10 Décembre 2020 - 18h08 • 24873 vues

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Ce jeudi 10 décembre, un vent de légèreté souffle sur l’armada du Vendée Globe. Il y a le soulagement de Charlie Dalin, qui ressort à priori indemne de sa percée au cœur de la mitraille. Celui de Jean Le Cam qui peut « respirer et dormir, enfin, l’esprit posé » dans un vent assagi. Il y a le bonheur d’Armel Tripon qui glisse sur une mer plate et gagne chaque jour un peu plus de terrain, ou celui d’Alexia Barrier, heureuse de dévaler les pentes de la longue houle de l’Atlantique Sud. Bien sûr, ce n’est pas l’embellie pour tout le monde. Mais c’est au moins un peu de répit…

La tête de course reprend son souffle. La grosse « cartouche » qui intéressait hier les deux leaders s’est évacuée vers le Sud-Est. Elle a été remplacée par un petit système dépressionnaire qui offre des vents d’Ouest réguliers - entre 25 et 30 nœuds -, un peu de soleil et une mer praticable. Tout le monde fait route au portant, cap au Sud-Est en direction de la Zone d’Exclusion Antarctique. À noter que plusieurs points de la ZEA ont été modifiés entre le sud de l’Australie et la Tasmanie – à l’Est de la limite de navigation à 1 000 milles des côtes fixée par la Marine australienne - . Une portion de cette « barrière des glaces » a été rabaissée de trois degrés dans le Sud (environ 150 milles), elle permettra d’ouvrir le jeu stratégique pour les  concurrents.
 

Au repos !

«  Je suis marqué par cet épisode, ça a été limite, il me faudra un peu de temps pour récupérer » déclarait ce matin Charlie Dalin, sorti de ses 24 heures dans le gros temps. Heureusement pour lui, cette 32e journée de mer inaugure une phase de répit. Il était temps ! Après un peu plus d’un mois de navigation, les corps et les esprits ont besoin de se ressourcer. Rester en forme physiquement est un gage de performance et de sécurité, pour garder la « niaque » dans la bataille au classement, prendre les bonnes décisions, et surtout, ne pas faire de bêtise lorsqu’on sort manœuvrer sur le pont.

Tous les solitaires joints aujourd’hui insistaient sur ces points vitaux, conscients de l’importance de bien s’alimenter, s’hydrater, et de dormir pour conserver sa lucidité. « On n’est pas dans ce qu’on peut appeler une vie normale, relativisait Jean Le Cam. Mais on va avoir de la molle pendant plusieurs jours et on va pouvoir dormir tranquillement, la tête reposée ».

Grosse régate dans le top 9

Le skipper de Yes We Cam! a une autre raison de se réjouir. Au sein de la régate au contact qui oppose sept des onze concurrents de tête, il est totalement dans le match. « Cette nuit je suis passé à trois milles de Damien (Seguin), heureusement qu’il avait son AIS, sinon on aurait vite pu se rentrer dedans. Un emboitage de 60 pieds, ça ne m’aurait pas vraiment plu ! C’est quand même une histoire incroyable qu’il soit à côté au milieu de l’océan Indien ». Incroyable, en effet de constater que de la 3e à la 9e place, Louis Burton (toujours plus Sud), Yannick Bestaven, Benjamin Dutreux, Jean Le Cam, Damien Seguin, Boris Herrmann et Isabelle Joschke se tiennent en moins de 200 milles !

Stratégiquement, il n’y a pas de grandes manœuvres à venir. Sur la route du cap Leeuwin, les écarts vont essentiellement se faire et se défaire au gré de la vitesse des bateaux qui vont ralentir à l’approche d’une zone transitoire avant la prochaine dépression. Cet après-midi, Charlie Dalin et Thomas Ruyant naviguaient déjà dans un vent plus modéré. Mais l’essoufflement (relatif) d’Éole n’est peut-être pas la seule cause du ralentissement des duettistes ces dernières heures ( 7 nœuds pour Dalin, 10 nœuds pour Ruyant). En tribord, on sait que LinkedOut n’est pas avantagé, car il navigue appuyé sur son foil cassé. Sur ce même bord, Apivia, semble également souffrir d’un déficit de vitesse. Le bateau du leader est-il à 100% de ses capacités ?

Quoi qu’il en soit, avec un différentiel de cinq nœuds sur le groupe des chasseurs, le bateau jaune et le bateau bleu pourrait voir revenir ces derniers dans leurs rétroviseurs…


Les groupes se forment

À l’arrière, des duos et trios se sont formés. Romain Attanasio et Clarisse Crémer se suivent à distance à 900 milles de la tête de course. Plus loin, Armel Tripon, l’homme le plus rapide de ce 32e jour de course, poursuit son cavalier seul dans l’océan Indien. Aidé par une météo favorable pour faire marcher son foiler, il gagne chaque jour un peu plus de terrain. Armel a laissé derrière lui ses anciens compagnons de voyage, Roura, Le Diraison et Boissières et qui font ménage à trois dans les vents tordus qui sévissent dans le Sud-Est de Bonne-Espérance. Dans leur tableau arrière, le couple franco-britannique Hare/Cousin est inséparable depuis cinq jours.

 

Amedeo handicapé, premier dépassement pour Beyou ?

Enfin, Fabrice Amedeo qui devait être le prochain sur la liste à passer Bonne-Espérance sera certainement obligé de temporiser. Victime de problèmes informatiques – ses deux ordinateurs de bord sont HS – le skipper de Newrest – Art et Fenêtres fait cap au Nord-Est pour tenter de résoudre ce problème qui l’empêche de recevoir et d’exploiter sa météo.

Dans cet ultime groupe qui accuse presque un océan de retard, la Méditerranéenne Alexia Barrier se régale au gré des surfs qui propulsent son bateau – le plus ancien de la flotte- sur la longue houle australe. Quant à Jérémie Beyou, il n’est plus qu’à 65 milles d’Ari Huusela. Cette nuit, Charal pourrait doubler son premier concurrent depuis son nouveau départ des Sables d’Olonne le 17 novembre dernier…

La rédaction du Vendée Globe / Camille El Beze