16 Novembre 2020 - 16h38 • 104368 vues

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Cet après-midi, en conférence de presse, Jérémie Beyou, skipper de Charal a annonçé qu'il repartira en course demain, mardi après-midi.

" Ça fait un peu bizarre de répondre aux vacations en dehors du bateau mais je vais bientôt pouvoir les reprendre à bord car grâce au travail accompli ces derniers jours, on sait que le bateau sera prêt demain matin et partira vers 15h/15h30 mardi après midi. C’est une super nouvelle, je tenais à remercier toute l’équipe Charal Sailing Team qui s’est, comme d’habitude, donnée à fond jour et nuit ici à Port Olona. Je tenais aussi à remercier tous les sous-traitants et prestataires extérieurs qui ont additionné leurs compétences pour que je puisse repartir. Le Vendée Globe est une course en équipe et ils ont encore démontré qu’avec de la volonté, on peut faire des miracles. C’est une super nouvelle, la course va reprendre, différemment certes, mais elle va reprendre pour moi demain ! 

L’avarie la plus problématique qui m’a fait faire demi-tour, c’est le problème du safran, mais techniquement, l’avarie la plus difficile à réparer était celle de la cloison de barre d’écoute, partie structurelle du bateau, qui était complètement cassée. Il a d’abord fallu faire expertiser les dommages, voir jusqu’où l’eau s’était infiltrée et donc voir ce qu’il fallait réparer, émettre les hypothèses de réparation et de renforcement des deux côtés. Donc ça demandait de nombreuses compétences pour réparer cela dans un temps record avec une météo défavorable. Il fallait aussi gérer des problèmes de girouette, d’aériens (qui ont été changés), la grand-voile qui avait été abimée dans les différents empannages consécutifs. 

J’ai pas l’habitude de raconter des histoires et de ne pas dire la vérité, ce n’est pas facile : je suis passé par tous les états mais c’est vrai que j’étais content d’être en dehors de ça, ici aux Sables d'Olonne, j’avais besoin de me couper du bateau et de la course. Je n'ai pas regardé les classements, j’ai "zappé" les réseaux sociaux et pour autant, j’avais envie d’être à côté de mon équipe qui bossait pour que je puisse repartir. J’ai une grande confiance dans mon team et même si le premier soir, je recevais un message me disant que ça allait être compliqué de réparer dans les délais, au fond de moi, je savais qu’ils allaient y arriver. 

Cela m’a permis de me ressourcer et de voir l’engouement qu’il y avait derrière le projet et toute l’émotion que ça créait chez les gens, la volonté du public, des salariés de Charal, des médias, des amis. Il fallait que j’y retourne !

Je n’ai pas tout à fait coupé non plus et j’ai appris le démâtage de Nicolas (Troussel) ce matin : je suis super triste pour lui et toute son équipe. Je sais toute l’énergie qu’il faut investir pour mettre en route un projet comme cela et pour faire un Vendée Globe. C’est terrible. Je pense beaucoup à eux aujourd’hui. 

Quelque part, voir tous ces gens, ça ne donne plus le choix. Tu pars pour essayer de gagner une course et tout ça, c’est derrière moi, il faut construire quelque chose de différent et ça, forcément, ça aide. Tous les mots que j’ai reçus, c’est juste dingue. Avant le départ, le 8 novembre, beaucoup de gens me demandaient si ça allait changer quelque chose qu’il n'y ait personne dans le chenal et je trouvais ça pas plus mal, car ça mettait moins d’émotions. Mais non, ça manquait. Et là j’ai eu ma dose en revenant et ça m’a fait plaisir.  

J’ai essayé de tout planifier au jour près dans la préparation, à l’heure voire à la minute près, pour les jours d’avant course et les premiers jours de course. Quand tu prends un peu tout sur la tête comme cela, tu te dis qu’il faut fonctionner différemment. L’idée maintenant, c’est de prendre les événements les uns après les autres : rentrer, réparer, et maintenant repartir... et puis on verra ce qu’il se passe, je préfère ne rien attendre, ne pas me fixer d’objectifs. On verra !

Côté météo, j’ai regardé les fichiers, il y a un premier front à passer mardi qui a l’air un peu moins virulent que le passage qu’on avait eu le 9 et 10 novembre, mais c’est encore un gros front au près. Après il y a du vent portant assez fort au large du cap Finisterre qui va s’installer. Puis il y a une petite dépression au large du Maroc qui stoppera peut-être les alizés et permettra peut-être au Pot au Noir de s’étaler un peu donc ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. Mais encore une fois, je regarde la situation du départ et je verrai ce qu’il se passe ensuite. Je veux vraiment être dans cet état d’esprit et je pense que c’est cela qui me fera avancer.

J’avais coupé la cartographie et tous mes abonnements sur Instagram et, sans le faire exprès, j’avais laissé celui d’Alex (Thomson), donc j’ai vu qu’il était en tête. Je suis content pour lui, il a un bon bateau et il navigue bien, il a fait un super bon bord ces derniers jours. Le début de course n’a pas été facile et chapeau à tout ceux qui sont encore en mer, avec toutes les petites avaries, ils sont tous super méritants. Maintenant j’ai hâte de me remettre en route. 

Il y avait une vingtaine de personnes mobilisées autour des réparations, les architectes et structureurs, toutes les personnes qui s’occupent de la stratification et du composite et puis tout le soutien logistique derrière, les gens qui ont refait les pièces d’accastillage, la voilerie North Sails, je ne sais pas combien de personnes se sont mobilisées en tout mais c’est juste dingue ! Faut respecter le travail qui a été fait et repartir ! Un grand merci à tous, c’est des gens avec qui on travaille toute l’année et là ils ont encore remis une énergie folle là-dedans, c’est une équipe de folie ! "

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