07 Janvier 2021 - 17h46 • 23278 vues

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439 milles. C’est la distance qui sépare désormais Yannick Bestaven, patron de la flotte depuis 21 jours, de son plus proche adversaire Thomas Ruyant. C’est même le plus grand écart jamais enregistré sur la course entre un leader et son dauphin. Mais il n’y a pas encore de quoi faire cocorico. Pendant que le skipper de Maître CoQ IV savoure sa grande mais fragile avance, d’autres dégustent - au sens figuré - dans les fureurs du Pacifique.

Au large de l’Uruguay, Yannick Bestaven fraîchement rasé, le visage reposé, semble avoir rajeuni de dix ans. Il n’est pourtant pas à l’abri de se faire encore quelques cheveux blancs au cours de cette tortueuse remontée de l’Atlantique Sud.
Un chapelet de bulles de hautes pressions et de petits centres dépressionnaires se déploie devant l’étrave du bateau rouge, formant un méandre à travers lequel il faudra trouver le plus court chemin. En attendant d’être ralenti, Maître CoQ IV navigue encore sous l’influence de la dépression qui s’est formée au large de Buenos Aires. « J’ai 15 nœuds de vent de travers » précise son skipper. Mais il sait que l’échappée belle ne sera peut-être que de courte durée. «  Il faudra garder la tête froide parce que je vais reperdre beaucoup (…) Je crois que personne ne sait vraiment comment ça va se passer, mais il va falloir être dessus, ce sera du gagne petit, comme en Figaro ».

La complexité de la situation pourrait en effet profiter à Apivia, LinkedOut, Groupe APICIL et à toute la meute lancée aux trousses du 'patron'. Une meute en ordre dispersé !  A l’Ouest, Charlie Dalin et Thomas Ruyant, bord à bord,  en ont terminé avec les vitesses à un chiffre. Au près, sur la bordure de la dépression, ils vont devoir réduire la toile dans un vent forcissant, avant de virer de bord (ce soir ?) pour retrouver des allures plus favorables, sur le bord qui convient à leur foil.

400 milles dans l’Est de Charlie et Thomas, Damien Seguin et ses poursuivants longent la barrière des glaces, cap à l’Est, et composent aujourd’hui avec l’anticyclone. D’ici 48 heures, ces deux groupes vont converger et pourraient avoir rattrapé une partie de leur retard sur Maître CoQ IV.
 

Chaud devant, sueurs froides derrière

A mesure que la flotte progresse vers le Nord et gagne en latitude, les températures se réchauffent : « j’ai rangé mes grosses polaires, mes gants, la chapka et compagnie, tout ça est au placard ! J’ai sorti mes habits d’intersaison. Dans quelques jours il fera très chaud, voire trop chaud » explique Charlie Dalin. Romain Attanasio qui a passé le cap Horn à 6h45 (HF) ce matin doit avoir hâte lui aussi de retrouver un climat plus clément.

Et que dire de ceux qui naviguent encore dans le Pacifique ?

Pip Hare dévastée mais combattive

Depuis le 3 janvier, les Cinquantièmes hurlent aux oreilles du groupe emmené par Pip Hare. Sur le dos d’une immense dépression, ces 8 solitaires vivent des jours éreintants, dans 35/45  nœuds de vent (rafales à 60), des grains de grésil ou de neige, une mer grosse et croisée. Dans ce contexte, impossible d’avancer rapidement, sous peine de casser des bateaux déjà usés par 60 jours de mer. Malgré la prudence et les précautions, la mèche de safran bâbord de Medallia a rompu aujourd’hui. Dans une vidéo poignante, la navigatrice britannique a du mal à retenir ses larmes, terrassée par ce coup du sort qui l’oblige à oublier sa course pour privilégier sa sécurité. La peine est aussi intense que la lutte qu’elle mène depuis tant de jours contre les éléments, pour conserver sa 15e place.
Pip Hare dispose d’un safran de rechange. Mais impossible pour l’instant de procéder au remplacement. Il lui faut pour cela trouver des eaux moins agitées. Elle est donc contrainte de naviguer à toute petite vitesse, grand voile affalée, en attendant de trouver une opportunité. Elle est déjà prête à repartir au combat.

A 1 000 milles du cap Horn, soit encore trois jours et demi de navigation à la vitesse actuelle des bateaux, tout ce groupe souffre. En dehors d’une légère accalmie vendredi soir, les conditions de navigation vont encore être très rudes sur le chemin de la délivrance.

Ils ne seront pas les seuls à connaître des heures sous tension. Car dès cette nuit, Miranda Merron (23e) et Clément Giraud (24e) vont se faire cueillir par une dépression venue du Nord.

 

La rédac/ Camille El Beze