27 Décembre 2020 - 19h30 • 14649 vues

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Yannick Bestaven a non seulement repris la main, mais il a désormais fait le break avec le groupe des chasseurs. Seul Charlie Dalin lui tient tête, avec toutefois cent milles de retard et une position qui l’oblige à tirer des bords à la limite de la ZEA. Mais le cap Horn se mérite et Maître CoQ IV a encore 2 000 milles à parcourir, d’abord à l’arrière de la dépression qu’il est allé chercher dans le Nord, puis devant un méchant coup de vent qui pourrait créer des problèmes le week-end prochain…

À peine cinquante jours de mer et que de pronostics aux Sables d’Olonne ont coulé dans les abysses de la réalité ! Alors qu’il reste encore plus de 9 000 milles jusqu’à la ligne d’arrivée, alors que le leader actuel n’a même pas débordé le bout du bout du monde, faut-il jauger dès à présent la bataille qui fait rage dans les profondeurs d’un Pacifique en cours d’agitation ? Car ne nous leurrons point : la pause estivale est bien finie…

Le plus grand océan du monde va dès demain lundi retrouver sa patine : une succession de dépressions qui déboulent de la Nouvelle-Zélande pour s’exploser sur la cordillère des Andes ou pour déraper avec violence dans le détroit de Drake, le maigre passage entre la Patagonie et la Terre de Graham, 450 milles plus au Sud… Et encore ! Avec la Zone d’Exclusion Antarctique (ZEA), ce n’est plus qu’un couloir de 80 milles qui s’offre aux solitaires du Vendée Globe en début d’année. Il faut donc que le ciel soit favorable pour franchir cet entonnoir fort peu engageant.

Coques en stock

Or force est de constater que les « anciens » ont encore de quoi en remontrer : des huit nouveaux prototypes aux foils extravagants, seuls deux se retrouvent aux avant-postes et encore sont-ils handicapés, l’un par une cale basse remplacée (Apivia, 2ème), l’autre par un foil tronqué (LinkedOut, 3ème à plus de 340 milles).

Depuis le départ le 8 novembre dernier, CORUM L’épargne a démâté (Cap-Vert), HUGO BOSS et ARKEA PAPREC ont percuté un ofni (Cape Town), et tous trois ont abandonné. Charal a dû rentrer aux Sables d’Olonne et en est reparti avec dix jours de retard, L’Occitane en Provence a perdu énormément de terrain dès l’Espagne, DMG MORI Global One a désormais une grand-voile rafistolée… Bref le bilan des prototypes de dernière génération n’est pas très engageant !

Et c’est un monocoque IMOCA de 2015, sistership du dernier vainqueur du Vendée Globe, qui mène le bal aux confins du Pacifique : Maître CoQ IV n’est autre que Safran 2 qui était mené par Morgan Lagravière lors de la dernière édition. Tandis que dans le peloton des chasseurs, on retrouve Yes We Cam! (ex-Foncia, vainqueur du Vendée Globe 2009, ex-Mapfre 2ème de la Barcelona World Race 2011, ex-Cheminées Poujoulat vainqueur de la Barcelona World Race 2015, ex-Finistère Mer Vent 6ème du dernier Vendée Globe), mais aussi Groupe APICIL (ex-DCNS, ex-Comme un seul homme 9ème du dernier Vendée Globe), V and B-Mayenne (ex-Groupe Bel, ex-Le Souffle du Nord) et OMIA-Water Family (ex-Véolia Environnement vainqueur de la Route du Rhum 2010, ex-Hugo Boss 3ème du Vendée Globe 2013). Tous quatre dotés de dérives droites…

Et autour d’eux pointent aussi SeaExplorer-YC de Monaco (ex-Gitana 16), MACSF (ex-Safran), tous deux dotés de nouveaux foils, Prysmian Group (ex-St Michel Virbac) et Bureau Vallée 2 (ex-Banque Populaire VIII) dans la même configuration qu’en 2016 comme Maître CoQ IV. Comme quoi, c’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe… Car c’est très probablement dans ce groupe de onze bateaux que le podium va désormais se dessiner !

Des appendices qui font débat !

Or à l’exception de l’édition 2004 où Vincent Riou s’imposait sur l’ancien prototype de Michel Desjoyeaux (PRB), les sept autres Vendée Globe ont toujours vu un bateau de dernière génération s’imposer aux Sables d’Olonne… Alors que faut-il penser de l’évolution radicale qui a marqué cette édition ? Il y a quatre ans, les foils apparaissaient avec l’idée que s’ils n’étaient pas concluants ou s’ils se rompaient en cours de route, la carène permettait de finir la course, voire de la remporter (et Alex Thomson fut dans ce cas pour terminer deuxième !).

Fort de cette expérience, les concepteurs ont mis la barre plus haut en imaginant des appendices encore plus porteurs au point que les monocoques IMOCA « volent » ! Seulement voilà : avec une Zone d’Exclusion Antarctique relevée, une météo particulière et un faible taux d’abandons (lié à des préparations nettement plus élaborées), les conditions favorables au « vol » n’ont pas été au rendez-vous, du moins pas suffisamment pour l’instant, ou pas au bon moment, ou pas pour le bon bateau… De fait, les solitaires essaiment sur les océans en petits groupes : à l’avant avec onze prétendants, au milieu avec deux trios, à l’arrière avec cinq skippers et en queue avec quatre marins.

Un premier bilan après l’Amérique du Sud…

Ce n’est donc vraiment qu’après le cap Horn (qui devrait être franchi le week-end prochain) que la présence de foils devrait pouvoir s’exprimer. Sur une mer moins tordue et avec des vents moins instables, ces appendices pourraient créer enfin le différentiel attendu par les simulateurs.

Mais à ce jour, rien n’indique un bonus majeur car les seuls bateaux en avant de la flotte ayant conservé leur potentiel à quasiment 100% se comptent sur les doigts de la main : Maître CoQ IV (plan VPLP-Verdier à foils de 2014), SeaExplorer-Yacht Club de Monaco (plan VPLP-Verdier de 2015, avec des foils 2020), Yes We Cam! (plan Farr de 2006 perpétuellement optimisé), Groupe APICIL (plan Finot-Conq de 2007, amélioré en 2020), MACSF (plan VPLP-Verdier de 2007, doté de foils en 2020) et Prysmian Group (plan VPLP-Verdier de 2015 à foils).

Auxquels il faut ajouter certains qui ont connu des déboires techniques plus ou moins résolus comme V and B-Mayenne (plan VPLP-Verdier de 2007), OMIA-Water Family (plan Farr de 2007) et Bureau Vallée 2 (plan VPLP-Verdier de 2015 à foils). Après le caillou patagon, il restera près de 7 000 milles orthodromiques (route directe) à parcourir ! De quoi relancer le débat, surtout si les écarts sont faibles au passage de l’île des États…

La rédaction du Vendée Globe / DBo.