14 Novembre 2020 - 17h55 • 72766 vues

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Jérémie Beyou est arrivé en début d’après-midi sur les pontons des Sables-d’Olonne, ému et les traits tirés par la déception. Dans le même temps, la tête de flotte, toujours menée par Jean Le Cam, file à vive allure vers l’alizé. Les « foilers » pourront bientôt exprimer tout le potentiel de leur IMOCA. Les retardataires, eux, sont toujours encalminés à cause du manque de vent. Retour sur les nombreux destins croisés de la journée. 

Jérémie Beyou, le retour

© Olivier Blanchet / AleaIl a remonté le chenal par un beau samedi ensoleillé, du monde était là pour l’acclamer mais il voulait être « partout, sauf ici ». « Je pensais qu’en revenant en janvier, le monde aurait un peu changé. Mais une semaine après, rien n’a changé », lâche Jérémie Beyou sur les pontons. Cela fait deux jours qu’il a fait demi-tour, qu’il s’est jeté sur le garde-manger et qu’il communique avec son équipe pour oublier. Mais c’est dur, surtout pour un gaillard qui s’y prépare sans compter depuis quatre ans.

Jérémie Beyou est un compétiteur, fan de sport. Il sait que le match pour lequel il est engagé depuis quatre ans, il l’a perdu. « Le coup d’arrêt est brutal », confie-t-il, la voix tremblante. Mais le skipper de Charal ne souhaite pas s’arrêter là. « Si on est capable de repartir, effectivement, on prendra le départ ». L’équipe se donne 24 heures pour faire un ‘check-up’ complet du bateau. D’après le règlement, il peut repartir jusqu’à mercredi à 14 heures 20.  

Des « fusées » vers l’Alizé

Après avoir contourné la dépression tropicale Thêta, la tête de flotte bénéficiait encore de 15 à 20 nœuds durant la journée. Leur mission ? Empanner pour assurer la transition entre le vent de Nord à Nord-Ouest et l’alizé qui souffle d’Est à Nord-Est. Il y a une expression pour ça : adopter une trajectoire en forme d’aile de mouette. Et il n’en fallait pas plus pour que les « foilers » prennent leur envol. Situé le plus à l’Ouest, Charlie Dalin (Apivia) fut le premier à empanner quand Thomas Ruyant (LinkedOut) et Kevin Escoffier (PRB) ont fait des bords pour y parvenir. À 150 milles au Sud-Ouest du quatuor, Jean Le Cam (Yes We Cam !) et Alex Thomson (HUGO BOSS) ont empanné en début d’après-midi. Ils bénéficiaient ainsi d’un meilleur point d’empannage et donc d’une route légèrement plus directe.  

« Après, ça va faire parler la poudre, s’amuse le skipper de PRB. Ça va être un long bord tout droit vers le pot au noir et les ‘foilers’, qui n’ont pas encore eu l’occasion de montrer leur potentiel, vont enfin pouvoir le faire. Ça va envoyer du bois ! » Thomas Ruyant, interviewé en direct dans le Vendée Live, corrobore : « on va pouvoir fermer les angles et commencer à accélérer. »

Car pour l’instant, le pot au noir est très peu actif, une aubaine. Mais la vigilance sera de mise explique Sébastien Josse, trois Vendée Globe au compteur : « Ce ne sera pas une croisière avec la force du vent – 20 à 25 nœuds – et les choix de voiles à faire (code 0, petit gennaker) ». Le groupe de tête devrait atteindre l’alizé dans la nuit.

Des louanges pour « le roi Jean »

© Chris AskollDevant ces foilers de dernière génération, il y a donc un homme de 61 ans à bord d’un bateau âgé de 12 ans qui a gagné le Vendée Globe en 2008-2009. Jean Le Cam, qui a repris la tête du classement à la mi-journée, bénéficiait toujours de 14,9 milles d’avance sur Alex Thomson à 18h. Chez les autres skippers, « le roi Jean » forçait l’admiration. « Jean est incroyable. Être là où il est avec ce bateau et à son âge, c’est brillant », s’enthousiasmait Alex Thomson. 

Maxime Sorel (V and B – Mayenne), lui aussi à bord d’un bateau à dérive droite, ne dit pas autre chose : « sa trajectoire est très osée. Il fait le moins de manœuvres possibles et il change peu de voiles et ça aussi, c’est très osé ! ». « Forcément, Jean est un peu émoussé par cette décharge d’effort, expliquait Jacques Caraës, le directeur de course. Mais il démontre à quel point l’expérience des mers du Sud est précieuse : il a moins d’appréhension, il connaît plus ses limites et celles de son bateau. » Autre skipper à bord d’un bateau à dérives droites à impressionner : Benjamin Dutreux, 31 ans de moins que Le Cam et 3e du moment pour son premier Vendée Globe.

Ils ont pris le bon train

© Anne BeaugéDerrière les cinq premiers, ils sont vingt à avoir pris le « bon train » et à s’extraire progressivement des vents forts de Thêta. Parmi eux, il y a Sam Davies, heureuse ce matin de profiter enfin d’un soleil éclatant après « s’être échappée de la dépression ». « Je ne voulais pas trop pousser le bateau, j’ai essayé de bien me placer. » Seule alerte sur le bateau ? Une boite de sardines qui « a explosé dans un sac de nourriture ». « La pire des catastrophes » s’amuse-t-elle. Son compagnon, Romain Attanasio, est bien placé aussi, lui qui a enfin profité de sa première boisson chaude – un thé – et de son premier petit-déjeuner. « Le beau temps arrive, on va pouvoir faire tomber les fringues, expliquait le skipper de PURE-Best Western Hotels & Resort. J’ai enlevé mes bottes seulement 2 à 3 heures ! »

Derrière, la galère

Être compétiteur, vouloir traverser les mers du globe et se retrouver englué dans 4 nœuds de vent… C’est ce qu’affronte la queue de peloton à l’instar d’Ari Huusela (Stark), de Miranda Merron (Campagne de France), d’Alexia Barrier (TSE – 4myplanet), de Clément Giraud (Compagnie du Lit / Jiliti), de Sébastien Destremau (Merci) et d’Armel Tripon (L’Occitane en Provence). Et ce n’est pas fini. « Le couloir de vent entre la dépression et le front au-dessus s’est quasiment cassé, décrypte Christian Dumard, le météorologue du Vendée Globe. Ils sont au cœur d’une zone sans vent et derrière, il y a la ‘molle’ qui revient. Ça ne va pas être très réjouissant. » Pourtant, Armel Tripon voulait garder le sourire comme il l’a confié dans la matinée : « Il y aura des moments plus opportuns pour revenir, la route est longue. Et c’est sympa d’être là, de faire du bateau, de voir toutes les étoiles, c’est super beau. »

Kojiro Shiraishi, voile déchirée

En milieu d’après-midi, l’équipe DMG Mori Global One a communiqué sur une avarie à bord du bateau de Kojiro Shiraishi. Après un empannage destiné à contourner la dépression Thêta, le Japonais, 19e à 15h, a été victime d’une panne de ses autopilotes. Lors d’un 3e empannage, sa grand-voile s’est déchirée au-dessus de la 2e latte. Son équipe se voulait rassurante : « le skipper n’est pas blessé et le bateau n’est pas en danger. Nous allons proposer différentes solutions pour réparer la grand-voile et continuer la course. »

 

Par la rédaction du Vendée Globe / Antoine Grenapin

 

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