02 Janvier 2021 - 15h55 • 15606 vues

Partager

Article

A 13h42 UTC, Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) passait en première position la longitude du mythique Cap Horn. Joint cet après-midi, il ne cachait pas son immense joie. 

“ Ça fait plaisir dans ce monde cruel parce que là, les conditions sont compliquées depuis 12 heures et ça va continuer encore un peu, donc ce n’est pas encore la délivrance, mais ça sent la remontée vers la maison et la fin des mers du Sud. J’aurais aimé le voir (le cap Horn), malheureusement je suis passé 80 milles au Sud donc il va falloir que je revienne ! 

Passer le cap Horn, c’est déjà quelque chose pour un marin, sur un premier tour du monde en solitaire encore plus, mais en tête du Vendée Globe, c’est dingue !

Il a fallu croire en mes options et en ma route, sans me soucier de ce que pouvaient faire mes concurrents. Il fallait être têtu, notamment quand je suis resté le long de la zone des glaces. Je ne pensais pas qu’on pouvait aller chercher si loin dans le corps humain pour surmonter physiquement et moralement tout le stress, le froid, l’humidité, la solitude. Il y a eu des moments magiques et d’autres très durs comme quand le bateau s’est complètement couché et est parti au tas, en pleine nuit, j’étais sur le pont à me demander ce que je faisais là. Ces qualités (obstination, résilience, ndlr) m’ont aidé à traverser tous ces moments. 

Le décor est magnifique. C’est Nazaré en continu, ce matin, je me croyais en surf tracté. C’est énorme, je pense qu’il y avait bien huit mètres, parfois dix mètres de vague, c’étaient des montagnes d’eau. Là, ça s’est un peu calmé, c’est tout gris, blanc d’écume partout, il n’y a que les albatros que ça fait marrer apparemment. C’est une mer que l’on ne voit qu’ici. 

Dans une dizaine d’heures, on va pouvoir remonter un petit peu à gauche. Le vent va mollir et ça ne fera pas de mal car il y a une inspection générale du bateau à faire. Avant de repartir pied au plancher, il va falloir tout vérifier et réparer quelques trucs. La remontée semble un peu compliquée car il y a des zones d’anticyclones qui bloquent bien la route donc on verra bien, on prendra ce qu’il y a à prendre. "

Yannick Bestaven / Maître CoQ IV