12 Janvier 2021 - 12h14 • 19505 vues

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Dans un mot du bord envoyé ce matin, Pip Hare  (Medallia) revient sur les ennuis auxquels elle fait face ces derniers jours, appaisés par le passage du cap Horn

" C’est bon, c’est fait, j’ai passé le cap Horn. C’était une expérience merveilleuse, j’étais assez proche pour le voir, prendre des photos et parler avec le gardien du phare et sa femme. Cependant je ne devais aller qu’à 4 noeuds donc j’ai eu le temps de faire la touriste ! 

Hier, c'était un de ces tests de Vendée. C'est une journée qui m'a fait craquer dès le début, une journée qui a commencé pleine de promesses comme le jour où je passerais le cap Horn, mais qui est rapidement tombée dans quelque chose qui frise le désespoir ou pire.

La brise était instable toute la journée, le ciel plein de grains et d'accalmies. Je n'avais pas la bonne vitesse pour rester dans la brise constante et je suis donc lentement retombée dans la brise plus faible, ce qui était suffisant pour me frustrer. J’étais également confrontée à des problèmes plus importants. En effet, j'ai eu une fuite sur mon palier de gouvernail que j'ai donc changé. Malheureusement, ça s'est aggravé hier, me forcant à écoper 40 litres d'eau qui s'écoulaient d'un bord à l'autre du bateau, rendant impossible l'utilisation d'une pompe de cale.

Je pense qu'un des joints du palier a dû tomber lorsque j'ai changé le gouvernail et que l'eau peut donc arriver à l'arrière du bateau. Toute la journée, j'ai donc fait des allers-retours avec un seau, en essayant de déterminer si la fuite était stable ou si elle s'aggravait. A chaque fois, j'inspectais tout afin de trouver l'origine de la fuite.

Pour couronner le tout, lors d'une de mes expéditions à l'arrière du bateau, j'ai oublié la télécommande du pilote et un grain est arrivé sur nous. Je me suis dépêchée de sortir par l'arrière, mais c'est un tout petit trou qui nécessite une certaine contorsion pour passer. La plupart des membres de mon équipe n'arrive pas à y passer. Je suis arrivée trop tard et Medallia est parti au tas. J'ai été projetée à l'arrière du bateau, puis j'ai dû sortir de l'écoutille pour aller dans le cockpit avec le bateau coincé sur le côté, la grand-voile contre le pataras, le code zéro battant et enroulé autour de l'étai. 

Il m'a fallu deux heures pour régler le problème. Heureusement, rien n'a été endommagé et j'ai pu descendre le code zéro relativement facilement. Le temps que je remette le bateau sur pieds, le compartiment arrière était à nouveau plein d'eau. C'est comme si quelqu'un vous faisait sans cesse tomber. Chaque fois que vous vous levez, un nouveau coup arrive. J'ai été durement frappée aujourd'hui.

Sur le moment, je me sens misérable. Les problèmes se superposent les uns aux autres. Mais il n'y a qu'un seul moyen de s'en sortir et c'est d'aller de l'avant avec une énergie positive, en affrontant un problème à la fois. J'ai navigué sur Medallia de manière assez conservatrice, pour ne pas mettre de pression sur le gouvernail et me faciliter la vie pendant les réparations. Puis, après avoir consulté Joff Brown (directeur technique) et après avoir fait beaucoup d'écopages, j'ai fait une réparation temporaire plus grande et plus robuste pour empêcher l'eau de pénétrer à l'arrière du bateau. Lorsque les conditions le permettront, je gérerai ça de manière plus durable. 

Naviguer près du cap Horn après cette terrible journée était le remontant dont j'avais besoin. Cela m'a fait sourire malgré mon épuisement et ma déception, cela m'a rappelé ce que j'ai accompli jusqu'à présent dans cette course. C'était incroyable de le voir de près et je me souviendrai de cette vision pour le reste de mes jours. Pour moi, les caps sont nommés à l'envers, car celui-ci m'a apporté de l'espoir. " 

Pip Hare / Medallia