12 Novembre 2020 - 12h19 • 65547 vues

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Les premières nouvelles de Jérémie Beyou (Charal) - joint en visio ce matin...

"Il y a pire quand on pense aux événements qui nous entourent. Maintenant, quand tu es sportif de haut niveau, tu ne vis qu’au travers de ton objectif. Depuis quatre ans, je vis dans l’objectif d’essayer de gagner le Vendée Globe. Je suis à 100% là-dedans, je ne vois rien de ce qui existe autour. Quand ça s’arrête comme ça, brutalement, c’est super violent. C’est pour ça que j‘ai mis tant de temps à faire demi-tour, j’aurais probablement dû faire demi-tour tout de suite, parce qu'aller passer le front avec le bateau dans cet état, forcément ça a fait d’autres dommages collatéraux mais je ne pouvais pas y croire. Le réveil est un peu dur.

Un peu plus tôt dans la journée, quand le vent n’était pas encore trop fort j’ai arraché ma cadène de renvoi de point d’écoute de voiles d’avant, ça a explosé la cloison de barre d’écoute… Ça a déchiré le pont à tribord et puis pendant que j’étais à l’intérieur du bateau en train d’inspecter tout ça, j’ai tapé un truc avec le safran. Il s’est à demi relevé, j’ai un trou dans l’attaque de safran et j’ai le bord de fuite de safran qui est cassé. Le vent fort arrivait, donc soit je faisais demi-tour tout de suite, soit je continuais : on a décidé avec l’équipe que le safran allait tenir le front et je me suis débrouillé pour brêler une écoute. Le front est passé, c’est passé hyper vite. On est passé de 45 nœuds d’un bord à 45 nœuds de l’autre. J’ai empanné, j’ai pris la bastaque et avec tous les éclats de carbone, ça a fait exploser le courant de bastaque : je me suis retrouvé sans bastaque. Je venais de casser mon aérien juste quelques heures avant. La bastaque, c’était le dernier truc. J’ai dû abattre et puis faire route retour.

Là il y a toujours de la mer, je suis au portant dans une quinzaine de nœuds avec la mer de derrière donc ça va. De l’autre côté, bâbord amure, le safran commence à être bien abîmé, je ne peux pas aller très vite. Je pense arriver le 14 au matin. Pour la suite, je ne sais pas… Le safran, ça peut peut-être changé, la barre d’écoute et la cloison, j’avoue que je ne sais pas trop. Honnêtement, je me réveille de quatre ans de préparation pour essayer de gagner le Vendée et ça c’est fini. Mon papa est parti à l’hôpital, il a fait un AVC une semaine avant le départ, j’ai complètement occulté tout ça. Forcément là, ça m’éclate un peu à la figure.

Là, je ramène le bateau et je verrai après. Je ne sais pas, je n’en sais rien... pour repartir."

Jérémie / Charal

 

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