16 Décembre 2020 - 10h30 • 18047 vues

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Charlie Dalin (Apivia) était en visio ce matin mercredi 16 décembre. Il revient sur son avarie et sur sa réparation. 

« C'était une journée de dur travail à bord d’Apivia. Quand l’avarie est arrivée, c’était un choc et une déception immense car, la première chose que je me suis dite, c’est que c’était fini, que je ne pouvais pas continuer comme ça. Ça a été un moment difficile.

Mon équipe s’est mobilisée en mode « Apollo 13 ». Les gars ont la liste du matériel que j’ai à bord, ils m’ont proposé une solution pour réparer. Il y avait beaucoup de découpe de carbone, il fallait redessiner la pièce de carbone à partir d’un plan, il fallait ensuite faire le collage avec le bout de mousse pour faire un sandwich… Puis il a fallu ajuster la pièce. J’étais suspendu à une drisse à l’extérieur du bateau pour mettre la pièce en place. Après, j’ai fait un nombre incalculable d’allers-retours dans le bateau pour remettre des coups de meuleuse pour ajuster la pièce. Je voyais le jour qui commençait à baisser, j’étais un peu à bout de force.

Heureusement, une heure avant la nuit, j’ai réussi à encastrer la pièce. J’ai déroulé une voile et j’ai dormi toute la nuit. C’était beaucoup d’émotions, beaucoup d’énergie. Quand j’ai reçu la procédure de l’équipe, j’avais l’impression d’avoir une montagne infranchissable devant moi, c’était énorme. J’ai pris ça étape par étape. Ça fait du bien d’avoir réussi à le faire. Je relativise beaucoup, ça remet les choses en perspective par rapport aux petits problèmes que j’ai pu avoir avant. Ce n’était vraiment pas grand-chose par rapport à ça !

J’ai refait une inspection ce matin après l’empannage, la pièce a l’air de tenir, le foil ne bougeait pas beaucoup. J’ai pris confiance dans la réparation. La course continue pour Apivia ! Dans mon malheur, j’ai eu de la chance car le vent est tombé exactement quand il fallait. J’ai couché le bateau le plus possible en mettant la quille sous le vent et les voiles à contre pour dégager le foil de l’eau le plus possible. J’ai pris quelques vagues quand même, mes bottes sont mouillées à l’intérieur, mais c’est un détail ! Heureusement la météo était avec moi. J’ai pu réparer sans attendre. J’espère que c’est la fin de la série noire entre la grosse dépression, le vent faible, l’avarie, les adversaires qui reviennent… J’espère que c’était le dernier souci et que maintenant ça va dérouler !

Actuellement je suis sur le bon bord, il fait 10° dans le bateau. C’est marrant comme on s’adapte au froid. Quand il s’est mis à faire 15 degrés au début du Sud, j’avais l’impression de rentrer dans un frigo. Là il fait 10°, je suis en polaire et je suis bien ! On retrouve la mer croisée habituelle de l’Indien. C’est compliqué de trouver la bonne voile pour ne pas planter toutes les 10 secondes.

J’ai perdu pas mal de temps, mais je ne m’en sors pas si mal. Je suis à portée de tirs de mes deux compères ! Je suis à égalité avec Thomas (Ruyant) en termes de soucis de foil. Ils ne sont pas loin, je les ai en ligne de mire. Je n’ai plus rien à perdre, je vais naviguer à fond pour les raccrocher.

Je suis à 22/23 nœuds, ça avance bien vers le Pacifique, dans moins de 500 milles ! J’ai hâte de découvrir cet océan. »

Charlie Dalin / Apivia

Vidéo de sa réparation de cale basse de foil