26 Octobre 2020 - 08h00 • 8726 vues

Partager

Article

Alain Gautier, Michel Desjoyeaux, Vincent Riou, François Gabart et Armel Le Cléac’h : ces vainqueurs ont mis leur expérience au service de skippers qui s’apprêtent à s’élancer cette année, chacun à sa manière. Explications.

Il s’agit d’un des clubs les plus sélects de la planète voile : celui des vainqueurs du Vendée Globe. Ils sont sept à avoir connu cette joie-là, l’ivresse d’être le premier à franchir la ligne de la plus prestigieuse des compétitions au large. Alors que se profile un nouveau départ, le neuvième de l’histoire, cinq d’entre eux se sont impliqués à des degrés divers dans les projets actuels. Hormis Christophe Auguin, retiré en Uruguay, et Titouan Lamazou, actuellement à Tahiti, tous les vainqueurs depuis 1992 ont été mis à contribution. C’est le cas d’Alain Gautier auprès d’Isabelle Joschke, de Michel Desjoyeaux avec Nicolas Troussel, de Vincent Riou pour Sébastien Simon et Kevin Escoffier, de François Gabart aux côtés de Charlie Dalin et d’Armel Le Cléac’h avec Clarisse Crémer.

« La course au large, c’est un sport d’expérience »
Michel Desjoyeaux

Leur acquis le plus précieux ? L’expérience. « Ce n’est pas la question du statut qui intéresse, c’est le fait d’être accompagné par une personne qui a déployé des qualités exceptionnelles qui lui ont permis de gagner cette course, » explique Isabelle Joschke en évoquant le rôle d’Alain Gautier. « Il a donc une énorme expérience qui imprime la façon de gérer un projet, une équipe, des courses. C’est l’assurance que tout peut être géré. » Michel Desjoyeaux le dit avec ses mots : « La course au large, c’est un sport d’expérience. Personne ne vit deux fois la même course, n’emprunte la même trajectoire et ne ressent la même chose. Chercher à apprendre de l’expérience de l’autre, c’est aussi une façon de se confronter aux problèmes en amont et de s’enrichir. Ça ne peut qu’être bénéfique pour un projet ».

© Olivier Blanchet / DPPI (2016)
Néanmoins, l’implication de ces anciens vainqueurs dans les projets actuels a pris des formes bien différentes. Déjà, il y a ceux qui ont contribué à l’apprentissage d’un skipper, à sa formation, à lui donner les clés afin d’être prêt à participer à un premier tour du monde. C’est le cas d’Armel Le Cléac’h avec Clarisse Crémer. Le tenant du titre a navigué dès l’été et l’automne 2019 avec la jeune navigatrice qui faisait ses premiers pas en IMOCA. « Une formation accélérée », s’amusait Clarisse. « Nous avons connu deux campagnes de Vendée Globe avec Banque Populaire, c’est une chance incroyable de pouvoir faire bénéficier et transmettre nos connaissances et notre savoir-faire », expliquait Armel à l’issue de la Transat Jacques Vabre qu’ils ont disputée ensemble l’an dernier.

« Permettre d’aborder l’événement de la meilleure des façons »
François Gabart

Ce besoin de transmission, c’est aussi ce qui a animé Vincent Riou aux côtés de Sébastien Simon à bord d’ARKEA PAPREC. « Il s’agit d’un projet global depuis deux ans, explique le vainqueur de la 5e édition. Cela prend en compte la maîtrise d’œuvre autour du design du bateau, des conseils après les navigations, des discussions sur les options techniques… » Via sa structure, Mer Concept, François Gabart est également partie prenante du projet de Charlie Dalin (Apivia). « J’essaie de faire en sorte que Charlie soit confiant et qu’il aborde l’événement de la meilleure des façons, explique Gabart qui a accompagné le projet depuis la conception du bateau. « Je suis très fier de l’ensemble du travail qu’on a réalisé et de voir à quoi ressemble le bateau avant le départ ».

De son côté, Michel Desjoyeaux est intervenu comme maître d’œuvre chez Corum L’Epargne. « Nous avons beaucoup échangé avec Nicolas (Troussel) et son équipe, souligne ‘Mich Dej’. Je me suis attaché à l’aider à concevoir un bateau qui soit fait pour lui, pas pour moi. Je n’avais pas un rôle de décideur, mais je proposais les options qui me semblaient les plus pertinentes. » Dans ce qu’il appelle la « confluence des éléments qui mènent à la décision », il y a donc un peu du savoir-faire de ‘Mich Dej’ dans le bateau de Nicolas Troussel.

« Un gain de temps précieux »
Armel Le Cléac’h

Pour le skipper de Corum L’Epargne, qui fait également appel à d’autres skippers dont Sébastien Josse, trois Vendée Globe au compteur, ces renforts sont essentiels : « Cela permet d’enrichir le projet et surtout d’aller droit au but, de ne pas perdre de temps ». « Solliciter des skippers qui connaissent la course, ça t’aide à aller directement à l’essentiel, à savoir quelle direction prendre, » poursuit Armel Le Cléac’h. Ce gain de temps est d’autant plus précieux que les bateaux sont devenus très complexes. »

Et cela est valable autant pour les grandes orientations (design, conception) que pour des aspects plus pratiques. Vincent Riou : « Pour le matériel de ‘spare’ qu’on embarque (l’ensemble du matériel pris à bord pour faire face aux avaries), j’ai donné la liste que j’avais de mes précédents Vendée Globe à Kevin (Escoffier). Lui travaillait pour Banque Populaire avant et on a donc ‘croisé’ les listes qui, finalement, étaient en grande partie identiques. Mais du coup, on a gagné un temps fou ! »

Il y a donc tout un travail rationnel, une capacité à mettre en commun expérience d’un côté et ambition de l’autre afin de parvenir à être prêt le Jour J. Et puis il y a ce qui est moins perceptible, mais tout aussi précieux : l’approche psychologique, les conseils pour tenir, pour se ménager, pour savoir tenir dans la durée. Récemment, Charlie Dalin s’est ainsi entretenu pendant deux heures avec Michel Desjoyeaux. « J’espère que je suis parvenu à lui donner d’autres éléments de réflexion que ceux sur lesquels il a travaillé avec François (Gabart) et son équipe. » « Notre regard a forcément évolué et on peut toujours donner notre avis sur notre vision, notre façon d’aborder la course, poursuit Vincent Riou. « Mais ce sont des grandes filles et des grands garçons qui feront leurs propres choix en course. »  Et parmi eux, il n’y en aura qu’un qui ralliera le club si sélect des vainqueurs du Vendée Globe.

La Rédac du Vendée Globe / Antoine Grenapin

VENDEE LIVE : rendez-vous tous les jours à 12h30 (en français) et 13h30 (en anglais) - VENDEE FLASH : rendez-vous tous les jours à 18h15 (en français) et 18h30 (en anglais)