19 Décembre 2020 - 15h48 • 16181 vues

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La course autour du monde en solitaire sans escale et sans assistance est un incroyable défi mécanique, physique et mental. C’est ce que sont venus chercher les 33 skippers au départ des Sables d’Olonne le 8 novembre dernier. Des 27 encore en course, en ce 41eme jour, aucun ne peut dire qu’il n’a pas encore rencontré de pépin technique. Chaque vacation avec les marins dévoile son lot de bricoles plus ou moins importantes, quel que soit son positionnement sur la flotte. Pilotes automatiques, voiles, safrans, énergie, bouts en tous genres, voies d’eau, un inventaire à la Prévert qui manque de poésie…

Burton barre, Attanasio lime, Cousin se soucie, Le Diraison crie, Joschke empile les couches

  • Encore un gros coup dur pour le skipper de Bureau Vallée 2, privé de pilote automatique depuis hier soir. Louis Burton, 8e au pointage, qui a prévu de s’abriter le long de l’île Macquarie cette nuit pour monter en tête de mât, doit maintenant barrer H24 son bateau. Une situation invivable même à court terme, le Malouin ne pouvant plus lâcher les commandes de son IMOCA ne serait-ce que pour manger ou dormir. Le pilote de Formule 1, Romain Grosjean, parrain de son bateau, lui a insufflé l’énergie positive ce midi au Vendée Live. Que de difficultés à surmonter pour un homme seul !
  • Romain Attanasio (PURE-Best Western Hotels & Resorts), 13eme, lui, ne pouvait plus, hier, réduire la grand-voile alors qu’il surfait par 25-30 nœuds de vent en avant d’une dépression. 9h de travaux pratiques dont un limage très précis d’une petite pièce du chariot de la voile ont eu raison du pépin. Quand un combat devient une victoire…
  • Manu Cousin se soucie de son safran qu’il avait pourtant réparé au moment de son entrée dans l’océan Indien. Des fissures viennent d’apparaître, le skipper de Groupe SÉTIN se dit soucieux, mais « tellement heureux d’être toujours en course ».
  • Stéphane Le Diraison (Time for Oceans) avouait ce matin au bout du fil être monté sur son bout-dehors pour remplacer un bout d’enrouleur cassé qui l’empêchait de rouler sa voile dans le gros temps : « J’ai lancé un cri sauvage après avoir terminé ! Ma plus belle récompense fut ces deux énormes baleines qui sont restées un moment à côté du bateau ». Instant de félicité après la galère.

Que dire d’Isabelle Joschke, dont on dirait un cosmonaute, habillée de trois couches de vêtements pour parer le froid. La skippeuse de MACSF n’a plus que du gasoil pour faire tourner son moteur et recharger ses batteries suite à la casse de l’hydrogénérateur. Charlie Dalin (Apivia), ce matin, a stoppé sa course durant une heure pour vérifier sa réparation de cale basse de foil. La liste est longue, et elle montre à quel point les compétiteurs puisent au fond d’eux-mêmes pour trouver à chaque problème une solution. Stéphane Le Diraison a toujours les bons mots : « C’est un défi quotidien, faire avancer le bateau, le maintenir, rester en forme physique, garder un mental d’acier pour faire face, c’est une épreuve exceptionnelle, je suis encore en train de changer, je vais vers la sagesse. » 

Regroupement devant, tapis roulant derrière

Un anticyclone dans le Sud de la Nouvelle-Zélande contraint la tête de flotte à naviguer non loin de la barrière des glaces dans des conditions plutôt légères, mais exigeantes : les variations du vent dictent les empannages. Et cela devrait durer plusieurs jours ! Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) garde les commandes 47 milles devant Charlie Dalin et 131 milles devant Thomas Ruyant (LinkedOut). C’est peu. Le groupe de chasseurs, emmené désormais par Boris Herrmann (SeaExplorer-YC de Monaco) maintient de belles vitesses moyennes en avant d’un front. Les écarts se resserrent au fil des heures. Pour tout le reste de la flotte, ce samedi rime avec accélération. Enfin de quoi rejoindre le cap Leeuwin en route quasi directe !

La Zone d’Exclusion Antarctique abaissée

Suite aux dernières images satellites radar recueillies par CLS (Collecte Localisation Satellites) qui observe la dérive des glaces, onze points GPS vont être abaissés au niveau du point Nemo, le point de la planète le plus éloigné de toute terre émergée. Au maximum, ces points GPS seront abaissés de 100 milles, réduisant donc le parcours de 24 410 milles à 24 354 milles désormais. La Direction de Course a prévenu toute la flotte bien en amont. La veille des « glaçons » dérivants se fait quotidiennement à l’heure où bientôt toute la flotte naviguera sous les Cinquantièmes Hurlants.

La rédaction du Vendée Globe / Olivia Maincent