28 Novembre 2020 - 18h30 • 77114 vues

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Alex Thomson aura été un animateur intensif de ce neuvième Vendée Globe, avant même le coup de canon donné le 8 novembre : son parcours, sa détermination, sa manière d’aborder ce tour du monde font du Britannique une icône de la course au large. Mais après ses avaries structurelles en Atlantique, c’est un safran qui a lâché HUGO BOSS, contraint de bifurquer vers l’Afrique du Sud.

Quand Alex Thomson fait quelque chose, le monde entier en a connaissance. Et ce n’est pas seulement parce que son partenaire, la société de prêt-à-porter Hugo Boss, ne l’a pas quitté depuis 2003, c’est aussi parce que le Gallois d’origine a réussi à enflammer la Toile avec ses vidéos virales : Keel Walk d’abord en 2012 lorsque le skipper est déposé en costume-cravate sur le voile de quille d’Hugo Boss 4 par un jet-ski ; Mast Walk en 2014 à bord du monocoque IMOCA Hugo Boss 5 pour monter jusqu’en tête de mât et plonger, et le summum avec le Sky Walk, une acrobatie incroyable en kite-surf pour se faire remorquer par son bateau Hugo Boss 6 !

Le Britannique conquiert le public français !

Tout commence pourtant discrètement, lorsqu’Alex Thomson se voit confier un monocoque de 60 pieds pour faire le tour du monde avec un équipage en très grande partie amateur ! Robin Knox-Johnston, l’initiateur de ce défi, a en effet rencontré le jeune Gallois de naissance (25 ans) qui conquiert son équipage en 1999 par sa gentillesse, sa disponibilité, sa force physique et ses qualités marines. Après quelques courses en monocoque de 50 pieds, le Britannique seconde Roland Jourdain pour la Transat Jacques Vabre qu’ils terminent à la deuxième place à bord de Sill : ce sera le premier IMOCA de la série des Hugo Boss, son partenaire lui confiant le soin de porter ses couleurs.

Avec brio puisqu’Alex Thomson vient tout juste de battre le record de distance parcourue en 24h avec 468,72 milles au compteur ! AT Racing devient ainsi Alex Thomson Racing tout de noir vêtu pour son premier Vendée Globe en 2004, mais le Britannique doit abandonner à Cape Town, vît-de-mulet brisé. Le plan de Marc Lombard fait alors place à un dessin de Jean-Marie Finot et Pascal Conq, car l’ex-Sill a dû être abandonné lors de la Velux 5 Oceans de 2006.

Cinq participations au tour du monde en solitaire sans escale !

Son deuxième Vendée Globe en 2008 n’est pas plus favorable puisqu’avant même le départ, son bateau est abordé violemment par un chalutier et malgré une belle réparation pour prendre le départ, Hugo Boss 2 doit jeter l’éponge après quatre jours de course, coque délaminée… Mais le marin a tout de même pu tirer sur la machine en améliorant son propre temps sur 24h avec plus de 500 milles au compteur ! Depuis, Hugo Boss 2 est devenu le monocoque IMOCA de Stéphane Le Diraison pour cette 9e édition.

Mais après une expérience sur le plan de Juan Kouyoumdjian en 2010, Alex Thomson se tourne vers le cabinet architectural en vogue, Bruce Farr Design, en rachetant Estrella Damm passé entre les mains de Roland Jourdain : l’objectif est toujours le tour du monde en solitaire et sans escale qu’il termine cette fois à la troisième place en 2013, derrière le duo Gabart-Le Cléac’h… Hugo Boss 4 est encore présent sur ce Vendée Globe sous les couleurs de OMIA-Water Family skippé par Benjamin Dutreux.

Un premier essai en 2013 avec le cabinet VPLP-Verdier vise à construire une nouvelle machine en 2015, le plus radical de tous les monocoque IMOCA de l’époque qui finit dans la roue d’Armel Le Cléac’h lors du dernier Vendée Globe… Entre temps, Hugo Boss 6 s’adjuge un nouveau record sur 24h avec 536,81 milles, manque de remporter la Route du Rhum jusqu’à ce qu’Alex Thomson s’endorme et percute la falaise au Nord de la Guadeloupe… Le bateau est depuis devenu le lièvre du team 11th Hour Racing en vue du tour du monde en équipage, The Ocean Race, tout de même quatrième de la dernière Transat Jacques Vabre en 2019.

Le plus sophistiqué des monocoques IMOCA…

Pendant ce temps, Alex Thomson a renouvelé sa confiance aux architectes de VPLP en collaboration avec son équipe technique pour imaginer le plus élaboré des monocoques IMOCA : cockpit fermé, caméras pour régler les voiles et observer la mer, manœuvres à l’intérieur du bateau, look futuriste. Hugo Boss 7 mis à l’eau en 2019, fait parler la poudre dès les premiers bords de la Transat Jacques Vabre, mais la route occidentale d’Alex Thomson lui ferme les portes de la victoire, surtout après que le monocoque ait percuté un OFNI et perdu sa quille.

Le bateau est remis à neuf après son escale au Cap-Vert et le tandem skipper-bateau impressionne, même si la pandémie réduit drastiquement les possibilités de confrontation face à la concurrence française. Avec sa silhouette fuselée, sa décoration agressive, ses foils courbes, HUGO BOSS (septième du nom) fait impression avec justesse lors des premiers bords de ce Vendée Globe. Alex Thomson n’hésite pas à frôler le centre de la dépression tropicale Thêta tout comme Jean Le Cam, pour s’emparer du leadership à la sortie des Açores, pour reléguer ses concurrents à plus de cent milles de son tableau arrière à l’entrée du Pot au Noir, pour franchir l’équateur en tête après moins de dix jours de mer et finalement, pour ne laisser le commandement de la flotte que treize jours après le coup de canon…
 

Certainement handicapé depuis plusieurs jours, HUGO BOSS doit patienter jusqu’aux calmes de l’anticyclone de Sainte-Hélène pour réparer ses lisses structurelles avant décollées. Alex Thomson réalise un travail de titan pour remettre en route son monocoque, laissant le déborder six autres comparses avant de reprendre sa route, mais la première dépression australe lui sera fatale : le safran tribord percute violemment un OFNI et le monocoque ne peut plus suivre le rythme de ses concurrents. Le skipper décide alors de faire route à vitesse modérée (dix nœuds) vers Cape Town avant d’annoncer officiellement son abandon…

Les monocoques IMOCA d’Alex Thomson

Hugo Boss (ex-Sill 1999, plan Marc Lombard), acheté en 2003, abandonné lors de la Velux 5 Oceans 2006
Hugo Boss 2 (plan Finot-Conq) de 2007 à 2009, devenu Time for Oceans
Hugo Boss 3
(plan Juan Kouyoumdjian mis à l’eau en 2007) 2010
Hugo Boss 4 (plan Farr) de 2011 à 2013, devenu OMIA-Water Family
Hugo Boss 5
(plan VPLP-Verdier) de 2013 à 2015
Hugo Boss 6 (plan VPLP-Verdier) de 2015 à 2018, devenu 11th Hour Racing
HUGO BOSS 7
(plan VPLP) 2019