresser pour les matériaux, parce que la mer peut être courte, parce que l’on a un petit problème technique à gérer donc il faut un peu ralentir.

© Jean-Marie Liot

Tu es le cinquième skipper italien à prendre le départ. Tu as le potentiel pour faire peut-être le meilleur résultat de tous les transalpins !
Le classement du Vendée Globe c’est toujours quelque chose d’imprévu. Déjà sur des petites courses, on passe « du sourire aux pleurs » en quelques secondes, parce que l’on peut avoir une collision avec un OFNI ou un problème technique très important à tout moment. Donc c’est vrai que le classement, pour l’instant je ne veux pas trop y penser, même si je sais que mon bateau a du potentiel et que j’ai fait toutes les étapes du championnat IMOCA, que je ne débarque pas de nulle part. Disons que j’ai les éléments, mais après, il y a un facteur chance dans une course comme ça.

Quel retentissement ton projet a t-il en Italie ?
Notre projet est suivi par les passionnés de voile. Ici, en France, avec toute la côte ouest touchée par l’océan, les gens sont naturellement voués à s’intéresser à une manifestation comme le Vendée Globe. En Italie, on n’a pas l’océan, ça ajoute une petite complexité pour faire en sorte que le Vendée Globe puisse ouvrir les portes des médias généralistes. Mais tous les passionnés de voile suivent l’événement dans les journaux de sport. Ce que j’espère - car je suis vraiment un passionné de mon sport - c’est que je puisse « contaminer d’autres gens » avec ma passion !

© Yvan Zedda / Alea / VG 2020

En quoi va consister la tambouille du bord ?
Chuuuuut (il rit) ! La nourriture embarquée, pour un Italien, c’est un secret. Sans blague, je suis désolé, mais c’est un secret. Comme tous les secrets, je peux te donner quelques petits indices : je prends 25% de lyophilisé et pour le reste, je vais faire de la cuisine ! Car ça va être long. Je prends juste des ingrédients et ensuite je serai inspiré par les conditions et si la météo le permet, je cuisinerais comme à la maison !

Ce qui veut dire que tu n’embarques pas uniquement une bouilloire ?
Ça fait partie du secret, mais oui, j’embarque d’autres ustensiles de cuisine.

Et question matériel de rechange ?
On est autour de 150 kilos, je pense qu’on est assez chargé, mais c’est notre premier Vendée Globe, pour moi et toute l’équipe. Notre objectif principal est de terminer le tour du monde donc je ne me prendrai pas la tête pour quelques kilos. Au niveau du matériel de spare, c’est du composite, des cordages, des pièces d’accastillage, de l’électronique, de l’informatique, un désalinisateur… Je peux continuer, la liste est longue. On se laisse encore une petite semaine pour y réfléchir et notamment pour certains outillages, mais dans le doute, on prendra plutôt que de laisser à terre. On n’est pas sur ce Vendée Globe-là avec l’objectif de gagner, donc on ne va pas faire la chasse au poids. On va plutôt faire en sorte que si j’ai un problème je puisse réparer.

VENDEE LIVE : rendez-vous tous les jours à 12h30 (en français) et 13h30 (en anglais) - VENDEE FLASH : rendez-vous tous les jours à 18h15 (en français) et 18h30 (en anglais)