16 Janvier 2021 - 12h10 • 4396 vues

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Message reçu ce samedi matin d'Alan Roura (La Fabrique).

" Petite nuit de bourrin, à plus de 20 nœuds de moyenne, avant de retomber dans un phase plus calme au lever du jour. Ça fait du bien de voir le bateau « glisser », même si ce n'est pas vraiment de la glisse, comme si vous descendiez une piste de ski, sauf que vous n'avez pas de quart pour réguler votre vitesse à chaque virage ! Ç’a été un peu la même chose cette nuit. La Fabrique s'est souvent emballée à partir a 25 nœuds de vitesse, avec l'intégralité du pont sous le vent dans l'eau. 

J’aurais pu passer ma nuit à tenter de réguler justement, à rester aux écoutes. Mais non, j’ai fait confiance à Madame Julie. Oui, j'ai enfin trouvé un nom pour mon pilote. Julie, c’est celui d'une de mes deux sœurs, qui est une barreuse formidable. Du coup, j'ai fait beaucoup de bannette, histoire de reprendre des forces car dès demain, retour du vent fort, au près serré. Ça ne va pas être drôle mais ça devrait ensuite être plutôt cool pendant un sacré bout de temps.  

Ce matin c’était café, biscuits et lever de soleil. Il fait déjà 15°, ça fait un bien ! Bob Dylan en fond sonore et La Fabrique qui, dans quelques milles, repassera dans les 30èmes Sud. Le vent est tombé d'un coup, la mer aussi, ça fait du bien de pouvoir s'asseoir sans s'agripper à tout ce que l'on trouve. Je vais aussi pouvoir aller bricoler mon deuxième vérin de pilote qui a décidé, hier, de me faire passer un message. Le pauvre, ses grincements se faisaient entendre dans tout le bateau, j'espère pourvoir le sauver ! Décidément, j'ai un problème avec les vérins ! Ah ah.

J’avais de nouveau pris mes distances avec Cali, mais comme je me retrouve dans la molle avant lui, il va sûrement revenir très vite. C'est toujours un peu dommage, mais ça me donne confiance, je sais que j'arrive encore à pousser mon bateau quand il faut, pour envoyer la sauce et tenir encore tête. C'est le près en revanche, qui me fait du soucis. 

On verra bien, pour le moment on est encore dans « le match » du deuxième peloton. Je vais aussi profiter de cette zone plus calme pour contrôler un maximum mon petit bateau, être sûr que tout est en ordre pour la suite. Il va falloir surveiller ceux qui sont à la côte. Je suis assez convaincu qu'il vont nous recoller dans pas longtemps. On a une bonne avance, mais la météo est plus clémente pour eux que pour nous. Il faut espérer qu'on ne se retrouvera pas à côté dans quelques jours. Je pense que là je risquerais de péter un plomb ! 

Depuis le cap Horn, j’ai quitté le mode survie du grand Sud et j'ai enfin pu naviguer normalement, malgré mes soucis à bord. J’ai vraiment vraiment tout, tout donné. J'espère que ça paiera à un moment donné. J'ai hâte que l'eau soit plus chaude, je pense que dans trois jours je vais pouvoir enfin prendre une douche, ça fait bien longtemps et je pense qu'il est clairement temps de prendre soin du bonhomme. 

Dans 3 jours je re-croise ma trace de l’aller, ce sera un sacré moment, ça voudra dire que j'ai fait le tour de la planète et qu'il me restera « juste » à rentrer. Allez, on ne lâche rien, toutes voiles dehors !

PS : Pilote 2 ok ! "

Alan Roura / La Fabrique