04 Décembre 2020 - 17h51 • 46789 vues

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Alex Thomson est arrivé à Cape Town dans la matinée. Sébastien Simon devrait s’y amarrer entre samedi et dimanche. Pour les deux hommes, le port sud-africain est la dernière escale de ce 9e Vendée Globe. Ils ne sont plus que 29 marins en course. 12% des bateaux au départ des Sables d’Olonne ont abandonné, des chiffres, qui, à l’entrée du Grand Sud n’ont malheureusement rien d’exceptionnel. On sait que les statistiques du Vendée Globe sont mauvaises et qu’en moyenne, seule la moitié des concurrents parvient à revenir dans le port vendéen.

« C’est  triste pour chacun des abandons, car l’engagement dans chaque projet est énorme. Mais abandonner est une éventualité à laquelle il faut se préparer avant le départ » expliquait Armel Tripon, le skipper de L’Occitane en Provence, pendant le Vendée Live ce midi.

Sur un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, l’excellence et le mérite ne sont pas les seuls juges de paix. Et la logique sportive est parfois bafouée par les aléas de la course. Le favori Alex Thomson (HUGO BOSS), ainsi que le bizuth Sébastien Simon (ARKEA PAPREC) auteur d’une superbe descente de l’Atlantique Sud qui l’avait propulsé en 4e position, ne méritent pas ce qui leur arrive. Pas plus que Nicolas Troussel (CORUM L'épargne) et Kevin Escoffier (PRB). Mais ils devront, malgré tout, composer avec ce sentiment d’injustice. Un sentiment aggravé par le fait que le Vendée Globe est une course rare. Comme les Jeux Olympiques, il n’a lieu que tous les quatre ans…
 




Ce sont peut-être ces pensées qui ont assailli Sam Davies (Initiatives-Coeur) au lever du jour ce vendredi 4 décembre, et qui l’ont fait fondre en larmes sur le pont de son bateau, malgré sa bonne nuit de sommeil, la présence d’un soleil réconfortant et d’albatros majestueux. La navigatrice n’a pas encore jeté l’éponge. Elle se dirige vers Cape Town pour s’abriter dans la baie et tenter de réparer. Elle devrait atteindre son but demain, samedi, à la mi-journée.

Sur la piste défoncée de l’Indien

Un peu plus de 30% du parcours a été réalisé par les hommes de tête. La « descente » de l’Atlantique (Nord et Sud) n’a pas été fulgurante. Parions que la traversée de l’océan Indien sera très rapide. Portés par un immense système dépressionnaire qui s’étend presque jusqu’au cap Leeuwin (en Australie), les sept premiers navigateurs alignent des moyennes journalières de plus de 400 milles. Et encore, ils ont plutôt tendance à être sur le frein.
La raison ? C’est Yannick Bestaven, qui la dévoile : « Je ne sais pas si c’est ça le Grand Sud, mais c’est invivable à bord ! La mer est démontée, le bateau cogne dans tous les sens. Ça tape trop fort. Se lever est dangereux, se faire un café est dangereux (…) le bateau est constamment sous l’eau (…) je vis comme un sanglier, je ne fais que des choses essentielles et vitales ». C’est probablement le prix à payer pour se retrouver en 4e position poursuit-il. « Besta » réalise pour le moment une superbe course, en compagnie d’un excellent Damien Seguin (Groupe APICIL), premier bizuth de ce top 5.
 


Leader de ces échappés du Grand Sud, Charlie Dalin (Apivia) n’est pas toujours le plus rapide. En 48 heures, son 'dauphin' Louis Burton (Bureau Vallée 2) lui a repris cent milles. En voilà un autre qui impressionne depuis son option très Sud, fin novembre, et malgré ses six heures de pénalités écopées depuis le départ. Certes, le skipper n’est pas un bleu. C’est son 3e Vendée Globe. Sa préparation discrète mais efficace dans son fief de Saint-Malo, loin des centres névralgiques habituels de la course au large, participe à son statut de franc-tireur. « Mais rien ne m’étonne venant de lui, confiait aujourd’hui sa compagne, la navigatrice Servane Escoffier. Il a un mental d’acier et même s’il n’a pas le même pedigree que certains, cela fait dix ans qu’il progresse. C’est un super marin ». Et un passionné de Formule 1, amoureux des grandes vitesses !

De Dalin à Sorel (même si ce dernier se bat pour rester accroché au wagon), ce groupe qui cavale dans 20 à 30 nœuds de vent sur une mer que Damien Seguin qualifiait de « défoncée », est en train de créer le break.  

Respectivement 12e et 13e, Romain Attanasio et Clarisse Crémer se sont fait rattraper par les hautes pressions et ont vu leur vitesse dégringoler aujourd’hui (moins de dix nœuds). Ils vont bientôt se faire distancer.

Et que dire du reste de la troupe qui poursuit vaillamment sa route malgré les pépins du quotidien et un anticyclone de Sainte-Hélène envahissant ? La moitié de la flotte navigue encore en Atlantique Sud. Les derniers ont désormais dix jours de retard sur Apivia et consorts.

La rédaction du Vendée Globe / C.El