15 Janvier 2021 - 16h12 • 9342 vues

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Message reçu cet après-midi de Clément Giraud (Compagnie du Lit - Jiliti). 

" Depuis quelques jours déjà, je regarde cette dépression à double facette. D'un coté elle me porte jusqu'au cap Horn et de l'autre côté, elle est cette zone dans laquelle il ne faut pas traîner. Il faut aller vite mais rester prudent... Je tente de prendre soin de moi mais le bateau me prend tout mon temps et mon énergie. Mon objectif est de garder un maximum de lucidité, car la terre se rapproche et le rapport au temps, aux distances, laissera moins de place à cette forme de plénitude et d'insouciance que procure cette navigation du grand Sud. L'étrave se rapproche du cap Horn, en tous cas de sa longitude. Je ne suis pas certain de le voir car en fonction des prochaines heures et de la direction du vent, je ne prendrai pas de risques pour une photo même si cela doit être " à voir", so wait and see... J’essaie de garder un maximum d'images d'ambiance de cette zone particulière, je prends conscience que cela ne durera plus que quelques jours avant de reprendre une route plus Nord. J'ai comme compagnon de route depuis hier matin un immense Albatros que j’ai surnommé Rond-Blanc (c'est un juvénile pas complètement blanc et du coup très facilement reconnaissable) qui me suit et joue dans les perturbations que provoque le sillage de mes voiles. Il en profite comme un gamin au parc, dans des toboggans, si ça se trouve il s'est fait toute la flotte des IMOCA !

Moi, plus poète, je le vois comme s’il m'accompagnait vers la sortie, qu'il s'assure que je quitte bien les lieux. S’il est mon gardien, alors j'accepte, ses vols sont si majestueux, et même après un mois et demi cela me fascine toujours autant… J’ai eu la chance ce matin d'avoir un lever de soleil magnifique, comme pour m’ensorceler, comme si le Grand Sud, avant que je ne le quitte, veille à s'assurer que malgré les galères, le marin, l'hôte, le voyageur que je représente garde une image positive et envoûtante de l'endroit... Est-ce le sentiment que les marins nomment l'Appel des Sirènes ? Si oui, alors je les ai entendues, mais je me crèverais les tympans s’il le faut pour assurer ma remontée vers le chenal.

Merci de m'avoir reçu, d'avoir bien voulu me laisser passer, de laisser dans ma mémoire ces traces qui resteront indélébiles. Je suis un autre homme, un autre marin... " 

Clément Giraud / Compagnie du Lit - Jiliti